Midem : la filière maquille ses discordances avec le Centre National de la Musique

Midem ProdissLe traditionnel déjeuner-débat du Prodiss, syndicat national du spectacle musical, a été l’occasion au Midem d’un état des lieux des enjeux et perspectives sur les prochaines années. En présence du Député Patrick Bloche et du Sénateur Jean-Pierre Leleux, les acteurs qui sont intervenus se sont tous accordés sur la nécessité d’une filière unie lorsqu’elle porte ses priorités et attentes auprès des pouvoirs publics. Mais rares sont les thématiques faisant l’unanimité en son sein, conflit d’intérêts oblige. De quoi conjuguer l’union de la musique au conditionnel.

La filière musicale a doublement fait son cinéma pendant le Midem. Les acteurs se sont efforcés d’y faire bonne figure, alors même qu’ils sont scindés sur les quotas radios ou encore sur le partage de la valeur dans le cadre de la loi Création. Il faut dire que le projet de loi LCAP a on ne peut plus fragmenté une filière dont la faille historique est sa fragilité, causée notamment par son caractère hétérogène. La prééminence de l’union est certes plus que jamais revendiquée par les professionnels de la musique enregistrée et du live qui s’inspirent de la filière du cinéma français. En revanche elle tarde à être effective sur les grands dossiers aux enjeux ô combien majeurs pour l’écosystème de la musique. C’est donc sans surprise que s’est invité le volet des quotas radios au milieu des échanges au déjeuner-débat du Prodiss à Cannes, sous l’impulsion de Vincent Frèrebeau.

Quotas radios

Le Président de l’Union des Producteurs Français Indépendants (UPFI) a rappelé que les producteurs étaient favorables aux quotas, répondant à de vives critiques l’accusant d’en être un « fossoyeur ». « Nous sommes attachés aux quotas, toutefois la modulation maximale de cinq points contribuerait à mettre en avant des productions françaises, mais qui ne sont pas chantées en français » s’est expliqué Vincent Frèrebeau. Parlant également au nom du SNEP, Guillaume Leblanc ne s’est pas autant exprimé quant à la position exacte du Syndicat National de l’Edition Phonographique dont il assure la direction – sur laquelle s’interroge la filière depuis la proposition confidentielle faite aux radios par le Snep visant à supprimer la modulation – se limitant à déclarer qu’ « il faut maintenir les quotas qui ont joué un rôle prépondérant dans la productivité du répertoire made in France ». A noter que ce matin, Stéphane Le Tavernier, président du SNEP, a assuré le premier ministre du soutien des majors sur ce dossier. La Ministre de la Culture a d’ailleurs évoqué au Midem un possible consensus durant la Commission Mixte Paritaire prévue mi-juin, prévenant que « les voix dissonantes lui seraient nuisibles ».

2 millions d’euros

Outre la simple diffusion, c’est un véritable enjeu de compétitivité dans le paysage musical français que pourrait poser la question des quotas radios. Le Directeur Général de la Sacem Jean-Noël Tronc a été on ne peut plus explicite sur la question, prévenant que « Si on affaiblit les quotas, et que la production française est moins importante, alors la part des droits que nous reversons aux internationaux va augmenter et celle pour les français diminuer. D’autant qu’en 2015, cette part a cru davantage pour les étrangers (+9%) que pour les français (+6%). » Sur un marché de la musique enregistrée en France nettement dominé par le made in France, la question de pose de savoir si l’affaiblissement des quotas pourrait avoir des impacts non des moindres sur ce leadership. Le cinéma rencontre d’ores-et-déjà cette problématique de compétitivité sur le marché, les recettes d’exploitation des films français étant en baisse alors même que la fréquentation en salles augmente, et ce du fait de pertes de parts de marché par rapport aux films américains. Seule certitude, le Gouvernement souhaite aider le made in France à rester compétitif sur le marché. Audrey Azoulay a ainsi annoncé la création d’un « fonds de soutien à l’innovation et à la transition numérique pour la musique enregistrée indépendante », doté de 2 millions d’euros, et qui devrait être opérationnel à la rentrée. Les enjeux que comportent le volet des quotas radios mais également le partage de la valeur sur le numérique sont donc suffisamment importants, bien que les acteurs ne soient pas prompts à s’accorder sur ces sujets, pour une réunion de la filière sous une même égide.

Reprise du chantier du Centre National de la Musique

C’est aux fins de consolider les fondations du secteur de la musique que l’heure est, une nouvelle fois, à la construction d’une maison commune. Un projet plébiscité par les parlementaires réputés proches de la culture à l’instar de Patrick Bloche et Jean-Pierre Leleux. La machine arrière effectuée vis-à-vis du Centre National de la Musique – faute de financements – par la Ministre de la Culture de l’époque, Aurélie Filippetti, avait emporté dans son sillage les projets du secteur de consolider l’écosystème de ses financements et de renforcer la défense de ses intérêts. L’an dernier au Midem avait déjà été évoqué que le CNV pourrait reprendre le chantier. La 50ème édition du Midem l’a confirmé, le Centre National des Variétés devrait voir son spectre élargi avec plusieurs missions initiales du Centre National de la Musique. Il a été annoncé que Jules Frutos, prédécesseur du Guy Marseguerra à la Présidence du Prodiss, a été missionné à cet effet. Il faut dire qu’avec une fréquentation en hausse de 5% en moyenne chaque année dans les salles de concerts, le CNV semble dans la meilleure dynamique pour impulser toute la filière musicale en quête d’un retour de la croissance et d’une progression à l’international. « Nous recherchons de nouveaux locaux pour poursuivre notre développement, le CNV deviendrait alors un lieu qui accueillerait environ une dizaine d’organisations et structures, dont le Bureau Export » a déclaré son Directeur Philippe Nicolas au déjeuner du Prodiss à Cannes. L’Observatoire de la musique en sera l’un des prémices. Si la Ministre de la Culture n’a pas annoncé d’enveloppe budgétaire pour l’élargissement des missions du CNV en ce sens, elle a affirmé que « le caractère indispensable de cet outil qui permettra d’appréhender les enjeux de la filière dans leur globalité », assurant que « l’Etat assumera tous les engagements nécessaires à cette mission ».

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