CNNum : le numérique se fait encore remarquer pour de mauvaises raisons

Tout juste nommée présidente du CNNum, Marie Ekeland refuse finalement de revoir la composition de son collège. Sa démission est suivie par celle d’une vingtaine de nouveaux membres.

Marie Ekeland n’avait plus d’autres possibilités. Accusée à demi-mot par le secrétaire d’Etat au numérique d’avoir mal choisi les membres du conseil national du numérique, la fondatrice de Daphni, professionnelle reconnue dans l’économie numérique, a donné sa démission. Elle refuse au dernier moment un nouveau camouflet. Dans la foulée, une vingtaine de membres ont aussi claqué la porte de concert avec leur éphémère présidente, parmi lesquels le rappeur Axiom, dont le fonds Daphni est l’un des premiers financiers.

Bien entendu, les explications du secrétaire d’état au numérique après ce « couac » ne sont pas forcément éclairantes sur le contexte. Rappelons donc quelques éléments de cette histoire. Tout d’abord, revenons à la nomination de Mounir Mahjoubi, alors au PS, ami du fils du président de la République, à la présidence du CNNum en 2016. A cette époque déjà, Marie Ekeland était pourtant favorite. Las, la politique emprunte parfois d’autres sentiers que ceux de la compétence ou de la notoriété... Marie Ekeland a laissé passer son tour. Pour finir par le refuser aujourd’hui.

Chaine de validation

Difficile de ne pas mettre à l’amende la chaîne de décisions qui a conduit à cette farce. En premier certainement, la volonté, mal définie, de se servir du CNNum comme d’un outil de communication, de commisération, envers des personnalités issues de la « diversité » comme l’on dit entre fils et filles de bonne famille. En second, il ne faut pas oublier que le CNNum après l’épisode du fichier TES, devait retrouver sa fonction première : occuper le monde des Geeks, par nature agités et égotistes.

Ces critères choisis pour la formation du collège du CNNum n’étant pas de la plus haute importance pour la conduite de la politique du pays, les maillons de la chaine de validation n’ont pas tenu. Alors bien sur, Mounir Mahjoubi avait validé en amont la liste des membres présntés par Marie Ekeland, certainement aussi, il y avait ajouté quelques noms. Alors oui, les services du premier ministre étaient aussi dans la combine, afin de s’assurer qu’en bout de course Edouard Philippe y appose sa signature... Mais qui pourrait leur reprocher à tous, alors qu’ils sont aux affaires d’un pays comme la France de n’avoir pas vraiment voulu vérifier le CV de chaque membre ? Il y a d’autres enjeux plus urgents à traiter que les membres d’un organe consultatif lancé en pâture aux militants du numérique... Et dont la spécificité est de n’être jamais écouté, ou presque - à l’exception de sa première mouture sous la présidence de Gilles Babinet.

C’est bien là en revanche, toute la faute du numérique. Cette révolution économique qui est sur toutes les lèvres des politiques et des patrons, jusqu’à la dénomination un peu ridicule de « start-up nation » utilisée par le président de la République, lui-même; ce numérique est trop souvent le jouet de ceux incapables de prendre la parole dans l’agora politique autrement qu’en mordant les mollets de la culture, des politiques, des législateurs, et on en oublie certainement. Ce numérique qui agit comme un enfant mal élevé, qui se vexe, crie, boude, accuse, humilie, à chaque fois qu’il n’est pas d’accord ou se sent injustement ignoré. Ce numérique n’a que ce qu’il mérite de la part des gouvernants, c’est à dire à peu près rien. Et ça fait 15 ans que ça dure.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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