Libération à nouveau acculé au bord du gouffre – #Gratuit

(Publié le 11 octobre) Libération a accumulé une dette de 20 millions d'euros. A la fin du mois, le journal aura une ardoise de 2 millions d'euros d'impayés à l'URSSAF. Matthieu Pigasse veut bien reprendre le titre pour une bouchée de pain. Une solution urgente doit être trouvée. Le prochain conseil de surveillance est prévu pour la semaine prochaine. Avec en maitresse de cérémonie Atomique Anne Lauvergeon.

Les ventes ne sont pas au mieux. L'été fut rude, la défaite de Nicolas Sarkozy n'a pas aidé à galvaniser les lecteurs du journal fondé par Jean-Paul Sartre... La rentrée n'est pas meilleure. Le niveau des ventes en kiosques reste inférieur à ce qu'il avait été un an plus tôt. En interne, les 180 journalistes l'ont bien compris, les temps difficiles sont de retour et les relations de défiance avec la direction du journal n'arrangent rien - pour nombre de journalistes Nicolas Demorand a son propre agenda politique, qui devrait le mener à revenir dans une entreprise du service public. A cela, il convient d'ajouter de moindres rentrées publicitaires pour un quotidien qui n'a jamais brillé sur cet aspect de son modèle économique. Des mauvaises nouvelles qui viennent ternir les efforts de restructuration et les économies consenties depuis près d'un an, qui avaient permis au journal de sortir de la zone rouge.

Il serait trop facile d'accuser l'affaire Bernard Arnault. Bien évidemment, le patron de LVMH n'a pas apprécié la Une qui lui avait été confectionnée, le déjà fameux "casse-toi riche con !". Cependant, la perte de 700 000 euros de recettes qui serait la conséquence d'un retrait des marques des pages de publicité du journal est largement exagérée. La crise de la publicité, que connait tout le secteur a des conséquences bien plus pernicieuses pour le journal.

Bruno Ledoux se retire

Les dettes s'accumulent. En tout elles dépassent 20 millions d'euros, et pour le journal chaque sou qui rentre hors les dépenses de fonctionnement ressort aussitôt pour payer les créanciers. Dernièrement, l'imprimeur Riccobono a ainsi été remboursé, avec l'argent du dernier investisseur en date, Bruno Ledoux. Ce dernier a versé en tout et pour tout 6 millions d'euros en deux tranches de 3 millions. Après un dernier "gros coup" dans l'immobilier sur Paris, l'homme d'affaires âgé de 48 ans a pris sa retraite, et ne compte pas investir plus dans le journal. Il demanderait d'ailleurs à être remboursé de ses efforts.

Libération a également contracté une dette de quatre millions d'euros auprès de Publicis, il y a sept ans. Chaque année, l'agence présidée par Maurice Lévy, proche de Nicolas Sarkozy, demande le recouvrement de cette somme. En vain... Et cette année ne devrait pas être différente. Et aux mauvaises langues qui persiflent sur une quelconque pression du groupe Arnault sur Publicis, dont l'actionnaire de référence est Elisabeth Badinter, qui ne peut aucunement être accusée de vouloir du mal à un journal de gauche, le secrétaire général du groupe de communication répond par un catégorique démenti. Jamais le groupe LVMH, dont les deux tiers des budgets médias sont répartis dans les agences de Publicis dont Zenith ou Optimedia, n'a tenté de faire passer un message via Publicis. Et ce dernier n'a donc pas exigé d'être payé de sa dette - pas plus que les années précédentes. Pour preuve explique Publicis, "nous détenons 49% de la régie du journal. Nous sommes partenaires et il n'est absolument pas dans notre intérêt d'être à l'origine d'une éventuelle faillite".

Quelles sont les solutions qui s'offrent au journal ? La semaine prochaine un conseil de surveillance devra se poser les bonnes questions. Au 30 octobre, le journal aura une ardoise de 2 millions d'euros à l'URSSAF selon nos informations. Matthieu Pigasse a rebroussé chemin devant les exigences financières des actionnaires (plusieurs dizaines de millions d'euros), épaulés dans l'affaire par Guillaume Hannezo, l'ancien directeur général de Vivendi, époque Messier. En gros, le banquier était d'accord pour reprendre le journal pour rien, et prévoyait ensuite une forte restructuration avec plan social à la clef et fusion avec Les Inrocks - qui perd plus d'argent encore chaque mois. Cependant, cette solution serait maintenant assez mal vue par l'Elysée, pour qui le nom de Matthieu Pigasse revient avec trop d'insistance.

Conflit avec Presstalis

La piste Perdriel pourrait alors être réchauffée, mais il n'est pas certain que le propriétaire du Nouvel Obs, qui a repris Rue89 dernièrement, soit pressé de dilapider sa fortune dans le journal de la rue Béranger. L'effort financier demandé ne serait pas très éloigné de celui qu'il aurait pu faire pour la reprise du Monde. Et on sait qu'il avait jugé cela trop important.

A l'Elysée on se perd aussi en conjectures. Une solution toute prête n'existe pas. Libération pourrait bénéficier des aides prévues à la presse, mais sans efforts particuliers. Et le conflit qui se profile avec Presstalis n'augure rien de bon, non plus. L'Etat doit choisir entre sauver tout le système de distribution de la presse, ou bien appuyer ses efforts pour maintenir à flot un journal touché sous la ligne de flottaison.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef