Alors que le Festival de Cannes 2026 ouvre ses portes, Iris Knobloch, sa présidente, a livré aux Echos son diagnostic sur la fréquentation des salles. Elle qualifie la crise actuelle de « davantage conjoncturelle que structurelle », une lecture qui, sous couvert d’optimisme, mérite un examen au regard des faits et des solutions qu’elle propose. Les chiffres du Centre national du cinéma (CNC) sont pourtant éloquents : 160 millions d’entrées en 2025, loin des 210 millions de 2019. Une baisse de près de 24% sur six ans, que le secteur qualifie d’enjeu « crucial ». Iris Knobloch attribue cette érosion à des facteurs qu’elle juge temporaires, notamment un retard post-Covid dans la reprise des habitudes, une offre de blockbusters familiaux jugée insuffisante en 2025, et une concurrence accrue des plateformes SVOD et des formats courts disponibles sur les smartphones. Si les deux premiers points peuvent relever d’ajustements cycliques, la montée en puissance des plateformes et des contenus ultra-courts relève d’une transformation profonde des usages, difficilement qualifiable de simple « conjoncture ». Elle rejette l’idée d’un déclin irréversible, défendant « le lieu magique de l’expérience collective » et citant le succès de Cannes comme preuve de vitalité. Pourtant, l’engouement ponctuel pour un festival prestigieux reflète-t-il la réalité quotidienne des salles de quartier ? Les solutions qu’elle avance trahissent d’ailleurs une conscience des mutations à l’œuvre. Renforcer l’attractivité par des événements immersifs (3D, IMAX), réclamer un soutien public via une réforme du CNC pour cibler les films de répertoire, ou envisager des « sorties hybrides » (salle puis streaming après 30 jours) avec les plateformes, pour rompre avec une chronologie des médias définitivement trop rigide. Autant de pistes qui, loin d’attendre un simple retour à la normale, dessinent une adaptation structurelle du modèle. L’optimisme affiché pour « l’année de la reprise » en 2026, porté par un catalogue riche de films, avec la sélection cannoise, sonne alors comme une profession de foi nécessaire, plus que comme une analyse exempte de contradictions.