Roger Michell : « pour que leur film ait une chance d’être tourné, les auteurs signeraient n’importe quel contrat »

Jochen GreveLe réalisateur britannique Roger Michell est l’auteur, entre autres, de Coup de Foudre à Notting Hill, film qui a engrangé pas moins de 364 millions de dollars pour un budget de 42 millions. Comme il l’avait expliqué en mars dernier à Bruxelles, il n’a pourtant reçu aucune « royalty » pour ce succès planétaire. Parmi ses autres réalisations, l’on trouve The Mother avec Daniel Craig, tourné plusieurs années avant que celui-ci ne rencontre un succès mondial en devenant James Bond. Roger Michell a décidé, d’abord au niveau britannique puis au niveau européen avec la Société des Auteurs de l’Audiovisuel, de parler au nom des créateurs, et notamment de ceux « qui ont moins de chance » que lui : il nous explique pourquoi. 

ElectronLibre - Les créateurs prennent rarement position sur les thématiques industrielles ou politiques, souvent parce que leur travail créatif est très prenant. Pourquoi, et comment, avez-vous décidé de consacrer une partie de votre temps à expliquer votre travail, et vos besoins, en tant qu’auteur ?

Roger Michell - Les réalisateurs sont, par nécessité, des personnages solitaires. L’un des grands avantages de Directors UK, fondé il y a quelques années, a été de nous donner une raison de nous rencontrer plus souvent, et d’échapper à ce sentiment d’isolement. En vantant le travail des autres, et en nous soutenant les uns les autres, nous devenons un groupe plus fort. Grâce à cela, j’ai réalisé que je tenais à contribuer à l’évolution de nos droits, aussi bien d’un point de vue créatif que juridique, et ce même si ma contribution est toute petite.

EL - dans de nombreux cas, les auteurs ne reçoivent que très peu de rémunération - et parfois pas du tout - sur le travail initial passé sur des projets non réalisés. Pouvez-vous nous donner une idée de la quantité de projets sur laquelle vous devez travailler pour qu’un seul voie le jour ?

R. M. - Je dirais que la proportion de projets qui atteignent l’écran argenté, par rapport aux projets que j’ai développé au cours de mes années d’activité, est autour de un sur dix.

EL - Le public pense souvent que les réalisateurs reçoivent des « royalties » sur leurs propres films dès que celui-ci est diffusé. Quelle est la réalité ?

R.M. - L’équipe de tournage arrive toujours assez bas dans la liste de rémunération sous forme de royalties, bien après les financiers, les studios, les distributeurs, etc, qui se battent pour les revenus. Ce problème vient du fait que pour que leur film ait une chance d’être tourné, les auteurs de films signeraient N’IMPORTE QUEL contrat : la dernière chose à laquelle on pense à ce niveau du projet est ce qui se passera après le tournage. C’est pour cela qu’une protection de nos droits contractuels est nécessaire, depuis longtemps, et ce d’autant plus qu’elle serait simple à intégrer dans la règlementation.

E.L. - Vous êtes un réalisateur de niveau international, vous avez d’ailleurs également travaillé aux Etats-Unis, et cependant vous continuez de travailler essentiellement en Europe. A quel point vous semble-t-il nécessaire que l’Europe fasse en sorte de continuer d’attirer les réalisateurs et scénaristes, aussi bien d’un point de vue financier, qu’artistique ou juridique ?

R. M. - L’Europe a une culture cinématographique à la fois exceptionnelle et diversifiée. Prise dans son ensemble, elle est bien plus diverse et fascinante que celle d’Hollywood. Il est fondamental que nous protégions cette diversité, tout en cherchant des moyens, au travers notamment de la SAA, de nous unir afin de rendre notre industrie, et le rôle des réalisateurs dans celle-ci, plus durable.

EL - En tant que réalisateur, vous parlez souvent des relations entre l’Europe et les Etats-Unis, ainsi par exemple dans Notting Hill ou Hyde Park on Hudson, est-ce un sujet important pour vous ?

R. M. - Bien sur ! Nous Européens avons une relation aigre-douce - entre la haine et l’amour - avec cette culture dominante qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a été américaine…

 

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Rédigé par Isabelle Szczepanski

Plateformes, culture, droit d'auteur, taxation du numérique

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