Fonds Google pour la presse : les contradictions du cabinet Mazars

Google est de nouveau au centre des cancans. Tout est parti mercredi dernier d’un petit article publié dans le Canard enchaîné. L'hebdomadaire assure qu’une facture "exorbitante" de 450 000 euros aurait été envoyée aux différentes parties concernées par la signature de l’accord du 1er février dernier. Derrière la bataille des chiffres, se dissimulent les ratés du lancement du fonds Google.

C’est une communication dont le gouvernement se serait bien passé. Le cabinet d’audit Mazars, qui a mené la médiation entre l’Etat, Google et les éditeurs IPG (Information Politique et Générale) est au cœur de la polémique. Selon le Canard enchaîné, les trois parties auraient chacune reçu une facture de 150 000 euros. "A 9000 euros la journée de travail, on a connu médiation moins onéreuse" ironise le Canard. Le journal ajoute que les ministères concernés (à savoir Culture et Finances) auraient refusé de payer. Google et les éditeurs auraient choisi de négocier à la baisse. Contacté par notre rédaction, Matignon et le cabinet de Fleur Pellerin se refusent à tout commentaire. En revanche, le cabinet Mazars tient à rétablir la réputation de son médiateur, et réfute catégoriquement l’accusation. Il y aurait eu confusion des journalistes entre les deux parties de l’accord. 

D'après le cabinet, "Marc Schwartz a été nommé par le gouvernement français pour effectuer cette médiation. L’État va donc le rémunérer mais moins que les sommes qui ont été annoncées dans la presse. D’autre part, Google et les éditeurs de presse lui ont demandé de les accompagner pour la signature définitive de l’accord, qui aura lieu fin mars. Mais là encore, la rémunération est bien inférieure aux chiffres annoncés. Seul le client peut donner le montant, dans un tel accord, donc nous ne sommes pas aptes à les donner." Marc Schwartz confirme : "après la signature de l’accord, Mazars est devenu le prestataire de Google et des éditeurs, pour les accompagner dans la mise en œuvre de l’accord". En d’autres termes, après sa collaboration avec l'Etat, le cabinet Mazars est passé à une nouvelle mission de médiation, entre Google et les éditeurs cette fois. Double mission, donc rémunération en conséquence... De plus, selon nos informations, Marc Schwartz a demandé une rémunération personnelle en sus, dans le cas où il prendrait la présidence du fonds Google !

"Marc Schwartz n'est pas tout seul"

Ancien énarque, Marc Schwartz est actuellement chargé de conseil au secteur public et aux médias au sein du cabinet Mazars, où il officie depuis 2010. Le cabinet insiste : "sur chaque mission, Marc Schwartz n’est pas tout seul. C’est une équipe de trois ou quatre personnes qui travaillent donc les sommes sont à répartir entre elles." Le Canard a effectivement omis de préciser que le médiateur était à la tête d'une équipe, issue des rangs du cabinet Mazars. Ce groupe de travail comportait deux autres collaborateurs : Laurent Inard, associé chargé de la modélisation économique, et Thibaut Ollivier, manager en charge des médias. Avec les cinq représentants de Google et les cinq représentants des éditeurs, il y avait donc treize personnes autour de la table à partir du 16 novembre dernier, date de la nomination du médiateur par l'Etat.

Superstition des chiffres ?

Par la suite, le nombre d'intervenants a varié au cours des négociations. Marc Schwartz n'en fait pas un mystère : " je suis revenu à un format avec trois personnes seulement: Nathalie Collin (co-présidente du Nouvel Observateur et présidente de l’association IPG), Carlo d’Asaro Biondo (Vice-Président de Google) et moi.  (…) C’est ce changement de format, le passage de treize à trois personnes, qui a clairement permis de débloquer la situation. Ensuite, nous sommes revenus à un format plus élargi, à des réunions techniques auxquelles participaient des patrons de régies publicitaires, par exemple".

3000 euros la journée

Une fois répartie entre les membres de l'équipe de médiation du cabinet, la facture "exhorbitante" supposée de 450 000 euros se dégonfle comme une baudruche. Si énorme que ce chiffre brut puisse paraître, il ne représente jamais que 0,75% des 60 millions du fond Google que Mazars a contribué à créer.  La mission a duré en tout 2 mois et demi, dont 50 jours mandatés par l'Etat. En divisant ce montant (qualifié de "fantaisiste" par Marc Schwartz) à parts égales entre les membre de l'équipe de médiation Mazars, on obtient un tarif prestataire de 3000 euros la journée sur l'ensemble de la période. Nous voici loin des 9000 euros cités plus haut. 3000 euros par jour, voilà aussi un montant qui serait dans les limites d'un contrat "haut de gamme" d'une société comme le cabinet Mazars... Qui croire alors ?

Pourquoi tant de remue-ménage ? Le fond du problème n’est pas tant la fameuse facture non-confirmée par les instances officielles. Ce qui se joue, c’est la lutte de pouvoir pour prendre la tête du fond Google, poste pour lequel Marc Schwartz avait été pressenti. A quoi doit servir ce fonds, exactement ? Pour éviter que l'Etat français ne légifère, Google entend favoriser la transition numérique de la presse. Pour cela, l'entreprise américaine compte aider les médias signataires à mieux utiliser ses outils publicitaires. Le fonds financera des projets en ce sens sur une durée de 3 à 5 ans. Dans son discours à l'Elysée, le patron de Google Eric Schmidt avait évoqué sa fierté d'offrir aux internautes "une presse libre, indépendante et gratuite". Cette presse en ligne d'information politique et générale (IPG) serait plus dépendante de la publicité, plus bankable. Une presse numérique liée à Google comme une entreprise partenaire, au détriment des lecteurs.

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3 commentaires sur cet article

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