Droit de réponse du Snep

Dans un article publié sur le site Electron Libre le 24 avril, Philippe Astor s’est livré à une interprétation toute personnelle de la note explicative sur le partage des revenus dans la musique enregistrée, récemment mise en ligne par le SNEP. Synthétisant les résultats de l’étude commanditée par le SNEP auprès du cabinet d’audit Ernst& Young en octobre 2013, ce document témoigne de la volonté des producteurs concernés de faire toute la lumière sur la réalité de la production locale de musique enregistrée. Dans le cadre du débat sur « le partage de la valeur » instrumentalisé par quelques organisations à des fins politiques, il est nécessaire de comprendre préalablement la réalité économique de la production, avant de s’engouffrer dans des généralités qui laisseraient à penser que l’artiste est décidément le grand perdant de la révolution numérique.

Contrairement à ce qui est affirmé, cette étude n’a jamais été « gardée sous le manteau » mais a été remise lors de l’audition du SNEP à Christian Phéline, comme le reconnait le journaliste. Ne pas souhaiter la rendre publique est un choix que nous assumons. L’ADAMI et l’UPFI ont-elles rendu publiques leurs études respectives sur le même sujet ? La réponse est non. Dès lors, si l’on suit le même raisonnement, on en conclut que nul « éclairage significatif » n’est à attendre non plus de la part des deux autres études remises à la mission Phéline. Or, il semblerait qu’aux yeux de certains observateurs, certains éléments soient plus crédibles que d’autres pour des raisons politiques.

Contrairement à ce que l’article laisse entendre, l’étude du SNEP reflète bien la réalité de la production locale. Si l’étude en question a effectivement été commanditée par le SNEP, ce travail d’audit des contrats, mené pendant plusieurs semaines sur les 117 contrats au sein des 3 grandes maisons de disques, a été réalisé de manière professionnelle par un cabinet d’audit internationalement reconnu et selon des protocoles normés et bien précis, ce qui lui confère un véritable gage d’objectivité et de sérieux. D’autres n’ont pas pris cette précaution.

Contrairement à ce qui est soutenu, les revenus des artistes n’ont en rien été « gonflés ». D’une part, il est faux d’affirmer que les avances ne constituent pas un revenu pour l’artiste. Lorsqu’une avance n’est pas recoupée par les ventes, la partie non récupérée représente par conséquent un manque à gagner pour le producteur. Les artistes signés en France préféreraient-ils être signés sous un contrat anglo-saxon où l’artiste ne commence à être rémunéré qu’une fois que le producteur est rentré dans ses frais ? Je ne le crois pas. D’autre part, ne pas prendre compte en compte les revenus du licensing, c’est occulter volontairement des sommes qui sont pourtant bel et bien versées aux artistes par les producteurs, au-delà de la simple rémunération des ventes sur la base du taux contractuel. En outre, les avances perçues par les producteurs de la part des sites de streaming représentent du chiffre d’affaires éligible à la rémunération des artistes. La méthode est juste et claire : mesurer l’ensemble des sommes versées aux artistes aux producteurs dans le cadre de l’exploitation d’un album et les comparer à ce que perdent les producteurs.

Car produire des artistes en France coûte plus d’argent aux producteurs que cela n’en rapporte. C’est un fait qui n’est pas agréable à entendre. Et pourtant, malgré ces pertes nous continuons de produire du made in France qui plait au public. La soi-disante «extrême polarisation » dénoncée par le journaliste n’est ni plus ni moins que la production annuelle de nouveautés des 3 majors en France. L’important en définitive n’est pas que cette perte soit amortie par d’autres segments d’exploitation, les majors comme les labels indépendants ne sont pas des entreprises philanthropiques ! L’important, c’est de ne pas fragiliser davantage la production locale, par des mesures utopiques et anti-économiques qui hypothéqueraient son avenir. Quant à l’assiette de la valeur, donc du profit, elle doit prendre en compte un certain nombre de coûts incompressibles indépendamment du mode d’exploitation de l’œuvre de l’artiste.
Les enseignements tirés de cette étude ne sont donc en rien « partiels » mais tout à fait clairs et indiscutables. On peut continuer à vouloir nier la réalité économique de la production locale de musique enregistrée au nom de certains grands principes. C’est un choix. Mais le pragmatisme vaut toujours mieux que la posture.

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