Avec la Wii U, Nintendo veut sauver son empire

À deux mois de Noël et quelques semaines du lancement de sa dernière console de salon, Nintendo doit faire face à un environnement vidéoludique ultra concurrentiel entre les apps à bas prix et Microsoft et Sony,qui veulent régner dans les foyers des gamers.

Condamnée à réussir, la Wii U pourrait sauver (ou couler) l’empire japonais présidé depuis 2002 par Satoru Iwata et qui devrait sous peu présenter ses première pertes annuelles en trois décennies d’existence... Six ans après sa grande sœur, la Wii, écoulée à 100 millions d’exemplaires mais largement critiquée pour ses limitations (notamment graphiques, gâchant ainsi le plaisir aux serious gamers et aux éditeurs de jeux de haute qualité), la petite nouvelle devra donc faire mieux, et ce n’est pas gagné.

Vendre, à n’importe quel prix ?

D’abord, elle doit faire face à la concurrence sans merci des applications pour mobile et tablettes qui se disputent le temps de gaming disponible de ses clients potentiels. Et pour cela, ce n’est évidemment pas sur le prix que Nintendo peut jouer, bien que l’on ait appris il y a peu de temps que la Wii U serait vendue à perte - ce qui n'était pas dans les habitudes du groupe nippon. En Europe, où elle sera lancée le 30 novembre à partir de 299 euros (pack « low cost », avec seulement 8 gigas de mémoire interne) où dans des « bundle », plus onéreux, mais qui offrent un jeu (soit Nintendo Land, soit Zombi U de chez Ubisoft), avec cette fois 32 gigas de mémoire interne et différents supppléments : accès gratuit au service Online Premium pour le premier, manette supplémentaire pour le second. A 349 euros et 379 euros respectivement, ces packs rencontrent déjà un franc succès en France, puisque la Fnac et d'autres vendeurs ont annoncé que grâce au volume de pré-commandes ils étaient en bonne partie écoulés.

Le groupe japonais a beau vendre à perte si l’on croit son président, ces prix restent les plus élevés jamais pratiqués pour une console de cette marque, et font grincer quelques dents au regard des tarifs des deux autres protagonistes de cette guerre des consoles de salon : la Xbox360 de Microsoft, que l’on peut acheter à partir de 200$ et la Play Station 3 de Sony, qui offre un disque dur de 160 Go pour 250$ seulement.

Ces prix, fixés tardivement, ont déjà été revus à la baisse afin d’éviter la débâcle de la 3DS, qui avait du être soldée massivement quelques jours après sa mise en vente. Nintendo court donc le risque de ne pas couvrir ses frais de production, mais ne parvient pas à s’aligner sur ses concurrents, et évidemment pas sur les applications vendues quelques poignées de centimes sur les smartphones et tablettes.

Qualité et multi-écran

Pour faire la différence, la Wii U devra donc prouver sa qualité, tant au niveau de la façon de jouer, complètement chamboulée par la présence du GamePad - sorte de tablette tactile intégrée à la manette -, qu’au niveau du catalogue. Le pire, si l'on peut dire, qui puisse lui arriver, serait de tomber dans les écueils de la précédente Wii qui, en raison de sa piètre qualité graphique a atteint essentiellement les « casual gamers », réunis autour de jeux familiaux et assez basiques, laissant sur le bas-côté les joueurs les plus férus et les jeux les plus beaux. Côté jeux justement, Nintendo n’a rien laissé au hasard, puisqu’en plus de sortir « New Super Mario Bros U » en même temps que la console, tout comme "Nintendo Land", inclus dans certains packs de prévente, alors qu’Ubisoft propose aussi "ZombiU" dans un autre de ces bundles, et que d’autres ont déjà annoncé qu’ils sortiraient en exclusivité sur ce support (comme "Bayonetta 2", suite très attendue du jeu sorti en 2010). A la fin mars 2013, plus de 50 jeux devraient être disponibles pour la Wii U, et le hardware beaucoup plus performant devrait offrir une qualité graphique irréprochable, en haute définition.

Autre bon point pour Nintendo : la firme a compris que la mode était au second écran, au tout connecté, au multi fonction…Et en a pris bonne note, puisque la Wii U pourra faire office de véritable media center grâce aux accords conclus avec Netflix, Hulu, Amazon et plusieurs fournisseurs d’accès à Internet. Il sera donc possible de regarder une vidéo à la demande ou de la télévision en live sur son écran principal, tous en accédant, par exemple, aux réseaux sociaux sur son GamePad tactile. Un usage qui ressemble à s’y méprendre à celui d’une ardoise électronique. Petit bémol (si vraiment c’en est un ?) : la Wii U supportera le HTML5 mais pas Flash, encore une preuve du déclin de la technologie d’Adobe…

Le dernier problème que rencontre Nintendo pour lancer cette fameuse Wii U et l’écouler comme des petits pains, c’est l’incompréhension des éventuels acheteurs. Comme avec toute nouvelle technologie, la curiosité le dispute au scepticisme, et il faut convaincre le client, surtout s’il a été échaudé par la précédente mouture de ladite console. Qu’à cela ne tienne, la société a annoncé qu’elle allait mettre en place 5000 bornes interactives aux Etats-Unis dans des lieux de grande consommation : WalMart, BestBuy, Target, mais aussi Toys’R’Us et GameStop. La plupart de ces bornes permettront aux joueurs d’essayer deux jeux maisons, et quelques jeux provenant d’éditeurs tiers, comme "ZombiU", "Sing Party" ou "Rayman Legends". En France, c’est à la faveur du monumental Paris Game Week que les gamers pourront tester ZombiU ou "New Super Mario Bros U".

Alors que les fêtes de Noël approchent à grands pas, et avec elles la saison la plus lucrative de l'industrie vidéoludique, la Wii U devra convaincre pour aider Nintendo à consolider sa place dans les salons, sans quoi, cantonnée aux consoles portatives, la compagnie risque fort de se voir supplantée par les autres appareils portables et leurs jeux à moins de 10 euros.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.