L’Acte II côté musique

Comment envisager l’avenir de l’industrie musicale à l’aune des évolutions juridiques et structurelles en cours ? Six acteurs majeurs du secteur tentaient de répondre vendredi 26 lors d’un débat au MaMA.

Sacem, SNEP, Adami, PRODISS, SPPF et Tous Pour La Musique, tous les grands avaient répondu présent à l’invitation du MaMA pour débattre du fameux Acte II de l’exception culturelle, et notamment au regard des missions Lescure, et Colin et Collin actuellement en cours.

Filippetti peut mieux faire

C’est Bruno Lion de TPLM qui lance les hostilités, en soulignant les problématiques principales à ses yeux: l’ »utopie dangereuse pour la diversité » que constitueraient selon lui les échanges non marchands, le besoin urgent de 90 millions d’euros pour sauver la filière, et des médias trop peu régulés, qui ne permettent plus le renouvellement.

Jean Noël Tronc, de la Sacem, revient pour sa part sur les annonces d’Aurélie Filippetti de la veille, notant avec satisfaction que le gouvernement a décidé d’être partie prenante des discussions. Pour lui, avec la mission musique et la présence de Jean Baptiste Gourdin, impliqué à l’époque dans le rapport Selles que tous brandissent comme une référence absolue, le secteur de la musique a désormais un interlocuteur de qualité.

Jérôme Roger du SPPF se réjouit pour sa part que l’amendement sur le crédit d’impôt phonographique ait été adopté, et rappelle que ce sont les labels indépendants (PME et TPE) qui en bénéficient à 80%.

Mais Jules Frutos, le représentant du PRODISS, ne peut que se lamenter: le spectacle vivant ne bénéficie pas de ce fameux crédit d’impôt, et voilà même que son unique avantage, le taux de TVA à 2,1%, est lui aussi menacé, or précise-t-il, la différence entre ce taux et la fourchette supérieure représente précisément les marges et donc les seuls revenus du spectacle vivant. Et s’il applaudit lui aussi la création d’une mission transversale rassemblant DGCA et DGMIC, il s’interroge sur la façon dont seraient répartis d’éventuels nouveaux financements en l’absence d’un établissement public dédié.

Créateurs de valeur

Arrive enfin la question ô combien contentieuse du partage des valeurs. Ici, Jean Noël Tronc martèle : « la seule vraie question, c’est la distinction entre les industries du passé, les producteurs de mobiles, supports vierges et informatique, qui ne sont que des importateurs, et les industries de la culture, qui créent de la valeur, des emplois  non délocalisables et en cela constituent le futur. » Jérôme Roger le rejoint pleinement, soulignant le « déséquilibre historique qui a consisté à favoriser les ‘tuyaux’ par rapport aux contenus ». Selon lui, il faut acter que le financement de la création doit se faire (au moins en partie) par ceux qui ont bénéficié du transfert de valeur, à savoir les FAI et les moteurs de recherche.

Bruno Boutleux, de l’Adami abonde dans leur sens: « il y a en France une tradition de cercle vertueux, ou le succès finance la création et la diversité, pourquoi ce système ne pourrait plus s’appliquer à cause d’Internet? Il faut cesser de dire qu’on est des nantis geignards, les nantis geignards, c’est Apple qui doit 12 millions de copie privée et rechigne à payer en dépit de ses bénéfices astronomiques! » Pour ce qui est des pistes de financement, David El Sayegh, du SNEP, estime qu’il n’y a aucune raison que la taxe TSTD, « si on la décorrèle de la télévision » ne bénéficie pas également au secteur de la musique, une opinion qu’il appuie sur un avis de la Cour des comptes.

L’Hadopi, un « marqueur fort »

Quand arrive le mot tabou d’Hadopi, le consensus est loin d’être parfait entre les acteurs présents. Le directeur du PRODISS rappelle pour sa part ne détenir aucun droit et n’être donc, à son grand dam, pas concerné. Pour Bruno Boutleux, le verdict est nuancé: il s’oppose à la coupure d’Internet, une sanction qu’il trouve « socialement inacceptable » et doute « est-ce la Hadopi ou le développement de l’offre légale qui a permis de faire baisser le piratage? On n’en sait rien! » Au SNEP, on rappelle que la piraterie est protéiforme, et qu’il faut également combattre le référencement des sites de piratage commercial, un combat où cette société a gagné pour la première fois face à Google en juillet dernier. La Sacem et le SPPF obtiennent finalement l’assentiment général en posant la riposte graduée comme un marqueur fort, même s’il peut sembler essentiellement symbolique.

Et ce débat au long cours se termine sur une autre revendication, qui fait cette fois l’unanimité : un durcissement des quotas dans les radios, actuellement surveillées de loin par le CSA et peu enclines à promouvoir la diversité et la nouveauté, au risque de perdre de précieux points d’audience.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.

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