Spotify : des comptes consolidés plutôt de bon augure

Nombreux sont les éditorialistes qui, à la lumière des résultats publiés par la holding luxembourgeoise de Spotify, émettent des réserves sur la viabilité de son modèle économique. Malgré un chiffre d'affaires en hausse de 128 % sur un an, la start-up a en effet encore alourdi ses pertes. Une lecture plus approfondie de ses comptes consolidés montre cependant qu'elle est parvenue à enclencher de nombreux cercles vertueux qui sont plutôt de bon augure.

Malgré un chiffre d'affaire en progression de plus de 128 % en 2012, à 434,69 M€, selon les résultats publiés au Luxembourg par sa holding Spotify Technologies SA, la plateforme de streaming Spotify a enregistré une nouvelle perte de 58,66 M€ sur l'ensemble de l'exercice. En 2011, ses pertes s'étaient élevées à 45,42 M€, pour un chiffre d'affaires de 190,35 M€ plus de deux fois inférieur. De quoi semer le doute quand à la viabilité de son modèle économique, qu'un examen plus en profondeur de ses comptes consolidés, que nous nous sommes procurés, permet cependant de lever en grande partie.

Une marge brute en hausse de 1500 %

En l'espace de trois ans, la compagnie a en effet sensiblement réduit son coût des ventes – constitué pour l'essentiel des royalties reversées aux ayant droit, auxquelles s'ajoutent les coûts de distribution de son service et les coûts de transaction liés notamment à ses négociations avec les ayant droit. Ce dernier s'est élevé à 83,4 % de ses revenus l'an dernier (362,7 M€), contre 97,7 % en 2011, 103,9 % en 2010, et 164,7 % en 2009. De quoi permettre à Spotify de dégager une marge brute de 71,9 M€ l'an dernier, contre à peine 4,3 M€ en 2011.

La compagnie enregistre certes un perte opérationnelle de 52,8 M€ sur l'ensemble de l'exercice, mais cette dernière n'a progressé que de 22,5 % sur un an, contre 151,1 % en 2011 et 127 % en 2010, ce malgré les lourds investissements consentis pour son développement à l'international - qui ont contribué à faire exploser ses dépenses externes, passées de 22,5 M€ en 2011 à 51 M€ l'an dernier - et malgré des coûts de personnel mécaniquement en forte hausse – de 24,4 M€ en 2011, avec 311 employés, ils ont grimpé à 64,9 M€ en 2012, avec 660 employés.

Un taux de conversion multiplié par deux en deux ans

L'an dernier, Spotify a presque doublé le nombre de ses utilisateurs actifs et celui de ses abonnés, qui étaient respectivement de 20 millions et de 5 millions au 31 décembre 2012, soit un taux de conversion en utilisateurs payants de 25 %, plus de deux fois supérieur à celui que la compagnie enregistrait sur le seul territoire européen à fin 2010, avec 7 millions d'utilisateurs actifs et 850 000 abonnés. Aussi dépend t-elle de moins en moins de ses revenus publicitaires, même s'ils sont toujours à la hausse en 2012 : ils ont quasiment doublé sur la période (+98 %), à 59,6 M€, contre 30,1 M€ en 2011. En progression de 135 % sur un an, les revenus que Spotify tire de l'abonnement représentent désormais 85 % de son chiffre d'affaires annuel, à hauteur de 368,7 M€, contre 82 % en 2011, 71 % en 2010 et 58 % en 2009.

Une lecture plus approfondie de ses comptes annuels montre que nombreux sont, en définitive, les cercles vertueux que la start-up est parvenue à enclencher. Présent dans 17 pays à la fin de l'année dernière, Spotify, qui disposait toujours de 167 M€ en cash et en équivalents à fin 2012,  poursuit son développement à l'international en 2013, en Amérique latine et en Asie, notamment ; et ne s'interdit pas de chercher à lever de nouveau des fonds pour financer cette expansion. Parvenir à l'équilibre ne fait certainement pas partie de ses priorités dans l'immédiat, pas plus que reverser des dividendes à ses actionnaires. Mais rien ne vient vraiment conforter dans leur analyse ceux qui, à la lumière de ses résultats, remettent en cause la viabilité de son modèle économique.

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Rédigé par Philippe Astor

Journaliste spécialiste de l’industrie de la musique et d’Internet, collaborateur de Haut Parleur et co-fondateur d’Electron Libre.