Filippetti : (presque) tout pour la musique !


Un peu plus d’un mois après qu’elle a enterré le projet de Centre national pour la musique, la ministre de la Culture en a présenté une nouvelle mouture lors du festival MaMA, le 25 octobre. Elle n’a plus le même nom, plus le même statut et certainement pas les mêmes moyens : meet la « mission musique ».

Très attendue au rendez-vous phare de l’industrie musicale que constitue chaque année le MaMA, Aurélie Filippetti s’en est finalement assez bien sortie, comme la semaine précédente à Dijon face aux cinéastes. Après une introduction pleine de lyrisme, où la ministre rappelle que « la musique est un secteur majeur pour la création » et qu’il convient de « veiller jalousement, amoureusement même, à la dynamique musicale de notre pays afin qu’elle ne faiblisse pas mais qu’au contraire elle fleurisse », on passe aux choses sérieuses.

Mission musique

La locataire de la rue de Valois invoque le rapport Selles sur la création musicale et la diversité à l’ère numérique, fruit du travail pendant deux ans de Franck Riester, Didier Selles, Alain Chamfort, Daniel Colling et Marc Thonon. Jurant qu’elle ne compte pas le jeter aux oubliettes, Aurélie Filippetti estime qu’il a « permis de faire émerger un besoin de structuration, ainsi que la volonté de tous les acteurs de travailler ensemble, ce qui est fondamental ». Face à l’ire du secteur qu’avait suscité en septembre sa mise à mort du Centre national pour la musique (CNM), la ministre avait donc amené une annonce en forme de main tendue à une industrie en crise : la création « très prochainement » d’une mission gouvernementale rassemblant Direction générale de la création artistique (DGCA) et Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC).

Preuve supplémentaire de son bon vouloir, l’un des responsables de cette « mission musique » sera Jean-Baptiste Gourdin, l’un des architectes du rapport Selles, ce même rapport qui avait présidé à la création embryonnaire du CNM. Un interlocuteur extrêmement bien informé sur l’industrie musicale, qui siège déjà pour l’heure au sein de la mission Lescure sur l’Acte II de l’exception culturelle. D’autre part, la présence de cette mission au sein du gouvernement devrait, toujours selon la ministre, permettre une transversalité nouvelle entre spectacle vivant et industrie du disque qui fonctionnent pour l’instant autour d’une dichotomie qu’elle ne juge pas pertinente. Aurélie Filippetti a par ailleurs assuré que les associations de représentants du monde de la musique seraient invitées à intégrer la mission musique, mais que cette dernière inclurait également des membres des missions de préfiguration, afin d’établir « un dialogue et une concertation permanents ».

Les participants n’auront pas manqué de noter qu’aucune dotation n’est évoquée. Disparus les 90 millions d’euros du CNM ? Pourtant la ministre s’en défend et répète à qui veut l’entendre que « le CNM n’est pas enterré », seulement « il faut prendre le temps d’avoir les bons outils », et pour cela attendre, entre autres, les résultats des missions Lescure et Colin et Collin.

Soutien aux PME

Pour accompagner les PME et TPE, qui sont les plus durement touchées par la crise que connaît le secteur, la ministre promet une réaction immédiate par le biais d’un arrêté à chaque fois que la situation le réclamera. Elle se félicite d’autre part de s’être « impliquée » et même « battue » afin que l’amendement prolongeant et étendant le crédit d’impôt phonographique soit adopté par les députés il y a près de deux semaines. Ce crédit d’impôt spécifique devait en effet prendre fin en 2013 et se verra, si l’amendement est définitivement validé en décembre, prolongé pour trois ans. Ses modalités ont également été modifiées afin d’alléger le dispositif, qui permet de déduire une partie des coûts de production (clips, DVD, tournée) ainsi qu’une partie des dépenses de personnel. Si les PME et TPE étaient effectivement les premiers à en bénéficier (à hauteur de 80% contre 20% pour les entreprises de plus grande envergure), le dispositif restait sous utilisé : il s’était vu allouer 12 à 15 millions d’euros de budget, et seuls 6,1 millions avaient été distribués. Ces entreprises ont même vu le taux du crédit d’impôt relevé à 30% des dépenses éligibles. Toujours pour les moyennes et petites entreprises, Aurélie Filippetti un plan de soutien « prochainement ».

Pour terminer, la ministre de la Culture s’est dite « très favorable » à une fiscalité du numérique : « ces entreprises mondiales qui font des bénéfices avec la circulation d’oeuvres qu’elles n’ont pas contribué à créer doivent entrer dans le cercle vertueux ».

Plutôt une bonne prestation pour la ministre qui n’en finissait pas, il y a encore quelques semaines, de se mettre ses secteurs de Tutelle à dos, et qui récolte le lendemain au MaMA un tiède« peut mieux faire » de la part des membres de Tous Pour La Musique.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.

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