Pourquoi LCI est une énième victime collatérale de l’Hadopi

Aurelie-Filippetti-Dijon-musee-des-Beaux-arts-le-7-septembre-2013-Jean-Christophe-Tardivon-Sipa-00664492-000012-215721_371x268La petite histoire du « Non » adressé à LCI par le CSA est bien plus passionnante que la version officielle.

Il y a la grande Histoire. Et il y a les « à coté »… Pour la première, on retiendra la piètre stratégie du groupe TF1, qui voulut étouffer la télévision numérique terrestre, arrêter le progrès, et imagina sincèrement être suffisamment puissant pour réussir cette entreprise titanesque. On retiendra également, les impressions des sages après la prestation du groupe TF1 lors de l’audition, qui n’ont pas manqué d’être divulguées dans la presse. Certainement, il faudra que les autorités se penchent sur la question des salariés de la chaîne, qui ont été les jouets du groupe TF1, n’hésitant pas à faire peser un chantage à l’emploi sur le CSA. Enfin, il y a les faits : un marché de la publicité à la télévision qui se tend de plus en plus – d’ailleurs en grande partie à cause de la guerre des prix des deux leaders, TF1 et M6 -; un respect de la diversité et de la pluralité éditoriale qui est sans doute le meilleur argument du CSA pour refuser le passage de LCI en gratuit; la très bonne analyse de la situation et des enjeux par les adversaires de LCI, qui ont su convaincre les sages du quai André Citroën.

Mais, il y a aussi, et c’est tout l’objet qui nous intéresse ici, l’influence des jeux de pouvoir entre la ministre Aurélie Filippetti et le président du CSA, Olivier Schrameck. La ministre peine depuis sa nomination en 2012 à assoir son autorité sur un secteur qu’elle connaissait mal, et qui lui a toujours fait un procès en légitimité, malgré toute l’assiduité dont elle a pu faire preuve, une fois sa charge reçue. Sur ce site, nous avions d’ailleurs souligné le fait que lors de sa mission, Pierre Lescure, était en quelque sorte un ministre à la place de la ministre. L’industrie pensait la même chose… Aurélie Filippetti n’était pas considérée.

Bâton de Maréchal

Un autre homme fait de l’ombre à Aurélie Filippetti : Olivier Schrameck. Le président du CSA est un « proche » du Président François Hollande, comme aime le répéter ceux qui veulent croire en son pouvoir; il est surtout, celui qui a cru les promesses du président de la République. Olivier Schrameck s’est vu offrir le ministère de l’audiovisuel, il a aussi voulu accaparer celui de l’Internet, mais il n’a rien eu de tout cela, à peine le droit de faire sa loi sur la nomination des présidents de l’audiovisuel public, autant dire une poire pour la soif… Mais Olivier Schrameck est un homme qui a un appétit féroce, et il sait pertinemment que s’il n’a pas reçu la corbeille pleine à ras bord, comme cela lui avait été promis, c’est en partie car la rue de Valois n’a pas fait correctement son travail.

Deux ans, et rien. Deux ans et la loi Création n’est encore qu’un mirage dans l’agenda du gouvernement. Comme nous l’avions révélé, le texte doit être présenté au conseil des ministres en décembre prochain. L’épilogue se rapproche. En attendant, Olivier Schrameck sait qu’il n’aura pas satisfaction. Le nouveau texte n’intègre pas les articles concernant l’audiovisuel – un arbitrage est encore attendu sur ce point – et la Hadopi. La Hadopi qui était le bâton de maréchal du CSA pour s’en aller régir l’Internet. Ce bâton a été escamoté du texte… Aurélie Filippetti veut passer le relai à Axelle Lemaire. Qui n’en veut pas.

La Hadopi n’ira pas au CSA. Qu’à cela ne tienne, dès qu’il en a l’occasion, Olivier Schrameck va donc montrer son autorité, quitte pour cela à venir contrarier la ministre en place rue de Valois. Cela a commencé avec la nomination de Mathieu Gallet. La ministre aurait souhaité un autre candidat, mais son avis n’a pas été suivi. L’affaire LCI est plus complexe. Avec ce « non » qui résonne jusqu’aux portes de Bercy et du ministère du travail, la président du CSA fait d’une pierre deux coups. Il faut se rappeler que la requête de TF1 introduite après le vote de la loi sur l’audiovisuel avait été rendue possible suite au vote d’un amendement, dit amendement LCI (présenté par Assouline, mais rédigé par Bloche), dont l’origine se situe à l’Elysée, qui n’avait pas été soutenu par la rue de Valois. Voilà donc l’Elysée et la rue de Valois et les lobbyistes de TF1 renvoyés à leurs turpitudes… Tout ça à cause de l’Hadopi, qu’on vous dit !

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

Un commentaire sur cet article

  1. psyL0w dit :

    Personne ne souhaite voir la régulation du Net fusse limité aux plateformes de vidéo dans les mains de ces incapables du CSA. Quand on voit le niveau atteint par le PAF, à leur place je me ferais oublier. De toute façon ils sont encore plus incompétents en termes de réseau que la rue de Texel.

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