Internet Mytheux IV : le futurisme de l’avenir

Dans ce quatrième épisode, la marche des nouvelles technologies est regardée d'un point de vue différent. Celui du futurisme.

Il existe un monde à part, un sur-monde, un monde plus fort, plus étonnant, un monde d’images et de sons, un monde d’imagination. Il s’appelle le futurisme. Impossible de le manquer, c’est lui qui règne partout sur la toile et dans les forums, dans les conversations aussi, c’est l’axiome de l’action, l’étincelle dans l’oeil du start-upeur, le lyrisme dans la voix du politique, il est là où se rejoignent le désir et la volonté, l’instant et la puissance. Le futurisme est le cimetière du réel, aussi, son antithèse, son anti-matière, celui qui dit ce qui sera en moquant de ce qui est, et surtout ceux qui font, car il est le rouage indispensable, mais encore invisible, le bourgeon qui deviendra forêt, la comète avant la queue… Le futurisme s’invite partout, il est reçu comme le dauphin sous lequel pointe déjà Napoléon. Il est de cette matière dont on construit les empires de chimères, bref, c’est un sacré bon sujet.

Le futurisme c’est quoi ? Un exemple valant mieux qu’un long discours, abreuvons nous à la source, l’une des meilleures, la plus limpide, Bill Gates. Le patron de Microsoft a eu son époque futuriste. On pouvait alors le voir déambuler dans un intérieur typiquement américain une télécommande en main. Il savait vendre la domotique; cet espace entre la maison et le parasite, qui ne vît jamais le jour et s’est endormi sur l’étagère des bonnes idées dans l’indifférence quasi générale. Le distingué patron de Microsoft comprit la leçon. Il ne s’aventura plus trop sur ces terres inconnues, préférant proposer des nouvelles versions d’Office et de Windows, avec les risques que cela implique.

Une chimère

Qu’est ce que le futurisme encore ? C’est l’aventure de l’innommable, ce qui se bâtit sur le possible et gagne le respect de ses pairs à défaut d’argent. On peut en voir des innombrables exemples dans les salons de la high-tech. Un jour il promet l’informatique dans le réseau : le terminal sans attache, la machine qui ne plante pas et ne perd jamais rien. Un autre c’est la fin des petits propriétaires car l’heure est à l’ubiquité infinie, et la non rivalité des possédants. On pourrait citer aussi ces terminaux fantastiques qui promettaient un bureau virtuel en trois dimensions, aux facultés de rangement digne de Dédale. On ferait une erreur d’oublier aussi les génies du commerce… Les slogans du futurisme sont simples comme « tous boursicoteurs« , ou encore « conso-acteurs » et puis « économie du partage »…

Cette description ne serait pas complète sans comprendre la force du futurisme. Il se montre toujours comme une projection de l’avenir mais au présent. Son objet n’est pas le marché tel qu’il est – forcément décevant et monotone, à ce sujet voir les réactions lors des lancements des derniers produits Apple – mais sa fantasmagorie ultime, sa réalisation rêvée et mensongère, bref une illusion, une chimère.

Une fois dit cela, on est en droit de se poser la question légitime qui suit cette banale relance : oui, tout à fait, mais le progrès ne se nourrit-il pas de cette grande économie dispendieuse, de ces fantasmes tenaces, d’un entêtement des « imaginateurs » ?

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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