Le préoccupant projet de virtualisation de la Live Box d’Orange

A cause d'Orange, le marché français serait encore plus distancé dans la course à l'OTT.

Stéphane Richard a révélé en milieu de semaine le projet de l'opérateur de proposer une virtualisation de la Live Box Orange. Autrement dit, les calculs permettant à la boite de l'opérateur de délivrer des services et des fonctionnalités pour les clients seraient déportés, tout ou partiellement, sur les serveurs Orange. Chez le client final, à l'instar de ce que proposent certains services de jeux en ligne, la nouvelle box n'aurait qu'un rôle mineur pour être capable d'afficher les images traitées en amont par les clusters de processeurs Orange. Cette solution nécessite tout d'abord une excellente bande passante, avec un flux de données montant et descendant, elle serait donc surtout efficace pour les clients disposant de la fibre. Selon le Pdg d'Orange, la solution est en cours de déploiement en Roumanie actuellement avant d'être disponible en France pour 2018.

Cette solution, aussi élégante soit-elle, d'un point de vue ingénierie pose un certain nombre de problème pour le marché français de la video ou de la musique. Est-ce que, par exemple, Netflix sera émulé sur les serveurs Orange, idem pour Deezer ? Quels seront alors les changements à apporter pour les ayants-droit, mais aussi pour Netflix, pour s'assurer une parfaite compatibilité avec le système utilisé par Orange. Est-ce que l'opérateur ne va pas en effet utiliser cette barrière technologique pour favoriser ses propres services en abusant de solutions propriétaires ? Une solution de type "calcul dans le cloud" comme le préconise Orange est bien souvent synonyme de manque de transparence pour les tiers.

Facebook, YouTube, Snapchat, Netflix

D'autre part, le monde de l'OTT qui arrive ne semble pas du tout prendre cette direction. Le monde de l'application grignote littéralement l'écran. Il est disponible en masse sur les supports mobiles comme le smartphone et les tablettes. Et il n'est pas du tout compatible à l'heure actuelle avec une solution de type virtualisation des services. Au contraire, la richesse du catalogue de services et sa profusion tient à la facilité de coder et de distribuer ces applications. Facebook, YouTube, Snapchat, Netflix, Hulu, HBO Now ont largement bénéficié de cet éco-système que ce soit sur iOS ou Android. La consommation des vidéos va d'ailleurs dans ce sens avec des chiffres astronomiques dès qu'il s'agit des smartphones ou des tablettes.

Un mouvement qui se déploie aussi sur le grand écran, notamment aux Etats-Unis avec les boitiers Roku et Apple TV ou encore les "sticks" comme le Fire TV d'Amazon ou le Chromecast de Google. Ces appareils proposent tous pour moins de 100 dollars (un peu plus cher pour celui d'Apple) une expérience utilisateur bien supérieure à celle des boites des opérateurs de télécommunications. D'ailleurs, certains opérateurs américains ont choisi de privilégier ces boitiers dans leurs offres pour aller dans le sens d'une meilleure expérience pour leurs clients. La convergence entre l'opérateur et les contenus n'est plus une priorité, si jamais elle n'avait eu d'autres objectifs que de doper les cours de bourse.

Protectionnisme

Avec son projet de virtualisation, Orange s'engagerait dans une voie qui peut apparaitre à l'heure actuelle quelque peu esseulée. Bouygues Télécom a indiqué aussi travailler sur de tel projets. SFR a certainement aussi des projets de ce type dans leurs laboratoires. Quid de Free avec la nouvelle Freebox, dont le lancement a été retardé ? Difficile de ne pas voir dans ce choix technologique une marque de protectionnisme des opérateurs de télécommunications, et donc un risque pour la progression de l'OTT en France. Au détriment des producteurs de contenus qui désormais misent beaucoup sur le développement de ces offres pour diffuser leurs oeuvres, et engranger des commandes.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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