France – USA : Exception culturelle contre impérialisme acte II

Alors que des négociations commerciales doivent s’ouvrir d’ici l’été entre l’hexagone et les Etats-Unis, le gouvernement de François Hollance a insisté sur la nécessité d’exclure expressément les services audiovisuels et cinématographiques de ces tractations. Exception culturelle oblige ! Pas sûr que cela suffise à calmer les ardeurs conquérantes des géants des nouvelles technologies.

« L’exception culturelle est menacée », et c’est Aurélie Filippetti qui le dit ! Cette "quasi tradition" française de mise en valeur et de préservation du patrimoine créatif pourrait en effet se voir ébranlée par les négociations sur le libre-échange entre les Etats-Unis et la France qui devraient s’ouvrir d’ici l’été 2013.

"Nous ne laisserons pas faire"

Car en dépit de l’opposition d’Androulla Vassiliou, commissaire en charge de la Culture, et de Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur, le Collège des commissaires de l’Union européenne a adopté la semaine dernière un projet de mandat de négociation incluant les services audiovisuels et cinématographiques. Peu après, la ministre de la rue de Valois a donc réagi au micro de l’AFP, estimant que « la culture n'est pas une marchandise » avant de lancer un avertissement « nous ne laisserons pas faire » - qui a certainement rassuré tous les intéressés, la ministre a pour elle des résultats probants dernièrement comme par exemple la renégociation de la TSTd.

Elle a rappelé que cette fameuse exception culturelle, dont l’Acte II est encore en attente aujourd’hui de la mission Lescure, est un système de financement vertueux. « C'est sur cette base que s'est développée en Europe une industrie cinématographique et audiovisuelle qui est au coeur de son identité culturelle, un atout majeur pour la croissance et l'emploi » a ainsi déroulé Aurélie Filippetti, non sans raison. Par ailleurs, la ministre de la Culture a précisé que la préservation de cet écosystème spécifique faisait partie des engagements de François Hollande. C’est donc avec son soutien implicite qu’elle s’est montrée entièrement opposée à ce que ces deux secteurs à l’économie tout particulièrement protégée en France se retrouvent sur la table de négociations commerciales avec des acteurs transnationaux comme Apple, Amazon ou encore Google.

L'Europe lâche la Culture pour l'ombre

Une prise de position tranchée qu’a aussitôt soulignée et applaudie la Coalition française pour la diversité culturelle, qui réunit, entre autres, la SACD, l’ARP, France Télévisions, la Guilde Française des Scénaristes, la SCAM ainsi que de nombreuses organisations de professionnels des secteurs qui risquent d’être concernés par ces négociations. Dans un communiqué, celle-ci « s’insurge contre ce double renoncement de la Commission européenne : renoncement à soutenir l’exception culturelle alors même que l’Europe a été le terreau sur lequel le combat pour la diversité culturelle s’est forgé ; renoncement à respecter la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, pourtant ratifiée par l’Union européenne. » Il faut dire que les instances communautaires se sont déjà, à de nombreuses reprises, mises à dos les industries culturelles françaises, en critiquant, voire en condamnant certains dispositifs spécifiques de leur financement. Pourtant, un des noyaux de contestation, la Copie privée, a récemment été légitimée par la Cour de justice de l’Union européenne. Mais de nombreux dossiers contentieux restent ouverts, comme celui de la TSTd.

Une spécificité pas si attendrissante

Le gouvernement, à travers Aurélie Filippetti, a donc dit son opposition à l’ouverture des négociations pour ces secteurs. Mais face aux entreprises américaines, bien décidées à généraliser le modèle qui règne outre Atlantique, et où ces marchés sont semblables à n’importe quels autres, il n’est pas certain que les déclarations d’intentions hexagonales fassent le poids. Ce que les Etats-Unis regardaient par le passé comme une particularité presque attachante d’un pays dont l’ego culturel est inversement proportionnel à la taille n’est aujourd’hui qu’une entrave au précieux libre-échange prôné par la patrie des braves. Il est loin le temps d'un Jack Valenti, qui avait compris tout le bénéfice qu'Hollywood avait à accepter ce mécanisme de financement qui prend aux Blockbuster pour nourrir la production locale...

Or l’exception culturelle n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, une simple excentricité locale, c’est une véritable gageure économique. Comme l’explique un professeur de l’EHESS dans une tribune du Monde, c’est la fameuse compétitivité française qui est en jeu, avec ses savoir-faire culturels qui continuent aujourd’hui encore de s’exporter, là où les industries technologiques ont pour la plupart fermé boutiques. Reste donc à voir comment la ministre Filippetti, si souvent décriée par les acteurs sous sa tutelle, saura faire face aux colosses d’outre Atlantique.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.