Le Pôle (Emploi) Express

Aujourd’hui L’Express débraye à la suite du « Plan de Sauvegarde pour l’Emploi » présenté la semaine dernière par la direction du groupe. Des mesures que les syndicats jugent insuffisantes voire incohérentes pour certaines.

Les habitués de la page d’accueil du site de L’Express trouvent aujourd’hui en tête des sujets d’actualité un large bandeau annonçant la grève du groupe L’Express-Roularta, décidée ce matin en comité d’entreprise. Les représentants du personnel examinaient pour la première fois le projet de « Plan de Sauvegarde de l’Emploi, c’est le nom officiel de ce plan social » souligne, sarcastique, Laurent Vrbica, représentant CFDT.

Sauvegarde et destruction

En fait de sauvegarde, c’est bien de destruction d’emplois qu’il s’agit, puisque la direction prévoit la suppression de 87 postes avec la priorité donnée aux départs volontaires. Dans le détail, ce sont 75 CDI, 4 pigistes forfaitisés qui sont menacés, et 8 CDD « à des postes important pour la marche de l’entreprise » qui ne seraient pas reconduits, précise le syndicaliste. Ce sont les "services transversaux" qui sont les premiers visés, avec 22 postes en moins, loin devant L'Entreprise et ses 13 postes en moins, ou encore Côté Maison (10 postes)L'Express papier (8 postes), L'Expansion (5 postes), Studio Ciné Live (5 postes), Point de Vue (5 postes), L'Etudiant (4 postes), Lire (2 postes) ou Mieux Vivre (1 poste). Officiellement, les départs volontaires seront privilégiés, mais en interne, on se souvient d'un plan similaire il y a deux ans, et on craint qu'il s'agisse surtout de licenciements secs. Mais au-delà des suppressions d’effectifs importantes – elles représentent environ 10% de la masse salariale totale -, ce sont les suppressions d’activités qui inquiètent.

Ainsi "L’Entreprise" devrait cesser sa parution sur papier pour se recentrer sur un site web orienté B2B, en direction des petits patrons notamment. Un site dont la direction espère qu’il pourrait devenir leader dans ce secteur, ce qui laisse Laurent Vrbica dubitatif face à « des moyens afférents inexistants », puisqu’en lieu et place des 12 personnes employées pour la version print et des 3 autres qui s’occupent actuellement du site, seuls 4 postes seraient maintenus. De la même manière, les magazines « Maison Française » et « Maison Magazine » devraient être fusionnés « mais pas un moyen n’est mis sur la table pour en faire un leader », répète le représentant du personnel. Idem encore pour Studio Ciné Live, mensuel qui devrait être « rapproché » de la section art et spectacle de L’Express, mais avec « une réduction de poste et des moyens atrophiés ». Du côté de l’hebdomadaire phare du groupe, justement, la direction n'a pas précisé où se feraient les coupes, mais un des salariés semble craindre que ce soit le service d'iconographie qui fasse les frais de ce plan social, avec en perspective une mutualisation de service entre différents titres, ou peut-être l'obligation pour les journalistes d'illustrer eux-mêmes leurs articles. Le site L'Express.fr n'a semble-t-il pas été pris en compte dans le PSE bien qu'un de ses CDD ne soit pas reconduit.

Investissements insuffisants

Pour sauver la face, la direction annonce 8 millions d’euros d’investissements en trois ans, mais le représentant CFDT n’est pas dupe et juge la somme « insuffisante », tout en soulignant que ces promesses d’investissements avaient déjà été annoncées avant le plan social. Globalement, le personnel du groupe L’Express-Roularta dit craindre que « tout cela ne suffise pas et que ça nous mène à de nouvelles difficultés d’ici un ou deux ans ». Les journalistes entendent bien défendre leurs médias et ont désigné au comité d’entreprise de ce matin un expert-comptable, qui sera chargé d’examiner les chiffres fournis par la direction et éventuellement, de manière plus générale, ceux ayant trait à la situation financière du groupe. « Selon que l’on est bénéficiaire, à l’équilibre ou en perte, ce n’est pas la même chose, et le rapport qu’on nous remettra dans 3 semaines a une dimension préalable à l’élaboration de propositions », explique Laurent Vrbica.

Pour l’heure, en plus du débrayage, une manifestation est prévue mardi après-midi, partant du siège du groupe, rue de Châteaudun, pour se rendre avenue de l’Opéra, et remettre la pétition signée par une centaine de salariés au Syndicat des éditeurs de presse magazine (SEPM), la représentation patronale du secteur. D’autre part, mercredi matin, les représentants du personnel ont rendez-vous au ministère de la Culture et de l’Information pour rencontrer le conseiller social d’Aurélie Filippetti. Enfin, un nouveau comité d’entreprise est prévu la semaine prochaine.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.