La France et l’Amérique : le grand écart

A l’occasion de l’élection présidentielle, l’Amérique va-t-elle reprendre la route de la Liberté et s’éloigner encore un peu plus d’une France engagée sur la route de la servitude ? Ou pourquoi les Français ont tort de soutenir massivement Barack Obama.

D’après un récent sondage, les Français soutiendraient Obama à 98 %. La moitié des Américains sont pourtant prêts à voter pour Romney. Comment expliquer cet écart stupéfiant mais malheureusement pas si étonnant ?

Tout d’abord, par l’ignorance. Les Français  ne connaissent pas Mitt Romney  et la vie politique américaine en général. Ils gardent une bonne image d’Obama, un type cool qui a succédé à « l’horrible » Georges W. Bush. Faute d’information contradictoire, Mitt Romney et les Républicains restent assimilés à ce Président guerrier, méprisé et honni. Les média se plaisent de leur côté à dresser une image caricaturale des Républicains, et des Américains en général, en en montrant les visages les plus extrêmistes ou misérables. Cela nous rassure sur l’indépassable modèle français « que le monde entier nous envie » soi-disant, malgré sa faillite chaque jour plus évidente…

Il n’en reste pas moins que les Français préfèrent largement Obama et les Démocrates aux Républicains, quels qu’ils soient, et ce depuis longtemps, y compris au sein de la Droite française. L’UMP n’a envoyé aucun représentant à la Convention républicaine…

Cela traduit une réalité politique : au sein des Démocraties occidentales, la France et l’Amérique se placent désormais aux deux pôles opposés du spectre politique « gouvernemental ».

 

Un conservatisme américano-américain

En tant qu’athée typiquement français, les valeurs religieuses qui inspirent les prises de position les plus conservatrices des Républicains me sont le plus souvent étrangères. Mais il s’agit ici d’un débat américano-américain qu’il convient de respecter, comme on doit respecter toutes les cultures qui nous sont étrangères, même quand nous n’y adhérons pas. Du moins tant qu’on n’essaie pas de nous les imposer chez nous bien entendu. Fonder mon choix de Français entre Obama et Romney sur de tels critères culturels n’aurait aucun sens.

Il faut rappeler ici que Mitt Romney est un Républicain modéré. Sur la limitation de l’avortement, par exemple, il n’a fait qu’exprimer un avis personnel lié à ses convictions religieuses. Il a promis de ne pas légiférer sur le sujet tant qu’il n’y aurait pas une large majorité de l’opinion qui le demanderait. Il n’a d’ailleurs rien fait dans ce domaine quand il était Gouverneur du Massachusets. Certes, il propose de protéger le mariage traditionnel dans la Constitution, mais sur le mariage gay il n’y a pas non plus de consensus en France.

 

Un programme libéral et conservateur porté par un modéré

Mitt Romney fait campagne sur la restauration des libertés individuelles et économiques, auxquelles la majorité des Américains vouent un véritable culte car ils leur attribuent -à juste raison- la source de la prospérité et de la puissance des Etats Unis. C’est ainsi qu’il faut comprendre les Tea party. Créé dans le contexte de la crise économique, ce mouvement est une réaction de la société civile à l’expansionnisme de l’Etat fédéral, et pour un retour aux sources du modèle américain : liberté, individualisme, capitalisme et religion (en la matière se référer à la Constitution américaine et aux ouvrages lumineux de Tocqueville « De la Démocratie en Amérique »).

Obama incarne lui le « Big Government », c'est-à-dire la croyance dans l’efficacité de l’Etat central fédéral, dont il a augmenté le poids de 20 à 24 % du PIB américain en 4 ans. Avec de beaux résultats : 4 records historiques de déficit public, une augmentation de la dette de 50 % (+5 000 Milliards de dollars !!!), un taux de chômage de 8 % et une des reprises économiques post-crise les plus faibles de l’Histoire américaine (l’économie américaine plonge vite mais rebondit généralement d’autant plus fortement). Bref un bilan économique médiocre, bien loin de ses promesses de 2008, avec un déficit hors de contrôle et une explosion de la dette aux conséquences potentiellement catastrophiques pour l’avenir des Etats-Unis, mais aussi de l’Europe. Cet échec économique explique largement sa position fragile après un premier mandat à l’issue duquel les Présidents américains sont pourtant généralement réélus. D’autres pays ont su rebondir depuis 2008 et on peut penser que l’Amérique aurait pu en faire autant si elle avait laissé la récession purger la crise plutôt que de vouloir relancer avec des dépenses publiques largement improductives, au prix d’un accroissement exorbitant, menaçant et anxiogène de sa dette.

 

Obama, héros du modèle étatiste français

Ce modèle étatiste, centralisé et keynésien, c’est celui dans lequel évolue la quasi-totalité de la vie politique française, Droite comme Gauche, depuis 1945. Le spectre politique américain est plus large. En équivalence française Mitt Romney, et son jeune colistier Paul Ryan, c’est un peu un mélange du  libéralisme économique d’un Alain Madelin et du conservatisme « décomplexé » de l’aile droite de l’UMP, saupoudré de la religiosité d’une Christine Boutin. On peut ne pas être d’accord mais il n’y a pas de quoi crier au fascisme.

Alors que depuis Reagan jusqu’au mouvement Tea Party, l’Amérique tend à vouloir renouer avec la primauté des libertés individuelles et le conservatisme religieux, la France au contraire s’enfonce dans le collectivisme étatiste et le relativisme moral (mariage gay, etc…). Contrairement à ce que pense la majorité, Sarkozy n’a pas inversé cette tendance, il l’a à peine freinée. Le secteur public, la réglementation, les impôts, et avec eux les déficits et les dettes, ne cessent d’augmenter leur emprise sur la vie économique et sociale de notre pays depuis les années 30. Un Président d’Europe de l’Est a même qualifié la France de « dernier pays marxiste d’Europe » et les leaders de la droite française de partisans de la « perestroïka »…

La caste d’énarques qui ne croient qu’en l’Etat – c'est-à-dire en leur propre génie constructiviste – et qui a capté l’essentiel des pouvoirs politiques, technocratiques et même économiques, alliée au travail de propagande des média et d’une Education nationale très majoritairement socialisants, a réussi à convaincre la majorité des Français que leur sort collectif, et même individuel, dépend essentiellement de l’Etat et de ceux qui le gouvernent. Vues de la petite boîte idéologique dans laquelle sont enfermés les Français, les positions des Républicains américains semblent incompréhensibles, presque extra-terrestres.

Ce gouffre croissant entre le modèle économique et social et les valeurs des Américains et des Français explique le résultat aberrant de ce sondage. Une réalité bien triste quand on se souvient de la proximité intellectuelle entre les révolutions américaines et françaises, entre l’esprit des lumières français et les idées des pères fondateurs des Etats-Unis. La statue de la Liberté et celle de Lafayette en face de la Maison blanche témoignent d’une ancienne fraternité aujourd’hui malheureusement largement disparue. Les Américains prennent aujourd’hui la France, et plus généralement l’Europe, comme le modèle de ce qu’il ne faut pas faire. Et les Français « votent » à 98 % pour le Président Obama malgré un bilan jugé décevant par une large majorité des observateurs.

 

La schizophrénie politique française contre le pragmatisme anglo-saxon

Quand on s’étonne de mon soutien à Romney, je m’étonne qu’on s’étonne car je reste simplement cohérent et fidèle à mes idées politiques, quelque soit le bord de l’Atlantique ou je me situe. A l’inverse, la schizophrénie politique des Français est un perpétuel sujet d’étonnement pour moi. La plupart se comportent de manière plus individualiste que les Américains dans leur vie personnelle, travaillent dur, pestent contre l’assistanat et professent au comptoir des idées quasi-anarchistes contre toute forme d’autorité. Mais si vous leur demandez leurs idées politiques, ils se disent volontiers « de gauche » ou, plus rarement, « de droite » mais toujours « sociale » ou « gaulliste ». Et vous avez droit en prime à un cours de marxisme et de protectionnisme englué dans des couches mielleuses de bons sentiments aussi solidaires que citoyens. Comme s’ils se projetaient dans un autre « moi » abstrait, aussi généreux que valorisant pour leur égo, dans une Cité politique idéale qui n’existe que dans leurs rêves utopiques. Cette séparation de la politique et de la réalité, de la théorie et de la pratique, du tempérament et de l’esprit, est typiquement française. Robespierre était bien français. On se ne saurait être plus éloigné du pragmatisme anglo-saxon.

A cet égard je suis toujours stupéfait de constater que la totalité des leaders de l’UMP, victimes comme les autres Français de la maraboutisation générale, soutiennent un Obama qui professe pourtant l’exact contraire de ce qu’ils prétendent défendre en France : expansion du secteur public, interventionnisme de l’Etat central, assistanat social, écologisme, communautarisme, relativisme moral, etc… Il est vrai que c’est la politique qu’ils appliquent une fois au pouvoir. Une Droite qui fait une politique de Gauche, à l’inverse de celle pour laquelle elle a été élue : encore un effet de la schizophrénie politique française…

 

Pour une Amérique libérale, locomotive économique de l’Occident

Je soutiens Romney parce que je crois que c’est le modèle américain de la primauté donnée aux libertés individuelles et économiques qui constitue le ressort fondamental de la croissance et de la prospérité. C’est parce que l’Europe s’en est éloignée de plus en plus depuis 50 ans qu’elle s’est progressivement enfoncée dans une croissance de plus en plus faible et des problèmes sociaux de plus en plus graves.

De plus, pour redresser l’économie, je fais davantage à confiance à un homme d’affaires à succès, et à un ex-Gouverneur qui a redressé les finances de son Etat, plutôt qu’à un politicien dont la seule expérience professionnelle a été d’être un fonctionnaire dans le domaine social et communautaire, rémunéré par la ville de Chicago.

 

Pour une Amérique qui assume et assure son leadership, y compris en Europe

Je crois également que dans un monde instable et dangereux, les Etats-Unis demeurant encore la principale puissance de l’Occident, nous avons besoin d’une Amérique qui - sans être inutilement belliqueuse (cf. la guerre en Irak) - assume son leadership, y compris quand cela implique de prendre des décisions difficiles.

A l’inverse de Romney, un wasp de la côte Est, cultivé et tourné vers l’Europe (il a vécu 2 ans en France), Obama est un afro-américain du Middle West qui, sur le plan personnel, se désintéresse largement du vieux continent. Il a ainsi abandonné sans vergogne l’Europe centrale à son sort face à une Russie de plus en plus impérialiste (guerre de Georgie, crise du gaz en Ukraine…).

 

Un divorce bien triste pour la France

Ce constat de divorce entre les évolutions française et américaine est inquiétant (pour la France), car les Etats-Unis sont souvent en pointe des tendances politiques et économiques. Si l’Amérique, comme je le crois et l’espère, reprend la route de la Liberté, alors que la France s’engage toujours plus sur celle de la servitude, le fossé et l’indifférence entre nos deux peuples, qui s’est déjà beaucoup accrue ces dernières années, risque de s’aggraver encore. Ce n’est pas bon pour la France. Car si les Etats-Unis eux peuvent se passer de notre soutien, de notre intérêt et de notre affection, je ne suis pas sur que l’inverse soit vrai…

Il faut souhaiter pour la France la victoire de Romney car, dans la crise terrible que nous allons traverser, nous aurons besoin, plus que jamais, de la locomotive économique américaine. Une réussite de leur politique libérale serait également bienvenue pour inspirer nos responsables politiques, de Droite comme de Gauche, en manque d’idées et de courage. Le modèle économique américain, avec lequel Romney et Ryan souhaitent renouer, a certes des défauts - que les média français se complaisent d’ailleurs à souligner sans cesse - mais il a aussi une formidable capacité de création et de dynamisme. Le niveau de vie des Américains est aujourd’hui bien supérieur à celui des Français – d’environ 40 % -, alors qu’il était équivalent dans les années 70. Et ce malgré les vagues d’immigration venues du Tiers monde beaucoup plus importantes qu’a du absorber l’Amérique.

Essayons de penser au-delà du « cool », des caricatures, des préjugés anti-américains et du prêchi-prêcha des média. Et espérons la victoire des Républicains. Si ce n’est par affinité, du moins, dans notre propre intérêt.

PS Pour en savoir plus sur la personnalité de Romney et de Paul Ryan (un homme à suivre pour l’avenir), et leur programme : http://www.mittromneyfrance.fr/

 

Tribune libre d'Arnaud Dassier, Vice-Président du Parti Libéral Démocrate

@partiliberal

 

Partagez sur Facebook
Image du lien direct