Kobalt, l’autre OVNI suédois de la musique

De The Pirate Bay à Spotify, en passant par X5 Music, les suédois n'ont cessé de perturber le business de la musique ces dernières années. Un autre OVNI suédois du secteur, la compagnie Kobalt, s'est hissé au 5ième rang de l'édition musicale aux États-Unis, et se classe premier indépendant dans de nombreux pays.

De The Pirate Bay à Spotify, en passant par X5 Music – l'un des plus gros vendeur de musique en téléchargement en Europe, fort des droits masters acquis sur des fonds de catalogue de classique et de jazz – les Suédois semblent n'avoir de cesse de vouloir perturber l'économie de l'industrie musicale. L'émergence d'un OVNI de l'édition comme Kobalt Music, fondé par le suédois Willard Ahdritz, en est une nouvelle illustration. Avec son portefeuille d'artistes prestigieux auxquels elle fournit des services d'administration des droits à l'international, la compagnie Kobalt s'est hissé au rang de n°5 de l'édition musicale aux États-Unis, et est le premier indépendant dans de nombreux pays.

Fondée en 2001, avec des bureaux à Londres, New York, Nashville, Los Angeles, Berlin et Stockholm, Kobalt ne se positionne pas comme un éditeur classique qui retient 50 % des droits, mais a développé une plateforme technologique lui permettant d'assurer des services d'administration des droits à l'échelle internationale, avec du reporting en temps réel, de nombreux outils analytiques, et une réduction de moitié des délais de répartition. Le tout dans la plus grande transparence, en lien direct avec les SPRD (sociétés de perception et de répartition comme la Sacem), et en ne prélevant qu'une simple commission.

Services de label à la carte

De quoi séduire un portefeuille d'artistes internationaux triés sur le volet et qui ne demande qu'à s'étoffer : de Paul McCartney à Trent Reznor, en passant par Gotsye, Björk, Dave Grohl, Dave Stewart, Gwen Stefany, Kid Rock, Joss Stone, Moby, Pearl Jam, Phoenix, Tears For Fears, Slah ou encore Sonic Youth. Plusieurs dizaines d'éditeurs indépendants figurent aussi parmi les clients de Kobalt. La compagnie, qui administre aujourd'hui les droits de 250 000 œuvres musicales, sur 37 territoires et pour le compte de 1200 ayant droit, a développé des services dans les domaines de la synchro, du marketing, de la distribution physique et numérique, et de l'administration des droits voisins.

Ces services de label à la carte lui permettent de se positionner clairement, désormais, comme une alternative pour les artistes souhaitant voler de leurs propres ailes ; à l'instar de Nick Cave & the Bad Seeds, dont Kobalt a sorti le nouvel album Push the Sky Away ; le premier à ne pas paraître sur le label Mute, actif d'EMI racheté récemment à Universal par BMG. Push the Sky Away est paru sur le propre label de l'artiste, Bad Seeds Ltd. Mais c'est la division des services aux labels de Kobalt qui a pris en charge son marketing et sa distribution à l'international. « Kobalt Label Services (KLS) a sorti simultanément [l'album] dans 30 pays via [sa] propre plateforme de distribution numérique et grâce à [son] réseau global de partenaires pour le marketing et la distribution physique », indique la compagnie dans un communiqué.

Bonne pioche

Quelques concerts intimistes à Londres, Paris, Berlin ou Los Angeles – le dernier diffusé en direct sur Youtube devant 100 000 internautes ; des partenaires médias comme Pitchfork et The Guardian ; une appli Spotify originale permettant d'explorer le back catalogue de l'artiste en plus d'écouter le nouvel album ; un partenariat avec SanBag pour la vente de merchandising sur Internet ; et une tournée internationale qui s'amorce dans la foulée... Pour ce premier coup d'essai, la stratégie de lancement de Kobalt était bien huilée. Et le résultat ne s'est pas fait attendre. Le nouvel album de Nick Cave and the Bad Seeds s'est classé numéro 1 en Australie, terre natale du groupe, mais aussi en Autriche, Belgique, Hollande, Nouvelle Zélande, au Danemark et au Portugal. Et en se classant 29ième du top Billboard 200 aux Etats-Unis, les Bad Seeds ont battu leur propre record historique.

Au Midem, Kobalt annonçait un nouveau partenariat avec la société d'auteurs suédoise STIM, pour constituer un guichet pan-européen permettant de licencier les répertoires d’œuvres musicales que la société administre. Cette start-up de l'édition musicale, qui avait levé 16 M$ en 2008 auprès du fonds anglais Balderton Capital, vient de boucler fin 2012 un nouveau tour de table de 75 M$, et veut en investir 100 au cours des 12 prochains mois : dans les avances consenties aux artistes, afin de concurrencer les grands éditeurs ; et dans l'acquisition de droits "master".

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Rédigé par Philippe Astor

Journaliste spécialiste de l’industrie de la musique et d’Internet, collaborateur de Haut Parleur et co-fondateur d’Electron Libre.