Presse : Blocage total de Presstalis, les kiosquiers dans la rue

Mardi 19 février, les représentants des diffuseurs de presse étaient reçu au ministère de la culture, rue de valois à Paris. Ils s'estiment lésés par le système actuel de distribution de la presse en France, et réclament sa réforme en urgence.

Ils sont en colère contre les éditeurs et ils comptent le faire savoir. Il est 9H30 du matin, place Colette (Ier arrondissement) en face de la Comédie française. Une centaine de diffuseurs de presse sont rassemblés, vêtus de gilets de sécurité jaunes ou oranges. Sur certains, il est écrit : « Forçat du boulot, 14 heures par jour pour le Smic ». D’autres brandissent des pancartes à bout de bras : « La presse en France : les coûts de distribution les plus chers d’Europe, les diffuseurs les moins payés ». Pierre Bloch, porte-parole de l’Association pour l’Avenir des Diffuseurs de Presse (AADP) (voir une précédente interview), explique les revendications de la délégation qui attend d’être reçue au ministère de la culture : « Il faut réguler le secteur de la distribution de la presse en France. Les marchands de journaux sont le seul maillon indépendant de la chaîne. Eux-seuls doivent s’autofinancer. Ils doivent pouvoir vivre de leur métier ». Selon lui, il y a eu 1100 fermetures de points de vente en 2012, mais la quantité de journaux papier livrée par les éditeurs reste la même. « Ça a créé un effet ciseaux dans la trésorerie » se désole Pierre Bloch. « Les diffuseurs de presse doivent avancer l’argent du nombre d’exemplaires que les dépôts leur livrent. Ensuite, les invendus leur sont remboursés. Mais c’est absolument anormal que les grossistes imposent leurs flux physiques et financiers aux détaillants ! ». Le porte-parole de l’AADP évoque la possible création d’un Conseil Supérieur des diffuseurs de Presse, comme il existe le Conseil Supérieur des Messageries qui surveille le système de distribution : « Les diffuseurs n’y sont absolument pas représentés. Les éditeurs nous font une concurrence déloyale ».

"- 50% sur les abonnements"

A côté de lui, un collègue distribue des publicités d’abonnements à différents magazines pour illustrer l’idée. Pierre Bloch relève : « Certains éditeurs diffusent des offres d’abonnement à -50% dans les journaux que nous vendons. Ils se servent de nous pour nous court-circuiter ! Qui va acheter son journal au kiosque si les abonnements cassent les prix ? ». Quelques mètres plus loin, Patrick Deschamps approuve : « les éditeurs font prendre de mauvaises habitudes aux clients. Avec leurs publicités et leur internet gratuit, ils les détournent de la vente de la main à la main ». A presque 65 ans, il a 30 ans d’expérience dans le métier. Son point de vente se trouve à côté de la gare du Montparnasse, rue de l’Arrivée (Ve arrondissement). C’est un bon coin, avec beaucoup de passage et autant de clients potentiels. Pour lui, la faible marge accordée au diffuseur pose un sérieux problème : « Je ne prends que 20% de marge sur les journaux que je vends. Un exemplaire du Parisien à 1 euro me rapporte donc 20 centimes. Avec mes deux employés payés au Smic, mon salaire mensuel ne dépasse pas 1500 euros ». Patrick Deschamps dénonce aussi la concurrence des journaux gratuits : « La loi impose de placer les distributeurs de quotidiens gratuits à 30 mètres de nos points de vente, et pas à côté de la sortie du métro. Bien sûr, la réglementation n’est pas respectée. Pour moi, c’est une perte de 12% de chiffre d’affaire par mois ». Il n’envisage pourtant pas de faire autre chose. Il aime son métier.

Patricia Marqueterie non plus ne s’imagine pas changer de profession. Depuis 20 ans, elle tient une boutique de presse place Falguière (XVe arrondissement). Patricia Marqueterie évoque les irrégularités de livraisons. Selon elle, c’est une façon de détourner les clients de la vente en boutique. « Les éditeurs se servent de nous comme tremplin. J’ai vu ça avec les encyclopédies. L’éditeur ne livre que les premiers exemplaires. Le client collectionneur finit par s’abonner et il ne revient plus à la boutique ». Quand Patricia s’est installée, ils étaient 7 vendeurs de presse dans un rayon d’1 kilomètre. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3, dont un collègue qui a pris le statut d’auto-entrepreneur pour diminuer ses charges.

50 millions d'euros de déficit

A 10H05, la délégation entre. Sur la Place Colette, l’attente commence. Une heure plus tard, ils ressortent. Selon Michel Arthémise, du Syndicat National de la Librairie et de la Presse (SNLP), « Ce n’est pas en trois quarts d’heure qu’on va régler les problèmes ». Le conflit avec la messagerie Presstalis reste en suspens jusqu'à la semaine prochaine. Par contre, un groupe de travail sera convié dans 15 jours, sous l’égide de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC). Au programme des travaux à venir, les rapports entre éditeurs et diffuseurs et prix unique de la presse. Pour Pierre Bloch, c’est un signe « très positif ». En attendant, le conflit au sein de Presstalis n'a pas fini de faire des dégâts. La grande réforme voulue par l'Etat, les éditeurs et la direction de la société a pris énormément de retard. Selon les dires des syndicats, le plan social, qui doit concerner 400 personnes à Presstalis (sur un total de 2147) n'a toujours pas été exécuté - aucune lettre de licenciement n'a été envoyée. Un retard préjudiciable qui implique de réviser le déficit prévu pour 2013, qui pourrait dépasser largement les 50 millions d'euros en fin d'année au lieu de 30 millions d'euros (70 millions en 2014 et 90 en 2015). Le médiateur nommé par l'Etat va proposer le reclassement d'environ 150 personnes sur Paris au sein de la fonction publique, la Poste essentiellement. C'est loin d'être suffisant. En fin de compte, ce sont les éditeurs qui auront à payer les pots cassés, si rien n'est fait avant.

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3 commentaires sur cet article

  1. Fregate dit :

    Mathilde
    Nous nous sommes croisées à la manif
    Si vous voulez voir un point de vente complètement abandonné par son dépositaire et
    où les clients ne trouvent plus ce dont ils ont besoin, je vous attends

  2. Fregate dit :

    Un beau métier qui fout le camp

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