Chiffres GFK : Le déclin de l’empire télévisuel

GfK vient de publier son baromètre 2012 sur les nouvelles technologies, y sont rassemblés le bilan de l’année écoulée et les projections pour les suivantes. On y découvre la télé en grande difficulté, les tablettes plutôt mitigées et les secteurs audio et mobile en pleine métamorphose.

Une fois de plus, le bilan des ventes 2012 des nouvelles technologies permet de faire le point sur les évolutions du secteur et l’adoption parfois imprévisible de telle ou telle tendance. Il donne aussi à voir un marché complètement imbriqué avec celui des « contenus » qu’il s’agisse d’audiovisuel, de musique ou même de téléphonie.

Erosion de 23%

Que ceux qui comptent sur les nouvelles normes TV pour augmenter leurs ventes réfrènent leurs ardeurs. Si l’on en croit le baromètre GfK, l’adoption des téléviseurs connectés, de la 3D, de l’Ultra HD ou encore de l’OLED sera bien moins rapide que le passage des tubes cathodiques aux écrans plats. Ces derniers équipent désormais la quasi totalité des foyers français (90%), ce qui constitue l’un des facteurs explicatifs de la chute des ventes de téléviseurs. Et la dégringolade est de taille, puisque 6,7 millions de télé ont été écoulés en 2012, contre 8,8 millions l'année précédente, soit une érosion de 23%. Pis, le cabinet prédit que la descente aux enfers est loin d’être terminée, puisque d’ici 2015, le marché devrait se stabiliser aux alentours de 5,5 millions de postes vendus par an.

Mais pour GfK il est inutile de paniquer, il ne s’agirait là que d’une normalisation du marché après l’inflation causée par le passage de l’analogique au numérique avec la TNT, et ces 5,5 millions par an représentent malgré tout 20% de postes de plus écoulés que pour les meilleures années du tube cathodique. D’autre part, si de nouvelles normes peinent à s’imposer, les écrans eux grossissent à vue d’œil, impliquant des produits bien plus onéreux que leurs cathodiques prédécesseurs ou même que les désormais basiques écrans LCD. Tout n’est donc pas perdu pour ce marché, surtout si les fabricants continuent leurs efforts pour apporter des contenus dans leurs téléviseurs connectés : streaming musical par exemple, mais aussi des offres de vidéo à la demande, de télévision enrichie, ou de jeux vidéo qui pourraient les rendre plus attractifs.

Tablettes, le début de la fin ?

Côté informatique, la tablette longtemps érigée comme l’idole du secteur pourrait perdre de sa superbe dans les années qui viennent. Certes, il s’en est vendu 3,6 millions en France en 2012 (soit 41% de plus qu’en 2011), et ce sont même 5,1 millions de ces ardoises numériques qui devraient s’écouler en 2013. Mais ce pourrait bien être l’apogée qui précède la chute d’un marché dont de nombreux analystes doutent qu’il conserve une si belle santé très longtemps. D’abord, les prix devraient chuter, passant de 330 euros en moyenne à 264, ce qui affectera les revenus des constructeurs haut de gamme comme Apple... Une prédiction qui fera certainement sourire ceux qui ont parié sur un mouvement baissier sur les prix des smartphones, en vain ces dernières années.

Ensuite, le succès assez inattendu des ordinateurs hybrides pourrait bien venir grignoter des parts de marché et devenir les nouvelles coqueluches des accros de hi tech. En effet, ces PC transformables en tablettes représentaient cette année 12% des ventes totales de matériel informatique et pourraient croquer jusqu’à 52% du marché d’ici 2017, contre 29% pour les tablettes classiques, selon GFK. Là encore, la prédiction mérite confirmation tant ce segment parait surtout gonflé par les constructeurs en mal de concurrencer les MacBook ou la suprématie d'iPad. Evidemment, le pire perdant est l’ordinateur traditionnel et ses petits frères les netbooks (-40% de ventes sur un an) et le notebook (-20%). A terme, et avec le développement des contenus de télévision accessible par Internet, les tablettes et hybrides pourraient même venir empiéter sur le marché des téléviseurs, et rendre alors plus tangible la perspective d’une redevance sur ces appareils en France, comme la Suède vient d’en décider.

Audio sans fil et mobile en berne

Pour gâter leurs oreilles, les Français investissent, et le marché de l’audio enregistre une très légère croissance (+1%), à 1,49 milliard d'euros de chiffre d'affaires pour 2012. Les casques sont extrêmement performants, puisqu’ils représentent à eux seuls 323 millions d'euros soit une hausse de 13% par rapport à 2011. Autre secteur à la hausse : les dispositifs sans fil, qui permettent d’écouter de la musique via un ordinateur, un smartphone ou une tablette se sont vendus trois fois plus en 2012 que l’année précédente, une transition qui reflète bien la croissance de la musique numérique et l’interminable agonie de l’analogique.

Pour les fabricants de téléphones portables, en revanche, le bilan n’est pas rose pour 2012, année marquée par l’arrivée de Free mobile et la ribambelle de forfaits sans engagement (et sans téléphone sponsorisé). Une explication que ne partage pas GfK, qui observe cette tendance sur l’ensemble de l’Europe. Pourtant le résultat est là : 22,9 millions de téléphones ont été vendus l’année passée, contre 24,3 millions en 2011 et la part de ceux achetés en dehors d’un contrat de téléphonie est passée à 15% grâce à des ventes multipliées par cinq en un an ! Les constructeurs pourront toujours se raccrocher aux branches, en espérant que les retardataires finiront par s’équiper d’un smartphone puisque seuls 7,6 millions des terminaux vendus en 2012 étaient des « stupid phones ». Ils pourront aussi miser sur les phtablets (ces téléphones géants comme le Galaxy Note) ou sur des appareils permettant de prendre des photos en très haute résolution, une caractéristique que l’on retrouve sur un tiers des ventes de smartphones en 2012.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.