NouvelObs veut phagocyter Rue89

Pierre-Haski-Nouvel-Obs-Rue-89-MemeClaude Perdriel, le fondateur du Nouvel Observateur, souhaiterait augmenter le capital du groupe du même nom, diminuant ainsi sa part dans l'actionnariat et il se dit prêt à céder le contrôle. Dans le même temps, le groupe semble décidé à phagocyter Rue89.

Le conseil de surveillance, réuni en fin de semaine aurait d'ailleurs validé cette décision de chercher un "mécène" ou un "allié", quitte à ce que celui qui a fondé l'hebdomadaire il y a près de 50 ans avec Jean Daniel se retrouve minoritaire, même s'il ne s'agirait pas là de son option favorite selon la direction du groupe. Selon Le Figaro, le nouveau partenaire ainsi recherché devrait être capable d'injecter entre 5 et 6 millions d'euros dans le groupe à la santé financière toujours fragile (les ventes en kiosques ont atteint un niveau historiquement bas, passant sous la barre des 50 000 exemplaires et le groupe devrait enregistrer des pertes d exprès de 7 millions en 2013) en dépit des levées de fonds à répétition mises en oeuvre par Perdriel.

Ce dernier a par ailleurs déjà racheté, à travers la holding SFA-PAR qu'il possède avec son épouse, les magazines «Challenges» et «Sciences et avenir», ainsi que le site Pourquoidocteur et la régie MediaObs. L'opération à venir pourrait donc lui laisser les rênes de ces branches et le voir progressivement céder le groupe « Nouvel Observateur », y compris le site Rue89. Parmi les noms qui circuleraient pour cette reprise, on trouve sans surprise Xavier Niel, qui a déjà des billes dans le groupe Le Monde (et donc aussi dans le pure player Le Huffington Post) mais aussi dans Mediapart, Bakchich, Atlantico (et ElectronLibre).

Rue89 en "rêve général"

En parallèle, une autre affaire secoue le groupe Nouvel Obs, puisqu'un changement a été opéré chez Rue89, le pure player qu'il a racheté il y a maintenant deux ans. Les habitués du site auront en effet remarqué qu'en haut de page du site, c'est désormais "Le Nouvel Obs" qui s'affiche en grand, tandis que la marque propre est réduite à peau de chagrin et précédée de la mention "partenaire". De surcroît, l'adresse même du site a été changée pour inclure "nouvelobs" dans l'URL et ce afin que leur audience "continue à être comptabilisée dans celle du groupe" pour Médiamétrie - l'institut avait annoncé en effet vouloir mettre fin aux opérations de co-branding des marques.

Un changement que les salariés du pure player n'ont pas franchement apprécié, puisque la rédaction a décidé de se mettre en grève ce lundi "pour continuer à être elle-même" comme elle l'explique dans un post de blog à l'attention de ses lecteurs. Ces mesures viennent s'ajouter à d'autres qui ont déjà courroucé les employés de Rue89 : la fermeture de la verticale "Sports" (alors que celle-ci représentait 1,1 million de pages vues en juin 2013 en dehors des blogs sport, contre 10,3 millions pour l'ensemble de Rue89 - source Google Analytics, audience Web uniquement donc hors mobile et tablette- soit un peu moins de 11%) , "le départ non remplacé de deux journalistes rédacteurs", le gel des embauches et le départ à marche forcée du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil, que Rue89 avait participé à créer, la pilule a du mal à passer).

Valorisation ou absorption?

Pour Sophie Caillat, représentante du personnel, il est clair que le groupe essaye de tuer la marque Rue89, qui rapporte tout de même un quart des audiences. Une stratégie qu'elle estime suicidaire : "si ils tuent notre marque, ils tuent notre audience et donc la leur, il se tirent une balle dans le pied". Quant aux revenus publicitaires du pure player qui ne sont peut-être pas à la hauteur de ce que pourrait espérer le groupe NouvelObs, elle estime qu'il s'agit là de la responsabilité de Régie Obs, la régie publicitaire du groupe : "il n'y a même pas une personne dédiée, c'est insensé, on est très mécontents de la façon dont ils nous commercialisent". Selon cette représentante du personnel, les équipes de Rue89 "font leur part" en valorisant le contenu et la marque ainsi qu'en négociant des partenariats, notamment culturels, "c'est à eux de développer les revenus". Sauf que le groupe, toujours majoritairement aux mains de Claude Perdriel pour l'heure, semble bien décidé à phagocyter le pure player pour lequel il a dépensé 7,5 millions d'euros en décembre 2011.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.