Olivier Schrameck nommé à la présidence du CSA, avec les bagages mais sans les compétences

Le gouvernement a arrêté son choix. A l’issue du Conseil des ministre, François Hollande a nommé ce mercredi Olivier Schrameck, 61 ans, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Il succède à Michel Boyon, en poste depuis janvier 2007, et dont le mandat prend fin le 24 janvier prochain.

La réputation d’intégrité de cet ancien énarque devrait lui servir. La nomination d’Olivier Schrameck à la tête du CSA risque de faire jaser. Plutôt qu’un professionnel de l’audiovisuel ou une personnalité familière de ce secteur, François Hollande a choisi un ancien « Jospin boy » pour prendre les rênes de cette instance de régulation. Né en 1951 dans le XVe arrondissement de Paris, Olivier Schrameck devient directeur de cabinet de Lionel Jospin à Matignon de 1997 à 2002. Il sera ensuite ambassadeur en Espagne avant de réintégrer le Conseil d’Etat en 2005. L’an dernier, il a participé à la Commission Jospin chargé de la rénovation et de la déontologie de la vie publique. Il faisait aussi partie de la commission Balladur, mise en place en 2007 pour moderniser les institutions après l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

Petites lunettes rondes

Derrière ses petites lunettes rondes, ce haut fonctionnaire est un juriste réputé pour son self-control. Celui que Lionel Jospin a toujours continué de vouvoyer est arrivé en politique sans avoir jamais milité au PS. Un intérêt transmis par son père, ancien avocat. Olivier Schrameck trouve dans l’étude du droit, une « discipline qui parvient à concilier l'évolution de la société et les valeurs qu'elles portent ».En 1968, âgé de 17 ans, il n'est pas « conquis par l'ultragauchisme très artificiel des jeunes nantis », rapporte Libération le 24 novembre 1998. Le petit dernier d’une fratrie de quatre garçons (un frère haut fonctionnaire, les deux autres médecins) grimpe naturellement les échelons : diplômé de l’IEP de Paris puis de l’ENA, il devient professeur associé à Paris I.

L’héritage familial a modelé le rigorisme moral d’Olivier Schrameck. Déportée en février 1944, sa mère Stéphanie Schrameck est l'une des rares rescapées d'Auschwitz. Son grand oncle Abraham Schrameck, ministre de l'Intérieur du Cartel des gauches, fut violemment attaqué par Maurras dans sa « lettre à Schrameck ». La famille n’a cependant jamais cessé de servir la France et c’est sans doute ce symbole de fidélité républicaine sur lequel François Hollande entend s’appuyer désormais.

Olivier Schrameck arrive dans une maison, le CSA, qui est au beau milieu d'une révolution et d'un conflit politique. La révolution c'est la main mise de l'Internet sur l'espace médiatique, et le conflit l'oppose depuis plusieurs années à l'Arcep, l'autre agence de l'Etat en charge des tuyaux. Une fusion stricto sensu entre les deux n'est plus à l'ordre du jour, mais les deux instances devraient dans l'avenir partager des dossiers. Ce remodelage de l'action de l'Etat sur l'espaces virtuel, tout comme les prochains textes sur le financement de la création par les acteurs du réseau des réseaux seront au coeur de l'action du nouveau président; qui, en tant que novice sur ces questions, va devoir très rapidement apprendre les bases et on l'espère devenir un expert pour éviter une catastrophe pour tout le secteur de la création.

Les mauvaises langues diront aussi certainement que cette place de président du CSA, autrefois si disputée, n'intéresse plus vraiment le Gotha des spécialistes de l'audiovisuel. La destinée trouble qui attend le CSA, et son rôle aujourd'hui mineur n'y fait rien à l'affaire. Il y a fort à parier que cette nomination illustre le début d'un déclin pour le CSA, en attendant une nouvelle mouture concoctée par le gouvernement, alliant régulation des médias et pouvoirs sur l'Internet. Mais, cela n'est pas encore tranché.

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