Au Fait, un nouveau magazine à la façon du New Yorker

La semaine prochaine, les kiosques à journaux et les tablettes tactiles fêteront l'arrivée du nouveau titre "Au Fait", un mensuel qui s'intéresse à la marche du monde, au delà de la politique et de ce qui fait l'actualité de flux.

"C'est par la logique que l'on démontre, c'est par l'intuition que l'on invente", nous dit Xavier Delacroix, fondateur du nouveau mensuel Au Fait, dont le premier numéro sortira le 25 avril prochain. Et c'est bien l'intuition très forte qu'il y a en France à la fois la place et le besoin pour un nouveau média au contenu de qualité, qui pousse l'équipe d'Au Fait à démontrer par la logique que leur réussite est non seulement possible, mais souhaitable.

Prendre le temps

Xavier Delacroix a à la fois de la bouteille et de la fraîcheur. Ancien journaliste à la BBC et au quotidien Le Sport dans les années 80, il a passé de nombreuses années à faire de la communication de crise pour des clients institutionnels et privés prestigieux. On peut dire qu'il en a vu des vertes, des pas mures, et qu'il a fait le tour de son sujet. Il est d'ailleurs satisfait de son parcours et en parle avec une étincelle dans le regard, mais, mais... ça ne lui suffisait pas. Depuis longtemps, une petite voix le rappelait vers ses premières amours, celles des médias d'information réfléchie, où l'on prend le temps de bien faire pour "photographier le monde" le plus justement possible.

Alors il a tout mis en place, prenant le temps, soit près de neuf mois, pour faire les choses bien. Levée de fonds - un peu moins de 400 000 euros mais l'homme reste discret sur le nom des investisseurs -, création d'une SAS, mise en place d'une équipe plus que crédible, maquette, application pour tablette tactile, communication : c'est du travail de pros où rien n'est laissé au hasard. Ce qui augure bien du devenir du nouveau titre...

"Ce n'est pas le politique qui mène la danse"

La ligne éditoriale est la suivante : il s'agit de fournir aux lecteurs des articles longs, des entretiens fouillés, qui "disent notre société", comme les écorchés des salles de science disent le fonctionnement du corps. Pas question donc de s'arrêter aux remous de l'actualité. Xavier Delacroix insiste même qu'il ne pense pas couvrir beaucoup de sujets politiques, car le politique ne "mène pas la danse", ou alors seulement en apparence.

C'est le comité éditorial, composé, en plus de Xavier Delacroix, notamment de Bernard Poulet (L'Expansion) et de Patrick Blain (ancien du Parisien), qui décidera des thèmes à aborder et des personnes desquelles s'approcher pour obtenir un entretien. L'équipe promet déjà qu'ils ne couvriront pas le "tout venant", ni les choix évidents a priori. Il s'agira d'expliquer notamment le fonctionnement de grandes institutions ou d'entreprises historiques qui "mènent vraiment le bal", telles que les instituons financières ou les entreprises puissantes au niveau national comme international, dont EDF ou Veolia, par exemple. Le tout sera fait "sans essayer de regarder par le trou de la serrure" ni sans être nécessairement accusateur. Ils pourront également s'intéresser à des secteurs entiers au sujet desquels l'on a en général que des a priori bien vagues, tels que l'industrie de la défense, ou les contre pouvoirs autoproclamés que sont les organisations caritatives et autres instituions non gouvernementales.

Pour garder leur indépendance, et ne servir que leurs lecteurs, les collaborateurs de Au Fait ont décidé qu'il n'y aurait aucune publicité dans le magazine. Ce choix fait réfléchir, à l'heure où l'on regarde comme des extraterrestres les médias qui n'entrent pas dans le modèle publicitaire habituel... Et est sans doute compliqué au niveau financier, même si Xavier Delacroix affirme que Au Fait serait à l'équilibre avec 15000 exemplaires vendus.

Réminiscences du New Yorker

Pour "faire le canard qu'il ne trouvait pas dans les kiosques", Xavier Delacroix s'est rapproché d'un modèle qui rappelle beaucoup le New Yorker. D'abord, tous les journalistes qui contribueront au magazine ont un travail ailleurs et seront des contributeurs-pigistes occasionnels de Au Fait. Là aussi Delacroix assure que la qualité sera exceptionnelle : il s'agit ni plus ni moins que de s'assurer des contributions des meilleurs dans leur domaine.

Ensuite, pour illustrer les articles, Au Fait ne proposera pas de photographie, mais des vignettes réalisées chaque mois par un jeune artiste différent, ce qui n'est pas sans rappeler le véritable culte né des illustrations du New Yorker. Mais sans publicité, et assumant dès le départ son côté numérique avec une application pour tablettes qui ne sera pas une simple reprise du magazine, Au Fait est aussi un exercice complètement original, dont on observera la destinée avec attention.

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Rédigé par Isabelle Szczepanski

Angel investor. Journaliste. Belge parisienne.

3 commentaires sur cet article

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  3. Marc Levasseur dit :

    Merci pour ce magazine, qui, mieux qu’un Sudoku, réveille nos petites cellules; le monde actuel nous formate, « au fait » nous ouvre l’esprit…même si je dois avouer avoir besoin de lire et relire les articles à la fois pour bien les comprendre et pour que ma mémoire « imprime ». J’ai l’impression, à bientôt 54 ans, de redevenir l’étudiant illusionné ou militant, selon les sujets, que j’étais. Merci encore. Marc