Streaming : l’abonnement condamné à plafonner en France

La très faible croissance des revenus de l'abonnement à des services de musique en ligne au premier trimestre en France a de quoi surprendre. Tout laisse entendre, cependant, qu'ils pourraient continuer à plafonner. Début d'explication.

Interrogé il y a quelques semaines suite à des rumeurs faisant état d'une très faible croissance du streaming sur abonnement au premier trimestre 2013, Simon Baldeyrou, DG de Deezer France, nous confiait  : « En ce qui nous concerne, nous sommes sur une très forte croissance par rapport à la même période l'an dernier. Et cette croissance ne se dément pas ». Que faut-il en conclure, alors que le SNEP a depuis fait état d'une progression des revenus de l'abonnement audio de seulement 2,1 % sur un an au premier trimestre ?

La part de marché de Deezer dans ce secteur étant ce qu'elle est en France – c'est à dire largement dominante -, difficile de mettre une telle chute de la croissance de l'abonnement (cette dernière fut de près de 200 % en 2011 et de plus de 50 % en 2012) sur le dos des contre-performances qu'auraient réalisées les autres opérateurs de service agrégés. Les modalités du nouvel accord de bundle signé l'été dernier par Deezer avec Orange, en revanche, pourraient fournir un début d'explication.

Selon les informations publiées par Electron Libre à l'époque, Orange s'est en effet engagé à garantir pendant trois ans un maintien des sommes reversées au titre du bundle avec Deezer à un niveau en cohérence avec ce qu'elles avaient été jusqu'alors, à hauteur de 2 M€ HT par mois, quelque soit le nombre d'abonnements réellement activés, soit 6 M€ par trimestre, et 24 M€ par an. Avec, pour seule perspective de voir ce chiffre augmenter, que Deezer atteigne 800 000 abonnés actifs, au delà desquels chaque abonné actif serait rémunéré en sus 2,50 € HT par Orange.

Or avec un taux d'activation de l'ordre de 20 %, Deezer n'était crédité fin 2012 que de 250 000 abonnés actifs à son bundle avec Orange, ce qui renvoie les perspectives de croissance de ce qui a constitué jusque là la principale source de revenus de l'abonnement en France aux calendes grecques. Même si Deezer a doublé le nombre d'abonnés actifs à son bundle au premier trimestre, ce qui suffirait à justifier la « très forte croissance » revendiquée par Simon Baldeyrou, cela n'aura eu aucune incidence sur la croissance des revenus de l'abonnement sur la période, qui ne repose plus, désormais, que sur le recrutement d'abonnés en direct.

Conclusion : la manne du bundle Deezer/Orange, et la forte croissance de l'abonnement qu'elle a provoquée ces deux dernières années, c'est bel et bien terminé... en tout cas jusqu'à nouvel ordre.

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Rédigé par Philippe Astor

Journaliste spécialiste de l’industrie de la musique et d’Internet, collaborateur de Haut Parleur et co-fondateur d’Electron Libre.