Marc Thonon : « Sony Music n’a pas racheté Atmosphèriques »

Marc Thonon, le fondateur d’Atmosphériques explique l’accord qui le lie avec Sony Music. Il souligne que le disque reste le support de base de cette industrie, mais que la stratégie à 360° qui intègre aussi le Live est devenue incontournable. (Entretien publié dans Musique Info du 6 février)

EL : Quelle est la teneur de l’accord que vous venez de passer avec Sony Music ?

- Marc Thonon : Il s’agit d’une prise de participation minoritaire de Sony dans Atmosphériques, qui se double d’un accord de distribution. Ils ne sont pas en train de nous racheter mais de nous permettre de poursuivre notre développement et de l’accentuer.

EL : Qu’est-ce qui a motivé votre choix de Sony Music comme partenaire ?

- MT : Il y a deux ans que j’ai entamé des discussions avec pas mal d’acteurs. J’ai vu beaucoup de monde, pour ne pas dire tout le monde : des gros distributeurs indépendants, notamment, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas investir ; et tous ceux qui m’ont fait des propositions… mais parmi les majors, je n’ai pratiquement vu que Sony. Je n’ai rien contre les autres, j’ai surtout fait un choix humain. Au départ, Atmosphériques était distribué par Sony en association avec Tréma, ce qui remonte à 2002, et je connais beaucoup de gens qui sont encore dans l’équipe commerciale, dont Patrick Binard (directeur commercial adjoint chez Sony Music France, ndlr) et Laurent Chapeau (directeur général Stratégie & Développement commercial), qui était chef de projet international chez Virgin au début des années 90, quand j’étais directeur artistique aux éditions. On se connaît donc très bien et il y a une réelle confiance entre nous. Au delà, la discussion était extrêmement saine. Et Sony répond exactement aux besoins que j’ai.

« Agrandir l’équipe »

EL : Quels sont ces besoins, cinq ans après être reparti de zéro en pleine crise du disque ?

- MT : A l’époque, j’ai redémarré avec une équipe extrêmement restreinte (5 personnes, ndlr), et nous avons réussi quelque chose que nous n’espérions même pas avec Charlie Winston, dont l’album s’est vendu à plus de 600 000 exemplaires, export compris. Avec pour seul bémol que Charlie Winston, qui est en édition chez RealWord, n’est pas pour nous un artiste à 360, même si nous sommes intéressés au live et nous entendons très bien avec son tourneur Corrida, qui est un vrai partenaire. Fort de ce succès, j’ai pu agrandir l’équipe en 2010, en engageant des gens pour s’occuper du live – Agathe Basquin, qui venait de chez Caramba, a pris la direction de ce département – et de l’édition – dont le directeur est désormais Gaël Chapelain (ex-Virgin Mobile passé par MK2 TV, ndlr). Au printemps 2011, les albums de Mélanie et Mehdi n’ont pas marché à hauteur de nos espérances : nous n’en avons vendu que 20 000 de chaque avec l’export, quand le point d’équilibre se situait à 60 ou 80 000, ce qui m’a mis en difficulté. Deux options se présentaient alors à moi : soit repartir avec une très petite équipe et devenir plutôt un éditeur-tourneur qu’un label ; soit continuer à investir pour conserver mon équipe, ce que j’ai pu faire grâce à l’appui de banques et de l’IFCIC. J’ai bien réalisé à ce moment là les fragilités qui nous guettent toujours en tant qu’indépendants – parce que nous ne vivons que du catalogue que nous produisons – et dès lors, je me suis mis en quête d’un partenaire. Toute l’année 2012, pratiquement, a été dédiée à cela.

EL : Plutôt que vers des acteurs de la filière musicale, auriez-vous pu vous tourner vers des fonds d’investissement privés ?

- MT : Oui, certainement. J’ai d’ailleurs été voir des fonds d’investissement, mais soyons très clair : les investisseurs privés ne sont pas du tout intéressés par l’idée de miser sur un label. J’ai compris très vite que je ne pouvais m’adosser qu’à un partenaire-métier, car lui seul pouvait avoir conscience de notre plus-value. Je reste circonspect face au soutien que peuvent nous apporter des investisseurs privés qui sont de purs financiers. Chaque fois que j’ai été aidé, c’était par un acteur du métier, qu’il s’agisse de Tréma au démarrage ou d’Universal en 2002, lorsque j’ai eu un autre passage difficile, ou encore de Sony aujourd’hui. Et je tiens à rendre hommage à ces acteurs du métier qui sont prêts à aider certaines structures lorsqu’elles sont dans des situations difficiles, ce qui était mon cas l’année dernière.

« Optimiste par rapport au streaming »

EL : Est-ce que vous sentez que le marché repart ?

MT : Je suis très optimiste par rapport au streaming et au digital. Je pense qu’on a définitivement basculé. Il y a de très belles histoires qui s’écrivent en digital aujourd’hui et de la monétisation qui arrive d’endroits qu’on ne soupçonnait pas, comme les visionnages de clips, par exemple. Je crois beaucoup au direct2fan également, au consentement à payer du fan. Mais il y a une chose qu’on ne dit pas assez : c’est que rien n’existe s’il n’y a pas de disque au départ. Ce qui est parfois difficile à vivre pour nous, c’est que bien que nous prenions le risque de le financer, nous pouvons être les seuls à ne pas en profiter, à moins de négocier des contrats à 360.

 

EL : Un label comme Atmosphériques peut-il se passer, aujourd’hui, d’avoir un tel modèle à 360, avec l’édition, le spectacle vivant et le merchandising qui rentrent dans son périmètre ?

- MT : Je ne force jamais personne. Il faut que l’artiste soit consentant pour un contrat à 360. Si on lui force la main, les choses ne se passent pas bien. Ce modèle n’est pas nouveau pour Atmo. J’ai créé ma société d’édition en 1999 et j’ai pris ma licence d’entrepreneur de spectacles en 2006. Ce qui est très compliqué pour un label, aujourd’hui, c’est qu’il doit supporter la plus grosse part du financement. Il ne peut pas mettre un artiste sur le marché à moins de 150 000 €, quand pour l’éditeur ou le tourneur les risques financiers sont moindres, de quelques dizaines de milliers d’euros pour l’un comme pour l’autre. […] Je reste très ouvert sur le modèle : il peut s’agir de 360 totalement intégré ou seulement partiel, en partenariat avec l’artiste et son manager, comme pour Didier Wampas, ou bien en partenariat avec un tourneur, un éditeur, ou les deux. On s’adapte en fonction de l’artiste et de ses partenaires. Par contre, je module mes investissements en fonction des retours sur investissement que je peux attendre. S’ils se limitent à la partie disque, les artistes ne peuvent pas attendre le même effort financier que si je suis aussi intéressé à l’édition, comme c’est le cas avec Madness. C’est une affaire de pédagogie et de transparence, mais c’est devenu indispensable.

 

Partagez sur Facebook
Image du lien direct

Rédigé par Philippe Astor

Journaliste spécialiste de l’industrie de la musique et d’Internet, collaborateur de Haut Parleur et co-fondateur d’Electron Libre.

2 commentaires sur cet article

  1. Ping : Marc Thonon : « Sony Music n’a pas racheté Atmosphèriques » | MusIndustries | Scoop.it

  2. Ping : Marc Thonon explique l’accord qui le lie avec Sony Music | L'actualité de la filière Musique | Scoop.it

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *