Le chiffre de plus de 20 milliards d’euros, souvent brandi pour le rachat potentiel de SFR, masque une réalité industrielle bien plus complexe que la simple transaction financière. En 2021, SFR a démantelé une partie de son patrimoine en cédant quelque 10 000 sites télécoms à Cellnex et Phoenix Tower International, se transformant en locataire de ses propres infrastructures via des contrats courant jusqu’en 2048. Cette manœuvre hypothèque directement la transition pour tout acquéreur potentiel tels que Free, Orange ou Bouygues Telecom. Ceux-ci devront non seulement composer avec un réseau dont ils ne sont plus propriétaires, mais aussi obtenir l’accord des towercos pour assurer la continuité du service sans risquer la saturation. Une dépendance contractuelle lourde qui fragilise toute stratégie d’intégration. Ce modèle génère également ses propres paradoxes pour les propriétaires de pylônes. Plusieurs centaines de ces infrastructures pourraient devenir redondantes post-acquisition, menaçant directement leurs revenus locatifs anticipés. Au-delà de ces enjeux opérationnels, la consolidation du marché, ramenant le nombre d’opérateurs de quatre à trois, expose les régulateurs à un dilemme. L’expansion de la 5G et les impératifs de couverture nationale exigent des engagements clairs, mais la structure fragmentée de la propriété des infrastructures rend leur application et leur suivi d’autant plus délicats.