L’Île-de-France à l’offensive contre la délocalisation des musiques de films

three dimensional negative roll with musical notesAlors que le projet de loi « Liberté de création » doit être présenté prochainement en Conseil des Ministres, l’UCMF souhaite attirer l’attention des pouvoirs publics et de tout le secteur audiovisuel quant au déclin de la musique pour l’image en France. Si professionnels et organismes s’accordent sur le constat de la délocalisation des enregistrements et ses conséquences, les solutions pour y remédier font débat et le Ministère de la Culture devra jouer le rôle de médiateur. L’Union des Compositeurs de Musiques de Films souhaite inciter la collaboration entre artistes, sociétés civiles de gestion, et producteurs acteurs dans l’optique de déboucher sur des propositions collectives.

La délocalisation de la production des musiques de films n’est pas sans conséquences sur la santé financière de toute la filière et il y a urgence. C’est à l’occasion du salon des lieux de tournage en février dernier que l’Union des Compositeurs de Musiques de Films a révélé son Manifeste « Pour une relocalisation des enregistrements de musique pour l’image », cosigné par le Syndicat National des Auteurs Compositeurs, l’Orchestre National et la Commission du Film d’Île-de-France. Dans son viseur les parts de marché perdues par les musiciens et techniciens français au profit de ceux des pays de l’est, mais également le laxisme de l’ensemble de la filière face à cet état de fait et aux alertes de ces dernières années.

L’Europe de l’Est jusqu’à 7 fois plus compétitive

Produire du 100% Made in France requiert des dépenses trop lourdes. « Nous avons les meilleurs orchestres et musiciens ; ils bénéficient d’une formation de qualité grâce aux conservatoires, de bonnes conditions professionnelles et de collaborateurs qualifiés, pourtant nos compositeurs sont contraints d’enregistrer à l’étranger à cause des coûts de production et des charges » reconnaît Patrick Sigwalt, Secrétaire Général de l’UCMF. La compétitivité est clairement l’obstacle de la filière musicale pour l’image française : les coûts des musiciens en Europe de l’Est comme en Bulgarie sont 5, 6 voire 7 fois inférieurs. Des pertes pour le marché hexagonal difficiles à quantifier s’évaluant à la fois en termes de chiffre d’affaire, d’emplois et de droits voisins. D’après l’UCMF cette décroissance de la production de musique pour l’image pourrait approcher à son échelle celle du disque et ses 65% en perte de valeur. Pour autant ce manque à gagner dont s’insurge la profession s’explique par les mêmes coûts et charges (droits voisins) que cherchent à éviter les producteurs et que l’UCMF souhaite voir être réformés… Actuellement la dépense par séance d’enregistrement et par musicien d’une musique de film est de 40 € à Sofia contre 263 € à Paris. Un écart de prix important qui justifie la délocalisation, et le Secrétaire général adjoint et rédacteur du manifeste Pierre-André Athané va même plus loin en déclarant que « les coûts d’enregistrement mais également les droits voisins, malgré leurs avantages pour les artistes-interprètes, sont un problème ».

L’Île-de-France prête à un nouvel écosystème

Face à cet écart de compétitivité, la révision du modèle économique de la musique pour l’image se révèle indispensable. L’Union des Compositeurs de Musiques de Films souhaite accorder l’ensemble des acteurs autour d’une proposition de forfaits en guise de prix a minima avec les budgets des productions, sans pour autant s’aligner sur ceux de l’Europe de l’est. Les barèmes varieraient aussi en fonction du nombre de musiciens et de la durée d’enregistrement tandis que certaines sessions seraient enchaînées pour être mutualisées. La région Île-de-France – qui avec 20 millions € augmente de 12% son soutien à la production cinématographique et audiovisuelle en 2015 – est d’ores-et-déjà prête à expérimenter ce nouvel écosystème. L’Orchestre National d’Île-de-France, dont les musiciens se disent favorables d’après sa Directrice Fabienne Voisin, est d’ailleurs le premier intéressé tandis que les directions des conservatoires nationaux restent très attentives aux avancées dans les négociations mais sans se prononcer.

Parmi les futurs prix et barèmes du marché de la musique de films, des droits voisins dépendront le caractère plus ou moins concurrentiel des coûts d’enregistrement des musiques de films. Seule certitude pour l’UCMF, le SNAC, l’Orchestre National et la Commission du film d’Île-de-France : la nécessité dans les éventuels futurs accords de « céder aux producteurs les droits pour toutes les exploitations, sur tous les supports et ce en respectant les droits voisins ». Après qu’ait été évoqué un premier modèle, avec l’UCMF en gestion des droits voisins, c’est finalement vingt-quatre heures avant la clôture des cinq mois de négociation que la Spédidam a fait une proposition adéquate aux conditions de l’UCMF. La position de la société de perception et de répartition des droits des artistes-interprètes a donc évolué en matière d’exploitation des musiques de films, mais seulement à l’égard de l’Orchestre National d’Île-de-France et reste à savoir si elle sera élargie ou non lors des futurs accords.

Valeur commerciale

Le rapport de force est pour l’heure clairement à l’avantage des producteurs. L’Union des Compositeurs de Musiques de Films compte utiliser la qualification et les conditions des musiciens, la réactivité des compositeurs ainsi que la proximité géographique de tous comme faire valoir des bandes sonores 100% made in France. Mais le prix des enregistrements sera déterminant. Sans négliger le fait qu’elles augmenteront la valeur commerciale des œuvres cinématographiques et audiovisuelles mais aussi leur valeur d’estime, à l’heure où les musiques de films sont la seule catégorie dans laquelle la France a remporté quatre oscars. Reçue rue de Valois le 5 mars dernier, l’UCMF a ré-exprimé les préoccupations de la filière mais surtout la volonté de trouver des solutions communes. Il est question de redéfinir le rôle de chaque acteur, d’alléger les conventions collectives et les procédures en vue de faciliter les négociations à la fois sur le plan des droits voisins que celui du financement (Régions, CNC, Adami, Spédidam, etc.). Le tout sous l’égide du Ministère de la Culture qui s’est à cet effet engagé à réunir tous les protagonistes dans les mois à venir.

Partagez sur Facebook
Image du lien direct

Les commentaires sont fermés.