Gery Leymergie, « Top Gear est avant-tout une émission de divertissement, avec des automobiles. »

TG c ELGery Leymergie, producteur exécutif de l'émission Top Gear France, a des raisons de se réjouir : les deux premiers épisodes du programme, diffusés mercredi dernier, ont permis à RMC Découverte de battre le record d'audience des chaînes TNT HD. Le premier épisode a réuni pas moins de 926 000 téléspectateurs, soit 3,6 % des parts de marché, avec un pic à 1 078 000. Le deuxième épisode, diffusé à une heure plus tardive à laquelle moins de gens regardent la télévision, a atteint une part de marché encore plus élevée de 4,4 % avec 793 000 téléspectateurs. Gery travaille au sein de BBC Worldwide France, la branche française de la grande dame britannique, et répond aux questions d'Electron Libre.

ElectronLibre - Pouvez-vous nous dire combien d'épisodes de Top Gear France ont déjà été tournés, et combien sont déjà programmés ?

Gery Leymergie - Nous avons tourné 7 épisodes cet hiver, et avons préparé trois best-off. C'est presque le même nombre d'épisodes que la série britannique, qui propose huit épisodes "normaux" et un nombre variable d'épisodes spéciaux, comme celui au Pôle Nord, chaque demi-saison. Pour l'avenir, rien n'est encore confirmé. Nous n'avons aucune certitude en ce moment, même si au vu du succès des deux premiers épisodes, nous sommes très confiants et n'avons qu'une envie : repartir en production ! Je rêve d'avoir une demi-saison hivernale et une demi-saison estivale de l'émission. Là nous avons tourné en hiver, et les images obtenues correspondent à la saison. Les voitures devaient nécessairement être fermées, et on a même tourné dans la neige. Nous avons eu pas mal de pluie aussi ! Une demi-saison estivale nous permettrait de tourner au soleil, peut-être dans le Sud de la France, peut-être même à l'étranger, dans des voitures décapotables ! Mais tout d'abord, il faut que la chaine en ait envie, et nous parlerons de cela avec eux au cours des prochaines semaines. Ensuite, il faut voir l'agenda de nos animateurs... Et savoir que ce genre de programme prend deux mois de préparation avant même de commencer à tourner. C'est beaucoup de moyens techniques et humains, et l'écriture des scénarios prend du temps.

EL - Comment obtenez-vous les véhicules ? L'industrie automobile vous a-t-elle bien accueillis ?

GL - Nous faisons des prêts de véhicules, qui ne sont pas des prêts classiques, comme pour les autres émissions parlant d'automobile... Nous devons signer des contrats spécifiques avec ceux qui nous prêtent des voitures, notamment du fait que nous avons les voitures trois fois au total : une fois pour faire un essai classique, une fois pour les sujets plus décalés, et une troisième fois sur le plateau. Puis parfois nous prenons quelques risques, aussi ! Tout cela est très encadré. Nous avons été très bien accueillis par l'ensemble de l'industrie automobile : ils se rendent bien compte que cette émission est un mythe et que c'est intéressant pour eux d'en faire partie. D'ailleurs nous avons plutôt refusé des véhicules que l'inverse, ils étaient tellement à vouloir être là ! Nous avons choisi les voitures en fonction de leurs qualités pour le storytelling, car Top Gear c'est avant-tout une émission de divertissement, avec des automobiles.

"Bien sur, nous nous sommes parfois  inspirés de certains scénarios de Top Gear UK"

EL - Comment fonctionnez-vous pour les scénarios, vous êtes vous beaucoup inspirés de l'émission originale ?

GL - Nos scénarios donnent tout un univers aux animateurs : ils ne disent pas un texte préparé à l'avance, mais comme l'univers scénarisé est là, il se passe des choses entre eux. Sans ce scénario, il ne se passerait pas grand chose. On peut dire que c'est un mélange de scénario ou de "storytelling", de vécu et de spontané. Finalement, Top Gear, c'est raconter des histoires avec un objet du quotidien : le véhicule. Comme par exemple quand nous faisons un concerto pour voitures au premier épisode : c'est beaucoup de préparation ! Bien sur, nous nous sommes parfois  inspirés de certains scénarios de Top Gear UK. Inutile de tout inventer : ils font ça depuis dix ans, et le font très bien ! Par exemple, nous avons repris l'idée de leur match de rugby à Twickenham, qui fonctionne très bien. Sauf que nous l'avons transposé pour en faire une sorte de revanche du match de foot France-Allemagne. Et plein de choses s'y sont passées qui n'ont rien à voir avec la version britannique du match ! Nous avons beaucoup inventé aussi, comme par exemple pour le concerto dont je vous ai parlé, ou encore pour le "challenge des 4 éléments" du premier épisode, qui est totalement inédit. Pour la Mercedes AMG, par exemple, Top Gear UK l'a eue en même temps que nous et en a fait une émission totalement différente.

EL - Que pensez-vous du fait de devoir travailler avec un cahier des charges ?

GL - Le cahier des charges, c’est bien, c’est un cadre. A la BBC on a la chance de bénéficier d’un format, ils ont appris tellement de choses et notamment de leurs erreurs. Le cahier des charges pour Top Gear, c'est d'avoir un mélange de plateau et de sujets, trois animateurs (des hommes), un pilote masqué, un challenge en voiture peu couteuse pour des invités, et une partie news. Sur le storytelling, nous n'avions aucun cahier des charges. C’est bien notre ton et notre humour que l'on retrouve : simplement prendre le script anglais et le traduire n’aurait pas marché. On a pris une bande d’animateurs pour qu’ils deviennent potes en moins que quinze jours... à nous des les mettre dans des situations où ils faisaient des choses intéressantes, et où quelque chose se passait. Nous l'avons fait avec notre culture de la comédie, et ça a marché !

"Philippe avait déjà prévu de se déguiser en Bonaparte"

EL - Pensez-vous que les évènements en cours autour de la version britannique risquent d'avoir un effet sur la version française de l'émission ? (NDLR - Jeremy Clarkson va peut-être être forcé de quitter l'émission après une altercation avec un membre de la production, et les deux autres animateurs refusent de tourner sans lui)

GL - Nous, il n'y a pas d’influence possible sur la version française, même si le Guardian a laissé entendre que notre succès était en partie dû au "buzz" autour de Jeremy Clarkson ! Quel que soit le destin de l'émission britannique, qui est en effet en question en ce moment, cela n'aura pas d'effet sur l'avenir de la version française. La seule chose c'est que nous rêvions déjà d'un challenge entre l'équipe française et l'équipe britannique. Nous étions déjà en contact avec eux et aurions pu organiser ça pendant la saison 2... Philippe (NDLR : Philippe Lellouche, le présentateur principal) avait déjà prévu de se déguiser en Bonaparte et de la jouer "on prend notre revanche !".

EL - Top Gear France a obtenu un record historique. Jusqu'à présent le record d'audience de la chaîne RMC Découverte avait été de 480 000 téléspectateurs. Vous les dépassez allègrement, êtes vous content ?

GL - J’aurais du mal à vous dire le contraire ! On a doublé le record historique de RMC Découverte, qui était d'ailleurs tenu par la version britannique de Top Gear : la boucle est bouclée ! Bien sur, nous espérions battre le record et faire un 500 - 600 000, et on a fait beaucoup plus, c'est enthousiasmant. Car quand on est sur d’avoir fait un joli bébé on espère que ça va plaire à beaucoup de monde. Je suis très content que l'émission ait répondu aux attentes des fans de l'émission britannique, mais aussi qu'elle ait rencontré un nouveau public. Ce qui est encourageant pour nous, c'est aussi que le deuxième épisode a atteint une part de marché plus importante que le premier. Ca veut dire qu’on a fidélisé les gens sur la durée. Il faut dire que nous avions été très bien accompagnés sur la promotion par NextRadioTV, qui a relayé l'arrivée de l'émission aussi bien sur RMC Découverte que sur BFMTV et leurs sites internet.

EL - Confirmez-vous les chiffres cités par le Figaro, qui estime le coût de chaque émission entre 300 et 400 000 euros ?

GL - Je ne sais pas d’où sort ce chiffre, tout le monder rêve de connaitre le chiffre exact, mais nous ne le donnerons pas ! Tout ce que je dirai est que nous sommes sur des budgets qui sont proches d’un programme en prime time sur les chaînes historiques.

EL - S'il y avait une autre saison, souhaiteriez-vous des adaptations ?

GL - Non , pas vraiment. Le budget qui nous a été donné pour faire les premiers épisodes était très confortable. On peut repartir sur ces bases là on fera une émission ambitieuse, avec la même recette mais encore plus drôle, plus précis, plus étonnant. Le seul ajustement, ce serait d'avoir plus de temps de préparation, et notamment du temps d’écriture !

EL - Travaillez-vous sur d'autres émissions en ce moment ?

Je suis salarié de BBC Worldwide depuis deux ans, et je suis producteur exécutif de plusieurs émissions au sein de cette société. Nous venons, par exemple, de démarrer le tournage de la deuxième saison de Cousu Main, pour M6. Pour la même chaine, nous préparons aussi Le Meilleur Pâtissier, avec Cyril Lignac. Toutes deux sont des adaptations d'émissions de la BBC. Nous avons également vendu l'adaptation de "Hair " - une émission sur la coiffure amateur - à TF1 pour la rentrée ou pour 2016, cela reste à préciser. Nous sommes aussi en train de réaliser le premier documentaire original sur Daft Punk pour Canal +, et espérons aller encore plus loin dans ce secteur.

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Rédigé par Isabelle Szczepanski

Plateformes, culture, droit d'auteur, taxation du numérique

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