Projet « 1000 Startups », Xavier Niel entre en campagne

Présenté mardi soir dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, le projet de réhabilitation de la Halle Freyssinet sera financé en immense majorité par le patron d’Iliad. L’occasion pour lui de se poser en bienfaiteur de la France numérique, et pour plusieurs politicien-ne-s de se valoriser à bon compte.

Après s’être posé en business angel grâce à Kima Ventures, son fonds d’investissement monté avec Jérémie Berrebi en 2010, en mentor des générations futures avec le lancement de l’EEMI en 2011 avec la complicité de Jacques-Antoine Granjon et Marc Simoncini ou plus récemment en dénicheur de codeurs avec le lancement de l’école 42 en collaboration avec Nicolas Sadirac, Kwane Yamgnane et Florian Bucher, Xavier Niel passe la vitesse supérieure pour s’assurer la postérité.

150 millions d'euros

Il va en effet investir quelque 150 millions d’euros dans un projet immense de réhabilitation de la Halle Freyssinet, qui devrait, d’ici 2016 (ou 2017), devenir le plus gros incubateur de startups de Paris – et même du monde, puisqu’il pourra en accueillir un millier, d’où le nom du projet. Ce bâtiment, qui appartenait à la SNCF, avait un temps été menacé de destruction avant d’être récemment classé à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il a été racheté par la Mairie de Paris pour 70 millions d’euros et sera revendu au consortium formé par Xavier Niel (90%) et la Caisse des Dépôts et Consignation (10%) pour le même prix, la ville s’octroyant au passage une partie des espaces afin d’intégrer ce futur haut lieu de la culture numérique et de l’innovation au quartier. Viendront s’ajouter à cela des travaux estimés entre 70 et 100 millions d’euros (la balance penchant, de manière réaliste, plutôt vers la fourchette haute de cette évaluation, selon les aveux même de Xavier Niel).

Outre l’espace modulable de 30 000 mètres carrés pouvant accueillir les fameuses « 1000 Startups », la Halle Freyssinet 2.0 comportera un auditorium, un FabLab, une immense bibliothèque et un restaurant ouvert jour et nuit, et une majeure partie de ces équipements et installations seront ouverts au public. Plus de 1000 mètres carrés seront réservés aux « acteurs publics utiles » comme la Caisse des Dépôts et Consignation ou encore la fameuse Banque Publique d’Investissement. Lors de la présentation du projet, Xavier Niel a également évoqué la présence sur site d’une banque ou encore d’un centre des impôts, toujours dans l’idée de faciliter l’entreprenariat innovant, en le libérant autant que faire se peut des contraintes administratives qui pourraient le brider.

Rendez-vous dans deux ans

Selon le trublion des télécoms français, il s’agit de donner accès à des outils chers qui, mutualisés par les jeunes entreprises, deviennent plus abordables (des imprimantes 3D, par exemple) et de proposer des services normalement inaccessibles. Il n’a pas été précisé si les startups auraient un accès privilégié au fonds Kima Venture, ou si celui-ci serait représenté par une personne présente en continu. Un modèle favorisé par l’incubateur White Bear Yard à Londres, par exemple, et pour cause, puisqu’il a été co-fondé par Stefan Glaenzer, lui-même patron de Passion Capital, un fonds spécialisé dans l’accompagnement de startups. Pour toutes ces informations, rendez-vous dans… deux ans !

Pour Xavier Niel, qui raconte avoir été voir l’ensemble des incubateurs à travers le monde afin de repérer bonnes pratiques et lacunes, le fait de « faire dix fois plus grand, volontairement, délibérément » ne signifie pas que l’écosystème existant sur Paris sera déstabilisé. Ainsi les tarifs pour les bureaux seront-il similaires à ceux déjà pratiqués par les incubateurs de Boucicaut, Nord Express ou dans celui de Macdonald actuellement en chantier. Mais il est clair que le patron d’Iliad veut frapper un grand coup, non pas, jure-t-il, pour « générer des profits mirifiques » mais pour « aider des jeunes à faire ce qu’on a eu la chance de faire ».

D’autres questions subsistent sur le type de startups éligibles pour accéder à des bureaux dans ce futur grand incubateur. Xavier Niel explique que l’idée est de les prendre dès le départ, et jusqu’à ce qu’elles n’en aient plus besoin, ce qui est aussi large que vague. De la même manière on ignore si c’est le modèle lean ou gras qui sera favorisé, le premier partant sur des investissements plus modestes et l’encouragement à développer dès le début une clientèle en parallèle du développement du produit, tandis que le second se base sur des investissements plus lourds et n’exigeant pas nécessairement un développement commercial simultané avec celui du produit ou service.

Politique et pain béni

Mais en dehors des ambitions du patron d’Iliad dont il semble clair qu’il est décidé à marquer les esprits et à entrer dans l’histoire comme un « disrupter » autant qu’un bienfaiteur dans le domaine des nouvelles technologies, de lourds enjeux politiques pèsent sur ce projet. Ainsi lors du lancement, Bertrand Delanoë a-t-il rappelé ses propres initiatives en faveur de l’innovation (à savoir la désignation d’un adjoint sur ce sujet ainsi que l’investissement d’un milliard d’euros sur 6 ans dans ce secteur, ainsi que la recherche et l’université). Il a également mis en avant un classement établi par le cabinet Deloitte, et qui positionnait la capitale française comme la ville la plus innovante d’Europe, un joli "taquet" à Londres qui n’en finit plus de faire du pied aux entrepreneurs frenchy. Pour l’actuel maire de Paris, le projet de Xavier Niel est donc du pain béni, une façon d’asseoir plus avant le leadership de la ville dans un contexte concurrentiel à l’échelle mondiale. Car qui dit entreprenariat dit création d’emplois et de ressources, mais aussi valorisation des quartiers où sont implantés ces incubateurs.

L’autre grande gagnante de cette affaire c’est bien sûr Anne Hidalgo, première adjointe chargée de l’urbanisme et de l’architecture, et accessoirement lancée dans une guerre sans merci face à la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet pour la mairie de Paris en 2014. Elle a naturellement profité de la présentation du projet de réhabilitation de la Halle Freyssinet pour glisser quelques mots à propos de son rôle dans l’éclosion des différents incubateurs parisiens, et même de sa vision du rôle de maire, sous le regard bienveillant du généreux financier...

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.

2 commentaires sur cet article

  1. M. NIEL, pourquoi toujours lancer des opérations en région parisienne!!!! Vous auriez pu faire cela ds une autre ville, par ex dans les Vosges ou en Lorraine (du bas!). Il y a un site, Damblain, ancien terrain militaire réhabilité, prêt pour accueillir des stés. La région se désertifie au profit d’autres alors qu’ici, la vie est merveilleuse, dans une nature verdoyante… Mon mari, Claude VUATTOUX, a déjà lancé 3 start up à Vittel et Gérardmer mais ça ne lui viendrait même pas à l’idée d’aller sur Paris!!
    Merci et bien à vous.

    CV

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