Netflix au beau fixe

Les derniers résultats publiés par le plus célèbre des services de sVOD lui ont permis de continuer sa progression à Wall Street et l’optimisme semble de mise quant à son avenir, même si son CEO reste prudent face aux attentes des analystes.

Sur le troisième trimestre 2013, Netflix a gagné 1,3 millions de clients aux Etats-Unis, portant à 31,1 millions le nombre de ses utilisateurs américains pour le streaming dont 29,93 payants, là où l’une de ses plus sérieuses rivales, la chaîne câblée HBO, n’en avait « que » 28,96 au 30 juin tandis que Showtime, une autre de ses concurrentes, plafonnait à 23 millions d’abonnés. Il faut dire que les jeunes américains semblent de plus en plus délaisser la télévision classique. Au niveau mondial, puisque le service est présent dans 41 pays au total, ce sont 40 millions de souscripteurs que revendique le service. Quant aux projections pour le quatrième trimestre, Netflix table sur 3,32 millions de nouveaux venus, ce qui porterait le nombre d’utilisateurs au global à 43,6 millions (HBO en compte plus de 114 millions).

Carton des séries maison

Des chiffres qui sont loin d’être insignifiants quand on sait que ce service « OTT » a pour stratégie de venir récupérer les souscripteurs aux offres de télévision classique. On apprenait d’ailleurs récemment qu’en plus de sa présence sur le Chromecast de Google, Netflix négocierait avec plusieurs câblo-opérateurs afin d’être présent dans leurs boitiers au même titre que les offres traditionnelles de chaînes de cinéma mais surtout de séries. Il faut dire que si son show maison « House of Cards » n’a finalement glané que 3 des 14 Emmy Awards pour lesquels elle était nominée, une autre de ses productions propres, « Orange is the new black », remporte un succès énorme auprès du public. Selon Netflix, elle devrait même, d’ici la fin de l’année, surpasser la série politique avec Kevin Spacey et Robin Wright et devenir la fiction audiovisuelle la plus regardée sur son service. Mais dans une lettre envoyée à ses employés, la compagnie a admis qu’elle avait aussi profité du fait qu’elle proposait en exclusivité certains programmes issus de ses chaînes rivales et néanmoins partenaires, comme « Breaking Bad » (AMC) et « New Girl » (Fox).

Enthousiasme en Bourse

Côté finances aussi, les indicateurs restent au vert puisque le chiffre d’affaires sur le troisième trimestre est en hausse de 22% sur un an et atteint 1,1 milliard de dollars, ce qui correspond aux attentes des analystes. Le bénéfice net aussi est encourageant puisqu’il atteint 32 millions de dollars, là où il n’était qu’à 8 petits millions l’an passé. D’ici la fin de l’année, le service pense atteindre 37 millions de bénéfice. Cela a semble-t-il suffit à enthousiasmer les boursicoteurs, puisqu’après ces annonces le titre a gagné 10% à Wall Street, ce qui représente une augmentation de plus de 280% de l’action depuis le début de l’année. Paradoxalement, le CEO de la compagnie s’en est dit inquiet, jugeant qu’il s’agissait là d’une hausse gonflée par l’optimisme des investisseurs mais qu’il n’y avait « pas grand-chose que nous puissions faire ».

Bulle de la sVOD ?

Parler de bulle de la sVOD serait sans doute exagéré, mais il faut tout de même rappeler que les chaînes câblées auxquelles Netflix espère damer le pion sont pour le moment nettement plus profitables. Ainsi HBO a généré plus d’1,6 milliard de dollars de profit au bénéfice de Time Warner sur l’année écoulée, et maintient un ratio entre le prix de son action et ses revenus bien plus raisonnable (de l’ordre de 17, tandis que le service de streaming sur abonnement devrait être plus proche de 144). Selon le Wall Street Journal, cela s’explique par la plus grande maturité d’HBO qui a donc moins de coûts de développement et peut par ailleurs s’appuyer sur les câblo-opérateurs la distribuant pour assurer une partie des coûts d’infrastructures, de marketing ou encore de facturation. Par ailleurs, la chaîne est propriétaire de l’ensemble de ses séries et engrange donc aussi des profits sur les ventes de DVD, alors que Netflix doit débourser ses précieux deniers pour acquérir les droits de diffusions. Sans compter que le développement à l’international est à double tranchant : c’est ainsi qu’augmenteront les profits à terme mais il pèse pour le moment sur les bénéfices.

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Rédigé par Diane Saint Réquier

Journaliste presse écrite, web, radio. Passionnée de politique, de culture et de nouvelles technologies.