Orange, le déchirant chant du cygne high-tech de Stéphane Richard – #Gratuit

De la 4G au NFC, en passant par la nouvelle Livebox, une myriade d’applications et des contenus rois, Orange a fait son show mercredi matin, sons et lumières à l’appui, avec un Stéphane Richard décidé à ébahir le public grâce à ses innovations. Tout y est et pourtant, on peine à imaginer la révolution technologique qu’on nous promet. (publié le 21 novembre)

L’optimisme était de mise mercredi matin dans l’immense salle des Docks de Paris, où Stéphane Richard, président-Directeur Général de France Télécom-Orange, a présenté 8 innovations de l’opérateur, faisant fi des rumeurs qui disent qu'il sera bientôt remplacé par Anne Lauvergeon à la tête de France Télécom. 1000 professionnels des télécoms, blogueurs et journalistes avaient été conviés à ce grand raout, une sorte de keynote où Steve Jobs, le défunt patron d'Apple et maître dans cet art de la Keynote, aurait enfilé un costume, et où le public devait se pâmer devant des nouveautés qui avaient, pour certaines, un air étrange de déjà vu. Bref, il fallait y voir un message fort adressé au marché, pour la réussite on repassera.

Pseudo Skype

Côté communications d’abord, puisqu’il s’agit bien là du cœur de métier d’Orange, on devrait voir débarquer un système de RCS (Rich Communication Suite) permettant, pendant un appel et d’un seul clic, d’envoyer une photographie ou de passer en visioconférence. Cette technologie, dont Stéphane Richard affirme que « tous les téléphones » en seront équipés nativement, répondra au doux nom de Joyn et devrait arriver en France en juin 2013. Sauf qu’on peut se demander si tous les smartphones de la nouvelle génération en seront bien dotés, où s’il faudra forcément passer par un financement (et donc un forfait) de l’opérateur Orange.

Communication toujours avec LibOn, une application déjà disponible pour iOS (pour les appareils Android, il faudra attendre le début de l’année prochaine) qui propose un service de tchat et d’appels gratuits pour les utilisateurs possédant cette application, partout dans le monde. Ca ne vous rappelle rien ? Ca ressemble pourtant furieusement à des services déjà existants, comme Skype (Microsoft) ou Facetime (Apple).

Enfin, un partenariat renforcé avec Facebook devrait donner naissance à l’été 2013 à un service de conférence téléphonique sociale. Là aussi, on peut penser à des technologies similaires, comme le « Hang Out » de Google+ (même s’il est vrai que le nombre d’utilisateurs de ce réseau social n’est pas comparable avec celui du géant bleu).

Jusque là, rien de fracassant, donc.

La box la plus chère

Côté maison © ensuite, Orange présente sa nouvelle Livebox, équipée par Intel (dont le CEO en déchéance, Paul Otellini, fait une petite apparition en guest dans la conférence) d’un processeur Groveland super puissant. Pour bander les muscles plus encore, Stéphane Richard souligne qu’il y aussi un « puissant double wifi " - ce qui est aussi le cas de ses concurrentes directes. Une vraie machine de guerre, qu’on vous dit, sans compter le lecteur Bluray 3D - coucou la Freebox Revolution ! -, l’accès au service de VOD maison, à 130 jeux en ligne et la possibilité de brancher une manette de jeu. Evidemment l’aspect TV connectée n’est pas passé à la trappe, puisqu’il est possible de passer en split screen pour commenter sur les réseaux sociaux en même temps qu’on regarde la télévision, le tout aidé par une télécommande/clavier. Le tout est annoncé pour février 2013.

Dommage pour Orange, des documents sur cette nouvelle box avaient déjà leaké hier, et les critiques ne se sont pas fait attendre, surtout une fois le coût de développement exorbitant connu : 120 millions auraient ainsi été investis pour cette box Orange troisième génération, selon Euro TMT. C’est d’autant plus cher que les « innovations » qu’elle contient n’en sont pour la plupart pas vraiment et qu'on les trouve aussi chez Bouygues, Free ou SFR!

Cloud, NFC et 4G, ça fait rêver

Orange lance son Cloud pour Madame Michu, ou du moins c’est l’impression que l’on peut avoir au vu de la présentation : marre de vos données éparpillées, difficile à retrouver ? Pas de panique, Stéphane Richard est là pour vous proposer 50 Gigas de stockage simplifié dans une « armoire numérique, avec de grands tiroirs, sur lesquels il y a de belles étiquettes lisibles ». Les abonnés fibre ou 4G auront même droit à 100 Gigas dès février. Fantastique. En plus, et Orange le rappelle, c’est « le cloud dans lequel vous avez confiance ». Mais si vous quittez un jour cet opérateur, qu’adviendra-t-il de votre belle armoire 2.0 et de tous vos contenus ? La question ne se pose pas, vous resterez chez Orange, n’est-ce pas ?

Première vraie innovation, à défaut d’être une révolution : la mise en place d’un service de paiement mobile NFC, en partenariat avec Visa. 20 téléphones compatibles sont d’ores et déjà disponibles dans les boutiques Orange, permettant aux clients des trois banques partenaires d’effectuer dès aujourd’hui des règlements par ce moyen, chez les rares enseignes physiques déjà équipées. Mais en attendant que la RATP, la SNCF, Air France ou d’autres acceptent ce type de paiement et les banques partenaires se multiplient d’ici 2013, 2014 voire 2015, la technologie fait figure de gadget et le portefeuille a encore de beaux jours devant lui.

Du côté du déploiement de la fibre optique et de la 4G, Orange se montre très ambitieux. Stéphane Richard espère ainsi avoir 1 million de clients très haut débit fin 2014 (contre 150 000 seulement à l’heure actuelle) et les appâte avec la promesse d’un débit de 200 Mégabits/seconde. Il évoque également le partenariat annoncé la veille avec Akamaï pour un meilleur accès aux contenus sur mobile. Pour ce qui est de la 4G, déjà présente à Marseille depuis juin, elle arrive ce mercredi à Lille, Nantes et Lyon puis dans six autres villes d’ici avril 2013. Orange promet « des débits 10 fois plus rapides que la 3G » mais oublie de dire que, comme son ancêtre, la 4G devra faire ses preuves une fois le nombre d’utilisateurs multiplié, et ce n’est pas gagné, même si Orange se débrouille plutôt bien pour l’instant.

Contenus rois et prospective

Une fois le one man show de Stéphane Richard terminé, place aux démonstrations plus poussées dans un espace où fourmillent les employés plus serviables les uns que les autres. Un « bar à applis » permet vite de constater qu’au-delà de son métier de "créateur de tuyaux", Orange entend bien se positionner comme un acteur majeur dans le domaine des contenus. Un changement net de stratégie, puisqu'à son arrivée, Stéphane Richard avait boudé le développement de contenus propres, leur préférant la multiplication des partenariats. Réalisant probablement sur le tard la valeur ajoutée des contenus "maison", il semblerait que le PDG d'Orange se soit ravisé.

On peut ainsi disposer, sur son mobile, de « Orange Cinéma Series » (5 chaînes thématiques), de « Read and Go » (un kiosque pour les journaux, magazines ou BD), de Deezer, bien sûr, ainsi que de Dailymotion, puisqu’Orange possède tout ou partie de ces deux entreprises, sans oublier Liveradio (20 000 radios), d’un service de VOD, d’un autre de télévision en direct et de « Programme TV », une application liant Twitter et télévision. Petit plus notable : l’application « Cinéday » propose chaque mardi une invitation pour les salles obscures. A l’étage, on peut découvrir « Alt-Minds », une sorte de websérie/jeu interactif d’enquête développée en partenariat avec Lexis Numérique et qui s’articule entre le web et des applications dédiées. Plutôt enthousiasmant, mais néanmoins étonnant : Orange veut-il devenir un acteur du jeu vidéo ?

Du côté de la prospective, on trouve de très bonnes idées : des « balises Cloud » qui permettraient de recharger ses terminaux et d’uploader ses données ; le service « MO3T » centré autour des livres numériques que l’on pourrait acheter en librairie, par SMS ou sur le web, prêter par cloud interposé ou offrir directement sur la device de l’heureux récipiendaire ; voiture 4G faisant figure de media center où pourraient se connecter de multiples écrans. Reste le même bémol : il s’agirait là encore d’innovations propriétaires, alors que la tendance est plutôt aux outils les plus universels possibles, comme on a pu le voir avec le cas des mails il y a quelques années.

Orange s’est montré aujourd’hui extrêmement optimiste, trop peut-être, puisque, si les technologies présentées sont théoriquement intéressantes, elles ont toutes leurs limites et devront faire leurs preuves pour convaincre. Ceci dit, Stéphane Richard a des raisons d’espérer, puisque sa compagnie a tant bien que mal endigué la perte massive de clients au troisième trimestre, même si les dividendes ont fondu comme neige au soleil. Oubliée donc la panne géante, l’objectif à peine caché derrière la démonstration de force de ce jour est bien évidemment le recrutement de nouveaux abonnés et la rétention des anciens. Mais dans un domaine plus que jamais concurrentiel, et où les autres opérateurs aussi misent sur un réseau rapide et des stratégies de contenu, pas sûr que cela suffira à faire la différence.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.