Info en continu : le couronnement de l’approximation

Un dernier débat aux Assises du journalisme, en question cette accélération des médias, l'info en continu, celle qui fait qu'on reste devant le petit écran pour suivre la course folle du monde.

Mercredi, pendant que Daniel Schneidermann, Arrête sur Images, et Jean Quatremer, journaliste de Libération spécialiste des questions européennes, taclaient joyeusement l'ensemble de la profession, un autre débat avait (aussi) lieu aux Assises du journalisme, concernant la "consécration" de l'info en continu. Étrangement, c’est surtout des chaînes de télévision qu'il était question, avec la présence des pontes de LCI, BFMTV et i-Télé sur le plateau, et un représentant de France Inter pour seul porte-parole des autres médias.

Plutôt surprenant quand on sait que l'accélération et la multiplication des sources d'information en continu s'est jouée essentiellement sur le web, mais admettons... Étaient également présentes une membre du CSA et la directrice du laboratoire Communication et Politique du CNRS. Du beau monde donc, dont on aurait pu attendre de vraies réflexions sur le fonctionnement (et les errements, car il y en a régulièrement) de l'info traitée comme un flux d'événements en continu, que cela soit sur le petit écran ou sur les ondes puisque le web ne faisait visiblement pas partie de l'équation !

BFM et i-Télé à l'équilibre

En réalité les échanges ont été plutôt convenus, et les dérives, pourtant largement pointées du doigt par le public, à peine survolées. On apprend tout de même, par Hervé Béroud, que BFMTV était pour la première fois à l'équilibre l'an passé et devrait réaliser cette année ses premiers bénéfices, une réussite notable pour la chaîne lancée en 2005. i-Télé est également à l'équilibre comme l'a annoncé sa récemment nommée directrice de la rédaction Céline Pigalle.

En revanche LCI est dans le rouge de plusieurs millions d'euros a concédé le directeur de la rédaction Laurent Drezner, tout en se montrant rassurant : les comptes seraient renfloués par TF1, comme chaque fois. Qu'importe si cela vient contredire une supposée "plus grande liberté" permise par la dépendance moins grande aux publicités dont s'était gargarisé le même Laurent Drezner trente minutes plus tôt. Et qu'importe si le groupe parent est lui même au plus mal, hors de question d'admettre que le fait de n'avoir pas demandé de fréquence sur la TNT était une erreur, comme l'illustre pourtant clairement le succès des deux concurrents. A LCI, on jure donc qu'aucun plan social, qu'aucun guichet de départ n'est prévu, mais Drezner ne peut s'empêcher de glisser "si vous voulez quitter le groupe TF1, il n'y a jamais eu de meilleur moment."

Mort de Moubarak

Pour ce qui est des travers des chaines d'information en continu, la salle reste bouche bée devant la question rhétorique lancée par Christine Kelly du CSA : "BFM a annoncé la mort de Merah avant l'heure, qui peut leur en vouloir?" Et Albéric de Gouville, rédacteur en chef de France 24 et animateur du débat de renchérir, citant la fausse annonce, sur son antenne de la mort de Moubarak. Si ces erreurs sont bien réelles et la contrition de leurs responsables peu évidente, il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain. Sur la question de l'information diffusée "en boucle" comme le regrettaient Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos dans leur article assassin sur la "BFMisation de l'info", Hervé Béroud se défend, arguant que le temps d'audience moyen sur leur chaîne est de 20 minutes le matin et 10 minutes sur le reste de la journée, pas suffisant donc pour voir passer plusieurs fois le même sujet.

D'autre part, Christine Kelly souligne que ces mêmes chaînes sur le dos desquelles on a vite fait de jeter l'anathème ont été les seules à permettre un accroissement du temps de parole des candidats pendant la campagne présidentielle, et notamment pendant la longue période de stricte égalité où les grandes chaînes se montraient plus frileuses à tendre la caméra aussi longtemps à François Hollande, Nicolas Sarkozy et Nathalie Arthaud ou Jacques Cheminade. Dernier point intéressant évoqué lors de cet échange : les "experts" dont on a parfois l'impression qu'ils ne servent que de remplissage et n'ont pas de légitimité autre que celle d'être capable de parler de manière plus ou moins pertinente mais pendant longtemps sur tel ou tel sujet. Pour les médias d'info en continu présents, ils apportent au contraire une analyse et un approfondissement de l"information qu'on leur reproche souvent de ne pas mettre en oeuvre.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.

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