God ! Where is my wi-fi ?!

Tribune libre, par le co-fondateur de e-fractions éditions

Les Etats-Unis ne sont pas nécessairement meilleurs que le vieux continent dans leur gestion des transitions technologiques, et des fractures sociales qu'elles engendrent. Histoire d'une visite à la prestigieuse BookExpo America, qui avait lieu il y a quelques jours à New York.

God ! Where is my wi-fi ?! Que je beugle ça comme un tordu, très au sud de la Loire, dans un moulin à vent du XVIe siècle posé au milieu de nulle part, paraît pour le moins concevable et même presque idiot de ma part. Que je réitère en plein centre de Big Apple où je suis venu présenter e-fractions éditions dans... la Digital Zone de la BookExpo America, l'est tout de suite un peu moins... Sauf à considérer que le mauvais œil du web mondial me poursuit de ses malédictions. Ou à reconsidérer ce qui chez nous semble une évidence, que les américains nous sont de loin et en tout supérieurs. Vieux concept aussi absurde que celui qui prétend le contraire et que mon mauvais esprit congénital aura tôt fait de prêter à cette dette inavouable et pourtant bien réelle contractée avec le plan Marshall et que les dénégations énergiques du grand Général n'auront pas réussi à rendre caduque et non avenue...

Évidemment, et contrairement à mon moulin du XVIe où, même en payant force euro il n'y a rien à espérer de mieux que la 3G, à New-York, pourvu que je concède à me délester de 14,95$/jour, j'aurais sans problème pu bénéficier d'un wi-fi pour trois appareils dans ma chambre du Pennsylvania, l'un des quatre plus grands mais aussi l'un des quatre plus vieux hôtels de la ville...

Loin de moi l'envie de vous le déconseiller, pensez seulement à majorer le prix de votre chambre d'au moins 10,95$/jour pour un seul appareil connecté si vous comptez tweet-facebook-instagram-tumbler live avec vos potes restés bêtement outre-atlantique (les cons.). Ou majorez en café et autres hamburgers pour squatter les Macdo, Dunkin' Donets ou Starbuck qui vous en fourniront un de très faible intensité de jour comme de nuit... Remarquez, avec le jetlag, c'est très bien les premiers jours...

D'autant qu'entre deux et six heures du matin,  ça vous permettra de faire connaissance du reste des loosers de la ville qui vous regarderont avec cette certaine compassion qu'on ne retrouve que dans les yeux des expats, dont la commisération devant votre déconfiture n'a d'égale que la tête de votre mère quand, à six ou sept ans, vous ramez encore à faire seul vos lacets de chaussures... c'est dire...

Heureusement me direz-vous, je passais mes journées en plein milieu du prestigieux et ultra moderne Jacob Javits Center pour la BookExpo America 2013... Eh bien là encore, sauf à nettement augmenter une facture déjà très élevée, vous ne disposerez que d'un câble ethernet... Bien sûr, rien ni personne ne vous interdira  le partage de connexion... Ce que nous avons allègrement tenté de pratiquer avec mon coreligionnaire de la société EBK, Stéphane Corbinais, ainsi qu'avec Nicolas Ancion qui réalisait une performance d'écriture live diffusée, je vous le donne en mille, sur le web : un polar en 24h chrono dont le texte sera par la suite amendé avant d'être publié dans sa version définitive dans la collection Monde en VF des éditions Didier.

Je dis tenter parce qu'il ne s'en trouvera pas un seul d'entre- nous pour prétendre que cela s'est fait sans de nombreuses coupures et autres déconnexions intempestives...

My god en filaire si cette expérience n'a pas dangereusement aggravé le dégarnissement avancé de mon pauvre petit crâne de quadra... ( il faudrait que je me renseigne d'ailleurs pour voir dans quelle mesure un avocat retord et en mal de visibilité ne serait pas séduit à l'idée d'attaquer la moitié de la ville pour dommages capillaires irréversibles... Après tout, on attaque bien les Macdo au prétexte que leur café est servi trop chaud...Alors la moitié de la ville au prétexte qu'un frenchie azimuté ne parvient pas à poster ses conneries sur les réseaux sociaux avec la même frénésie que lorsqu'il est vautré sur sa serviette de plage... (non, non, je ne suis pas en train de prétendre que je rédige cet article depuis la plage, hein ? Un truc comme ça, je n'oserai jamais...).

En attendant de toucher le pactole à la sortie de la cour suprême des états-unis pour atteinte impardonnable à ma liberté d'expression de fauché, un constat triste et pourtant irréfutable, la fracture numérique existe aussi outre-atlantique et la démocratisation réelle et totale de l'accès de tous à l'Internet mobile, une promesse bien loin d'être tenue ici comme ailleurs...

Difficile dès lors de s'étonner de rencontrer des éditeurs américains tout aussi plein d'e-raideurs que leurs homologues européens face à la numérisation de leurs contenus... Bien sûr, ici la part de marché conquise en deux ans est infiniment supérieure à celle qui s'arrache dans la douleur en France, mais cela tient plus à l'énormité des distances à parcourir, qu'à une avancée technologique réelle.

Nous la fantasmons par ignorance, qui plus est persuadés que les américains, peuple sans Histoire, ne portent qu'un faible, voir un médiocre intérêt au papier si prétendument sacralisé chez nous...que ce sont tous des geeks patentés bardés d'appareils hors de prix à la technologie aussi proche de la notre que celles de quelques peuples extraterrestres...

La réalité est bien différente, et trois jours complets passés dans la Digital Zone aux côtés de EBK proposant une solution simple sécurisée et efficace de numérisation des pdf éditeurs et l'intérêt que lui ont porté une bonne trentaine d'entre-eux qui se sont arrêtés longuement pour se renseigner, pour savoir que nous n'avons rien à envier à nos petits frères d'outre-atlantique, tout aussi désemparés devant les mutations de ce monde, sauf peut-être leur confiance et leur enthousiasme qui, à terme, feront certainement la différence... Mais qu'à cela ne tienne, un état d'esprit non seulement cela se change, mais pire, cela ne coûte rien, alors, à bon entendeur...

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Rédigé par Franck-Olivier Laferrère

Ecrivain, entrepreneur et co-fondateur de la maison d'édition numérique e-fractions

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