Ciao l’artiste

Dans les coulisses des Victoires de la Musique

Dans les coulisses des Victoires de la Musique

Pascal Nègre quitte son poste chez Universal Music où il était en charge de la France, mais aussi de l'Italie, du Moyen-Orient et de l'Afrique, en plus d'un rôle au comité du groupe. Olivier Nusse prend la tête d'Universal Music France. Retour sur l'histoire.

Universal Music perd avec le départ de Pascal Nègre son meilleur artiste. Olivier Nusse a tout à prouver maintenant à la tête de la première major française, loin devant les autres avec un "indécent" 45% de parts de marché ! L'heure n'est donc pas encore aux pronostics sur les chances de réussite du nouveau patron dans un environnement complètement différent, où Vincent Bolloré s'est installé à la vigie, les yeux rivés autant sur les frasques que sur les chiffres.

Pascal Nègre a donc quitté, un peu forcé, le poste qui l'a vu devenir en quelques années le janus de la musique. Coté pile, le patron d'Universal Music a enfilé le costume du successeur d'Eddie Barclay; multipliant les éclats médiatiques, les déclarations tapageuses, jusqu'à parfois donner l'impression de préférer se risquer aux limites de l'exercice, et laissant les conséquences à sa bonne étoile; coté face, jouant de son personnage à la fois débonnaire, paternaliste, omniprésent, toujours le mot pour rire, et puis aussi, tranchant, obstiné, fin calculateur, avec toujours un tour d'avance sur les autres... Tout cela en une seule personne. Combien existe-t-il de Pascal Nègre, en réalité ? Beaucoup. Et c'est beaucoup donc que l'industrie du disque, et pour ne pas dire, toute la filière, perd.

Famille Universal Music

Pascal Nègre est un enfant de la musique des années 80. Qui ne jurait que par la diffusion radio, et qui à l'orée des années 2000 s'est réveillé dans le costume inconfortable d'une quasi relique... L'internet venait d'inventer le supermarché du piratage. Plus besoin d'aller acheter son CD pour écouter les chansons de son artiste favori. Il fallait réagir. Pascal Nègre a du se réinventer pour ne pas sombrer, et ainsi réinventer son métier. Il serait présomptueux de dire qu'il fut le seul à le faire. Universal Music agit alors sur deux fronts. D'un côté, propice à calmer les actionnaires, la major se met en pointe pour la lutte contre le piratage, et de l'autre elle lance des ballons sur l'Internet en proposant la première boutique en ligne, e-compil. Un iTunes avant iTunes. Une quasi folie dans un environnement que l'on qualifiera d'hostile, sans dire plus. A cette époque, tous les analystes donnent la musique payante perdante sur le Net.

Plus janus que jamais, à la fois maton et Myriel, Pascal Nègre observe ce bouleversement qui fait de ce siècle qui venait d'avoir deux ans, l'un des plus tragiques épisodes pour l'industrie du disque. C'est la fin du support. Toutes les majors vont "rationaliser" leurs effectifs et rendre des centaines de contrats... Universal Music n'y échappe pas mais la société signe un premier accord avec Bouygues Télécom (sic.) en 2004. Ce sera Universal Music Mobile qui permet à la major de garnir la caisse et maintenir ses investissements sur les artistes français. La société n'est toutefois pas autant touchée que ses concurrents. Et forte de son poids, elle va de suite enclencher un nouveau cycle en s'accaparant les proto-stars des émissions de télé-réalité chantantes. Jenifer, Gregory, Nolwenn, toutes et tous sont accueillis dans la famille Universal Music. Pascal Nègre a le flair. Il sent les ventes. Peu sont capables de rivaliser à ce jeu sur le marché...

Eclat de popularité

La tempête gronde. Les politiques ne comprennent pas la crispation des artistes et de leurs maisons de disques. La bataille devient médiatique. Pascal Nègre sort de sa boite, à proprement parler. Il multiplie les interventions médiatiques, jusqu'à demander l'interdiction du P2P ! Est-il alors sérieux ? Cette question a t-elle un sens, d'ailleurs ? En même temps, il accepte de venir sur le plateau d'une émission de télé-réalité pour faire le juge. Il devient la star des fillettes de 8 à 12 ans... L'homme est fait pour ce jeu. Son franc parler, ses costumes rutilants, sa parfaite connaissance de ce qui fait une star. Il se fait connaitre du grand public, mais pour faire parler de sa société, d'Universal Music, donc de ses artistes. Il prend tout sur lui. Trop ? Peut-Être. Dans la confidence, il avouera n'avoir pas gouté cet éclat de popularité.

La mise en retrait n'est pas d'actualité à la fin de cet épisode télévisuel. Il sera moins présent dans les médias, c'est un fait, mais ce sera pour aller occuper plus de place chez Universal Music ; avec les responsabilités sur d'autres territoires, l'Amérique du sud, le sud de l'Europe, ou encore l'Afrique. Il monte au niveau supérieur aussi en participant à la mise au point de la stratégie globale. Là, il pousse Universal Music vers le modèle du streaming payant, dans lequel, il voit enfin l'espoir d'un retour à la croissance pour la filière.

Et après ?

Et puis, c'est le clash avec Vincent Bolloré. Les deux hommes se sont vus plusieurs fois. Le 9 février dernier, encore pour tenter de trouver une solution. La rumeur de son départ d'Universal Music ne faisait qu'enfler depuis un an (Haut Parleur en avait parlé le premier). La prise de pouvoir d'Olivier Nusse ne faisait plus guère de doute ces derniers jours. Indice ? Sur la photo de l'accord Schwartz, on peut y voir un Pascal Nègre déjà effacé, au dernier rang au milieu des représentants de la filière. Déjà plus vraiment là, ou bien conscient de ne plus avoir ce rôle à jouer à présent.

Qui sera sur le devant de la photo maintenant : Olivier Nusse ? Thierry Chassagne ? Jean-Noël Tronc ? Denis Ladegaillerie ? Le temps le dira. Et le temps est le plus grand ennemi dans cette affaire pour la filière. Audrey Azoulay est arrivée rue de Valois avec un agenda qui n'est pas celui de la filière musique. L'ancienne du CNC, bardée de l'ex directeur général du CSA, devrait incliner son action vers l'audiovisuel et le cinéma, en toute logique. Entre la musique et Fleur Pellerin, le courant était tout de suite passé. Le contact est rompu pour ainsi dire avec la rue de Valois. Et la filière est aphone. Elle a perdu son mégaphone.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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