Cinéma : Megaupload, l’ami des tout petits

Une étude sur « Le piratage et les revenus des films » se basant sur le cas Megaupload a surgi la semaine dernière, et a été reprise un peu partout en raison de sa conclusion, étonnante au premier abord : l’industrie cinématographique aurait perdu des bénéfices depuis la fermeture du site de streaming illégal…

Kim Dotcom, qui attend toujours son procès et continue de promettre monts et merveilles aux internautes dont il se veut le très riche libérateur, était-il vraiment une épine dans le pied de l’industrie cinématographique ? Megaupload, son site de streaming illégal désormais fermé et qui comptait, à la belle époque, pour 4% du trafic Internet mondial, faisait-il vraiment perdre de l’argent à ce secteur ? Ce sont, peu ou prou les questions que se sont posés Christian Peukert et Jörg Claussen, chercheurs au sein de l’Université de Munich (Allemagne) et de l’École de Commerce de Copenhague (Danemark) pour leur étude.

Blockbusters épargnés

Et leur conclusions en étonneront probablement certains : sur le panel de films qu’ils ont étudiés (sur différents pays, de différents genres, mais aussi avec différents budgets) tous ont perdu des revenus après la fermeture de Megaupload en janvier cette année. Tous ? Pas tout à fait puisque les blockbusters (diffusés sur plus de 500 écrans) sont épargnés par cet effet négatif de la clôture du site. De quoi laisser perplexe les pourfendeurs du piratage, mais l’explication est en réalité très simple bien que « contre intuitive » selon les chercheurs. Le site, qui rendait effectivement très aisé le visionnage de films piratés en streaming et était fortement axé sur le partage social, et créait un effet de recommandation en provenance des internautes les moins disposés à débourser leurs deniers pour un place dans les salles obscures, en direction de ceux qui étaient le plus susceptible de le faire.

Recommander les indés

Seuls les blockbusters ont vu leurs revenus augmenter après la fermeture du site de Kim Dotcom. De là à dire que Megaupload aidait les plus petites productions à se faire un nom et à faire des bénéfices, il n’y a qu’un pas, que les chercheurs ne franchissent pas. En fait, cela semble surtout révéler une lacune en termes de promotion et exposition du côté des films indépendants qui ne bénéficient pas du même battage médiatiques que les blockbusters. Une faille que les réseaux sociaux pourraient contribuer à combler, puisque la recommandation prend de plus en plus de poids dans les achats, et l’on peut extrapoler qu’il en serait de même pour les biens culturels.

Dans cette perspective, MegaUpload agissait comme un palliatif à un contexte de déséquilibre prononcé en faveur des grosses production. Cependant, les effets du site de streaming sont relativement limités. Une bonne campagne de promotion à la télévision ou en affichage est semble t-il plus efficace pour convaincre les spectateurs d'acheter un billet. Ce qui peut paraître étonnant lorsque l'on compare avec les audiences gargantuesque du site de Kim Dotcom. Encore une fois, la performance du Web, sans être niée, est à relativiser. Un ratio peu glorieux entre audience et résultats économiques que l'on retrouve dans bien d'autres secteurs comme la publicité ou encore la musique.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.

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