Canal, vers un modèle de distributeur dans un univers OTT

Le groupe Canal se prépare à une évolution majeure de son modèle. En 2020, une clause permet de revoir la plupart des contrats avec le cinéma, en même temps qu’il sera temps de considérer l’opportunité de faire entrer un partenaire industriel.

La fête est terminée depuis longtemps chez Canal. Hier, après les droits de la L1, la chaîne a perdu ceux de la L2, moins précieux il est vrai, mais le plus surprenant reste que la filiale de Vivendi n’a même pas déposé d’offres concrètes à la LFP. Le groupe semble avoir tourné la page du football français de la manière la plus incongru qui soit, puisque Canal a par ailleurs emporté récemment les droits audiovisuels de la Premier League anglaise pour un montant qui avoisinerai les 120 millions d’euros par an, soit le prix payés il y a trois ans par SFR... sur ce dernier point, il y a beaucoup à redire, et nous y reviendrons plus tard.

Si l’idée d’un Canal « minus » n’est pas nouvelle (voir notre article à ce sujet), il y a déormais sur le dossier Canal bien plus d’éléments factuels qui mènent à un désengagement prochain de la holding présidée par Vincent Bolloré. Plusieurs étapes sont encore à franchir pour en arriver à cet épilogue, et toutes paraissent maintenant vraisemblables, et mieux elles ont été pensées tout en amont.

Oubliée donc la promesse de Vincent Bolloré d’investir 2 milliards d’euros dans les contenus. La réalité du groupe est simple : économies et remontée des bénéfices à l’actionnaire. Productions, ayants-droit, chaînes de télévisions en ont fait l’amère constat, les cost killers sont aux manettes chez Canal, sans que cela ne démontre la volonté de la direction de repartir à la conquête des abonnés. D’ailleurs, les chiffres sont toujours passables à chaque bilans trimestriels.

2020

Entre Maxime Saada et Franck Cadoret, il existe une différence de taille à propos de l’avenir de la chaîne. Et si Maxime Saada est le patron dans les faits, les derniers événements ne lui sont pas favorables. Le modèle de Canal évolue vers la distribution. Une évolution qui ne manquera pas de se voir aussi dans le management du groupe un de ces jours... Le marketing autour des offres de programmes a pris le dessus sur celui mettant en avant les produits maisons. En parallèle, le groupe vient d’annoncer la fin officielle de CanalPlay. Canal rend les armes face à Netflix - peut-être la décision la plus sage alors que Netflix arrive en force sur toutes les box de Free et que Orange prépare également une annonce. Autrement dit, Canal refuse de faire la guerre sur le terrain de la production « maison » au géant américain... Et de toutes les manières, avec la nouvelle chronologie des médias, c’est la fenêtre de la chaîne qui est privilégiée, aucune raison alors d’installer un service SVOD à 15 mois après la sortie film - Cela reviendrait à mettre en péril une partie du modèle de la chaîne Canal.

Le calendrier est clair : la chaine doit gérer la décroissance au mieux jusqu’en 2020. En effet, l’accord sur la chronologie des médias prévoit une clause dite de « revoyure » au bout de 18 mois. Cette clause permet de réouvrir le dossier sous l’égide du CNC, et peut déboucher, au pire, sur un changement de la réglementation comme des obligations. Or, tout se bousculera alors pour le cinéma et Canal à cette date : fin des droits du football, point d’étape de la chronologie, et convention TNT de la chaîne. A priori, ce sera aussi le bon moment pour Vivendi pour approcher d’éventuels acquéreurs. Vincent Bolloré saura trouver la solution et le montage la plus lucrative pour les actionnaires, avant le saut dans l’inconnu de Canal. Il sera alors bien temps pour Canal de monnayer les droits de la Premier League avec un candidat anglo-saxons, comme Sky.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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