Souveraineté numérique : quand l’Europe rebaptise son échec industriel
À défaut d’avoir su bâtir des champions, investir massivement dans les infrastructures ou anticiper les ruptures technologiques, l’Europe a fait de la souveraineté numérique un mot d’ordre. Derrière l’inflation des normes, des sommets et des offres dites « souveraines », se dessine moins une stratégie de reconquête qu’une manière de rationaliser un déclassement industriel désormais structurel. En Europe, la souveraineté numérique est partout. Dans les discours, dans les communiqués, dans les sommets, dans les textes réglementaires, dans les posts publiés par les élus sur les réseaux sociaux. Elle est invoquée comme une évidence stratégique, une urgence politique, presqu’une promesse de rattrapage, voire même parfois comme un prétexte fou pour interdire aux entreprises européennes d’utiliser des services américains. Mais à mesure que le mot s’impose, une ambiguïté profonde se révèle :…