C’est un virage qui compte dans la « souveraineté numérique », le Parlement européen vient d’acter le remplacement de Google par Qwant sur l’ensemble de ses postes de travail. Cette décision, présentée comme un pas vers la réduction de la dépendance aux géants américains et une meilleure protection des données personnelles des 720 députés et de leurs collaborateurs, voit le moteur de recherche français préinstallé sur Firefox et Edge. La liberté de choix reste formellement offerte aux utilisateurs, mais le geste institutionnel marque une orientation claire. Si l’initiative se veut un signal fort des ambitions européennes en matière d’alternatives numériques, sa portée réelle mérite d’être nuancée. Qwant, bien que plébiscité par diverses institutions publiques françaises depuis sa fondation en 2013, traîne un passif de dépendance aux résultats de recherche de Bing, le moteur de Microsoft auquel il emprunté son index, et une remontrance de la CNIL en 2025. Ces éléments rappellent que le simple remplacement d’un acteur par un autre, même « local », ne garantit pas ipso facto une rupture avec les logiques de marché ou une indépendance technologique totale. Qwant reste néanmoins un échec industriel. Il n’a jamais convaincu le grand public et échoué à obtenir une part de marché significative, y compris en France.