Usage numérique des jeunes : l’Arcom veut mobiliser les plateformes

L’Arcom, à travers une enquête menée auprès de 2 000 adolescents et parents, met en lumière les usages numériques intensifs des jeunes et les risques associés, et fixe des priorités pour les prochains mois en matière de vérification de l’âge et d’adaptation des plateformes aux jeunes usagers.

Comme l’a rappelé aujourd’hui Martin Ajdari, président de l’Arcom, « la protection du jeune public est une des missions historiques de l’Arcom, une mission qui a connu des évolutions majeures avec l’irruption des plateformes et du numérique dans nos vies et en particulier dans la vie des mineurs. » Poursuivant cette mission dans le cadre de ses responsabilités de régulation des plateformes, relativement nouvelles, issues du Digital Services Act, l’Arcom a publié aujourd’hui une enquête. Avec ce travail de fond mené pendant un an auprès de 2 000 adolescents de 11 à 17 ans et de 2 000 parents, et complétée par des entretiens et des analyses qualitatives, il s’agissait pour le régulateur de mieux comprendre les pratiques numériques des mineurs, les risques auxquels ils sont exposés et d’évaluer l’efficacité des dispositifs de protection existants.

Usages précoces et intenses

L’étude montre, comme on l’observe dans nos vies quotidiennes, que l’usage des plateformes par les adolescents est quasi-universel : plus de 80 % des jeunes les utilisent quotidiennement. Par ailleurs, près de la moitié reconnaît accéder aux réseaux sociaux avant 13 ans, souvent en contournant les restrictions d’âge. L’étude analyse l’exposition des jeunes à divers risques, répartis par l’Arcom en six grandes catégories : hyperconnexion, contenus choquants ou inadaptés, défis dangereux, cyberharcèlement, interactions avec des adultes malveillants et escroqueries. Plus de huit mineurs sur dix déclarent avoir déjà rencontré au moins l’un de ces risques, et trois quarts affirment avoir été exposés à des contenus choquants.

Pas de passivité

Cependant, l’étude souligne un point important : les adolescents sont loin d’être passifs face à ces dangers. Beaucoup se disent conscients des risques liés à leurs usages et développent des stratégies pour s’en protéger. Beaucoup n’hésitent pas à en parler avec un adulte, souvent l’un de leurs parents. Ils savent, par exemple, identifier des comportements suspects, ignorer certains contenus ou changer de plateforme. Ils savent aussi, en majorité, utiliser les fonction de blocage et de signalement. Certains adaptent leur navigation pour éviter des situations problématiques, même si ces solutions restent partielles et parfois inefficaces.

Priorités de l’Arcom

Comme l’a expliqué son président, avec cette étude, il ne s’agit pas seulement pour l’Arcom de faire une photographie de la situation, mais de aussi « d’orienter le travail des pouvoirs publics ». À la lumière de l’étude, l’Arcom a donc fixé deux priorités majeures pour 2025-2026 afin de renforcer la protection des mineurs en ligne. La première concerne le respect effectif de l’âge minimum de 13 ans fixé par les plateformes. L’Autorité demande aux réseaux sociaux de mettre en œuvre des dispositifs réellement efficaces pour empêcher les inscriptions précoces et limiter les contournements, en bloquant par exemple la re-création de comptes. La seconde priorité vise à imposer aux grandes plateformes une offre spécifiquement adaptée aux enfants et adolescents. Cela implique des paramétrages par défaut protecteurs, la limitation de fonctionnalités favorisant l’addiction (comme le défilement infini) et une vigilance accrue contre les interactions malveillantes ou l’exposition à des contenus inadaptés. Consciente que les jeunes eux-mêmes expriment un besoin de protection, l’Arcom entend mobiliser tous ses leviers : concertation avec les plateformes, campagnes de « testing » et création d’un panel de jeunes pour évaluer la pertinence des mesures mises en place.