La biographie de Mark Zuckerberg, ça aurait pu être vous !

Citizen Zuckerberg ! Cela aurait pu être le titre de préface de cette biographie du fondateur de Facebook écrite dns un style proche du reportage par le journaliste Daniel Ichbiah. Une personnalité du nouveau panthéon post moderne qui avait déjà passionné Hollywood. Cest un tout autre « Zuck » que l’on découvre au fil des pages de cette biographie. Un homme qui a accepté la critique, et qui vit en quelques années ce que Gates ou Jobs ont mis une décennie à digérer.

Interview : Est-ce qu’un patron d’une grande entreprise est un nouveau romanesque, Zuckerberg c’est qui ? D’artagnan, Edison ou Patton ?

Daniel Ichbiah : Zuckerberg ne correspond à aucun des trois. Le grand souci avec Zuckerberg, c’est qu’il est totalement unique. Je n’ai jamais vu cela ! Je suis journaliste dans le high tech depuis plus de 30 ans et je n’ai jamais vu un olibrius pareil.

Bien sûr, il a quelques points communs avec Steve Jobs ou Bill Gates. Par exemple, il a ce trait qu’a Gates : s’il a une idée brillante en apparence et que, une fois concrétisée, il voit qu’elle n’est pas bonne, il la jette sans regret. Il ne cherche pas à avoir raison pour avoir raison.

Et il a cette caractéristique qu’avait Steve Jobs comme quoi, il ne faut pas trop faire attention à ce que pensent les utilisateurs. Jobs avait coutume de dire que, s’il avait fait un sondage pour savoir ce que les gens voudraient, il n’aurait jamais créé le Mac ou l’iPhone.  Zuckerberg a souvent cette attitude : les nouveautés de Facebook, c’est lui qui en a l’inspiration. Au départ, comme pour le Fil d’Actualités, les utilisateurs ont ommencé par protester, et il a tenu bon. Assez vite, ils l’ont adopté et en réalité, c’est la fonction qui a tout changé et rendu Facebook incontournable pour ses utilisateurs. Aujourd’hui, on n’imagine pas un réseau social sans Fil d’Actualité – Instagram, Twitter, Linkedin et autres s’appuient sur le même principe.

Pour le reste, Zuckerberg est un OVNI. Il y a un paparazzi célèbre pour avoir espionné Britney Spears qui l’a suivi pendant des semaines. Il faut l’imaginer, planqué avec son objectif, à surveiller jour et nuit Zuckerberg. Des heures et heures à attendre le scoop, la fille avec qui il coucherait en douce, un comportement de sale gosse devenu riche un peu trop vite… A l’arrivée, notre voleur d’intimité ne récolte rien. Le mode de vie de Zuckerberg est sans panache, sans excès, sans aucune ostentation. Sa vie quotidienne, c’est une horreur pour les paparazzis. Ils n’ont rien à se mettre sous la dent.

Zuckerberg c’est cela : un curieux mélange de Q.I. démesuré (il a eu 2 590 sur 2 600 – la même note que Bill Gates - au test SAT d’entrée à l’université). Et dans le même temps, un quotidien désarmant de banalité.

Vous avez interrogé ses proches, quel homme est il en dehors du rôle de patron? A-t-il cette peur de la mort de ceux qui possèdent tout ?

Les gens qui travaillent pour Zuckerberg l’apprécient. Ce qu’ils aiment chez lui, c’est qu’il est cool, sans chichi sans cinéma. Avec un fort désir de s’améliorer. Il a commencé par être un très mauvais patron alors qu’il avait 22 ans. Cassant, dévalorisant, brutal dans ses jugements.

Un type, Noah, un employé, raconte qu’il avait mis un mois, avec un autre technicien,à définir une nouvelle fonction. Quand il l’a présenté à Zuckerberg, c’est tout juste s’il ne l’a pas insulté. Il a dit : ‘c’est de la daube !’. Il a même jeté un verre d’eau sur le clavier d’un programmeur, au risque de le laisser lui et ses collègues, en état de choc.

Or, il a suffi que la responsable du personnel, une baba-cool Robin Reed, fasse remarquer à Zuckerberg qu’il se comportait mal avec ses employés pour qu’il accepte d’embaucher une coach et qu’il change radicalement son comportement. Donc, ses employés l’apprécient mais aussi pour une autre raison : parce qu’il est ouvert à reconnaître ses erreurs.

En réalité, l’absence totale d’arrogance qu’il a parfois est presque gênante. S’il sent qu’il a mal agi, avec Facebook notamment, il est un comme un gosse que l’on aurait pris sur le fait. Or, avec la réussite qu’il a sur son sillage, on pourrait aisément comprendre qu’il puisse parfois avoir une attitude hautaine. Ainsi, Gates, durant les années 90, prenait volontiers de haut ceux qui reprochaient à Microsoft son hégémonie. Zuckerberg, pour sa part, va dire et redire ‘je suis désolé’…

Pour le reste dans la vie quotidienne, comme je le disais plus tôt, il a un comportement banal au possible. Il n’aime pas ce qui est mondain, il préfère aller jouer au baby foot avec ses potes, passer un bon moment à la maison avec ses amis.

Bon, il est vrai aussi qu’il se lance constamment des défis personnels et semble assoiffé de s’auto-améliorer. Il a tout de même pris des cours de chinois pendant 2 ans pour pouvoir s’exprimer comme il se doit avec ses beaux-parents !

Vous évoquez un possible destin présidentiel. Donal Trump aussi est un patron. Jimmy Carter était un patron de PME. Est-ce à dire que l’Amérique est bien The firm, comme se-plait à le raconter Hollywood ?

A tort ou à raison, Zuckerberg est persuadé qu’il amène du bien au monde, que Facebook rapproche les gens, peut aider à résoudre en commun certaines situations, comme le don d’organes, par exemple. Et l’on sent qu’il veut laisser une trace dans l’Histoire, marquer son époque. Il a adoré la réplique du film Troie, où un messager dit à Achilles que lui-même aurait peur d’affronter le géant de Thessalonie - qu’Achille se prépare à combattre et où Achilles a alors répliqué « C’est pour cela que personne ne se rappellera de ton nom ! » Il est dans cet état d’esprit. Certaines recrues potentielles ont raconté que lors de l’entrevue d’embauche, il les aurait incités à rejoindre Facebook pour cette raison : « Parce que les gens se souviendront de votre nom » !

Alors, la présidence des USA, pourquoi pas ? Ce qui laisse à penser qu’il pourrait y songer, c’est que, en 2016, il a fait modifier la structure de Facebook afin d’inclure une clause évoquant la possibilité qu’il puisse prendre un congé d’absence pour servir le gouvernement. Bon, il y a aussi eu sa visite de chaque état américain qui en a surpris plus d’un – et même parfois amené certains sourires comme quand on le voit traire une vache ! Plusieurs de ceux qui l’ont connu estiment qu’il pourrait vouloir y aller et qu’il serait même en mesure de gagner.

Est-ce typique de l’Amérique ? Probablement. Il y a cette idée, dans une partie de la population de ce pays, qu’un homme d’affaires qui a réussi dans son business serait en mesure de faire un bon président.

Si Zuckerberg se présente à la présidence, ce serait comme Démocrate, et il pourrait être fort efficace sur bien des plans. En revanche, comment se comporterait-il s’il devait affronter une crise comme celle qu’a connu John F. Kennedy lors de la Baie des Cochons ? Aurait-il le cran suffisant pour tenir tête à certains grands dirigeants de ce monde ?

A votre avis qu’est ce qui différencie le code de Facebook d’un autre site qui a eu moins de succès ?

Les gens ne vont pas sur Facebook parce que c’est un beau site, parce qu’ils aiment ce site. Ils y vont parce que, Facebook leur donne cette fameuse minute de gloire jadis évoquée par Andy Warhol.

Pendant une journée, quelqu’un a l’impression de devenir important aux yeux de ses proches, parce qu’il a posté la photo de son chat en équilibre sur la porte du réfrigérateur, ou un poème rédigé quand il avait 9 ans. Et oui… Facebook permet au quidam moyen d’exister aux yeux des autres. C’est même plus fort que Youtube car si l’on poste une vidéo sur ce service, on n’a aucune garantie qu’elle sera vue. Sur Facebook, celui qui poste un dessin réalisé par son gamin sait qu’il aura quelques dizaines de ‘likes’ de ses amis et dans cette mesure, il a là son heure de gloire.

D’ailleurs, les grands médias se sont fait un peu complices de la chose – avec une certaine forme de masochisme – car ils se plaisent à relayer certains ‘posts’, certains ‘tweets’, leur donnant ainsi une importance démesurée. Ils donnent ainsi au simple inconnu qui a lancé une polémique une visibilité énorme.

Donc, la réussite de Facebook est liée à cela : ceux qui y sont ont l’impression d’exister. Chez certains, cela confine à l’addiction. Je connais des gens qui postent plus d’une dizaine de fois par jour : des images, des vidéos, des citations ‘philosophiques’… Ils ont une dizaine de likes par ci, une douzaine de likes par là. Pourtant, en postant ainsi à tout va, ils ne réalisent pas qu’ils transmettent une image péjorative d’eux-mêmes : quand je vois quelqu’un qui n’arrête pas de poster, alors qu’il est par exemple artiste, j’ai l’impression qu’il ne produit rien de sérieux durant sa journée. Sinon, comment trouverait-il le temps d’aller chercher toutes ces images, d’aller partager tous ces clips qu’il juge drôles ou édifiants, pour les partager ?

Mark Zuckerberg est-il un « type bien » ?

Je n’aime pas, par principe, ce type de question. Cet été, j’étais aux USA, et j’ai eu à subir un phénomène ahurissant : certains des gens à qui je parlais étaient 100% anti-Trump, d’autres étaient 100% en sa faveur. J’ai essayé d’en raisonner quelques uns avec notre bonne vieille attitude européenne comme quoi ‘personne n’est tout noir ou tout blanc’. Rien à faire. Une fille qui était anti-Trump l’a comparé à Hitler. Ben voyons ! Un autre qui l’adulait m’a dit : ‘Ce type va sauver le monde !’ Rien de moins. Donc pour prendre cet exemple, pour certains Américains, Trump est un type bien, pour d’autres, c’est un personnage horrible.

Pour ce qui est de Zuckerberg, je dirais que le bon l’emporte sur le mauvais. Par exemple, il est le donateur le plus généreux de la planète à ce jour : il entend donner 99% de sa fortune. Dans le même temps, il a ouvert les informations de Facebook au renseignement américain – comme l’ont fait Yahoo! ou Google, certes.

Et puis, comme l’a montré un autrichien du nom de Max Schrems qui a poursuivi en vain Facebook en justice : Facebook a connaissance de pages Web que nous visitons en dehors de Facebook, d’informations obtenues depuis nos téléphones mobiles ou en provenance d’autres sites – par exemple, ils avaient eu accès à la liste des contacts de Schrems sur sa messagerie Yahoo Mail !

Donc, le tableau n’est ni noir et blanc. Plutôt gris. Disons gris clair.

Que sera Facebook dans 15 ans ?

Facebook est là pour durer car plus de 2 milliards d’individus y sont inscrits et la plupart sont indifférents aux incidents de parcours tels que Cambridge Analytica.

Dans un même ordre d’idées, les enquêtes menées chez Amazon – comme ce journaliste qui s’était fait embauché et a narré des conditions de travail ultra-rudes juste avant la période de Noël – n’ont aucunement empêché cette société de connaître une expansion énorme.

Actuellement, Facebook est en perte de vitesse chez les jeunes et cela peut se comprendre. Dans la mesure où leurs parents utilisent Facebook, ce n’est plus du tout branché d’y être. Mais je crois Zuckerberg capable d’un retournement de situation.

Prenons le cas d’Apple. En 2005, il n’y avait pas plus branché, y compris chez les jeunes, que de porter un iPod à sa ceinture. Puis, deux ou trois ans plus tard, d’exhiber un iPhone. Or, Apple, en 2005 avait déjà près de 30 ans d’existence !

Il me semble que Zuckerberg est assez smart pour pouvoir inventer une fonction qui pourrait rendre à nouveau Facebook indispensable aux yeux de la population jeune. Cela pourra prendre 2 ou 3 ans s’il le faut. En attendant, il a déjà 2,3 milliards d’utilisateurs et la plupart de ces gens là vont rester chez Facebook parce que leur cousine y est, parce que leursamis y sont, parce que les gens sur qui il veut faire une impression y sont. En réalité, chaque année, Facebook gagne de plus en plus d’utilisateurs au niveau mondial. Donc, à mon sens, dans 15 ans, il fera donc encore partie des sites les plus visités au monde.

Retrouvez la biographie à cette page https://ichbiah.com/mark-zuckerberg.htm

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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