Libération, l’échec de Nicolas Demorand – #Gratuit

Les chiffres d'octobre OJD montrent une baisse brutale des ventes dans les kiosques des journaux d'information. Libération accuse un - 31,79% alarmant. Et en novembre, les ventes sur Paris sont toujours en retrait, de 17,2% cette fois. Les raisons de cette chute ne sont pas que conjoncturelles. La stratégie éditoriale de Nicolas Demorand et de son équipe est en échec. Il prendra d'ailleurs à ce sujet la parole devant la rédaction, jeudi prochain. (Publié le 11 décembre)

La presse française vit une accélération de la crise qui touche les ventes depuis maintenant une dizaine d'années. Brutalement, et cela depuis le mois de septembre, les ventes en kiosques ont marqué une très nette contraction. Tous les titres de la presse d'information nationale sont touchés, plus ou moins gravement. Et ceux qui professaient une période de transition douce entre l'ère du support papier vers le virtuel sont contredits par la réalité du terrain. La presse plonge dans le rouge et rien ne semble pouvoir arrêter cette dégringolade fatale, pas même une mutation rapide des habitudes des lecteurs vers le "tout numérique".

Dans ce marasme que nous allons détailler, un titre de le presse d'information subit particulièrement fortement ce désamour des lecteurs, il s'agit de Libération. Un peu à l'image de ce qui arriva au Matin de Paris lorsqu'il fut dirigé par l'ex porte-parole du gouvernement socialiste de l'époque, Max Gallo. Le journal avait perdu un bon tiers de ses lecteurs sous le gouvernement de Pierre Mauroy. L'intérêt pour la politique du lectorat n'est jamais totalement celui du soutien sans faille. La presse en connait régulièrement les déconvenues. Le Figaro avait été aussi secoué lorsque Nicolas Sarkozy élu, Nicolas Beytout avait choisi d'éteindre dans sa rédaction les différents courants de la droite. Le phénomène touche autant la droite que la gauche.

Le mois d'octobre 2012 confirme la forte baisse amorcée en septembre. Les chiffres "vente au numéro" ont rarement été aussi alarmants. Le Figaro accuse sur un an une baisse de ses ventes en kiosque de 4,17% avec 94 036 exemplaires écoulés en moyenne chaque jour et repasse donc sous la barre des 100 000. Le Monde aussi est au plus mal sur ce mois avec une chute d'une année sur l'autre de 14,62% à 83 570  exemplaires quotidiens. Enfin, Libération s'écroule à 41 437 exemplaires vendus, soit une variation négative de 31,79% ! Du jamais vu encore une fois, après le dérapage de septembre dernier.

Comme nous l'avions révélé, le journal dirigé par Nicolas Demorand, et puisqu'il faut bien trouver un responsable, sa fonction le désigne naturellement, a accumulé les dettes. A la fin du mois d'octobre la facture à l'URSSAF atteint deux millions d'euros. En tout, le journal a 20 millions d'euros de dette, et il est bien compliqué de savoir si Bruno Ledoux entend vraiment verser le million et demi d'euros prévu dans le contrat qui le lie au journal. De toute façon, cette somme ne servirait pas à grand chose dans la situation telle qu'elle se profile. Car si septembre et octobre ont été mauvais, voire très mauvais, novembre n'est pas mieux. Voici en effet les chiffres de vente pour Paris édités par Presstalis, qui seront plus tard intégrés dans l'OJD. Libération a vendu 13500 exemplaires, soit une baisse de 17,2% mais avec un niveau record d'invendus de 30,4% ! Le Monde perd 10,1% avec 32 000 exemplaires vendus, quand Le Figaro chute de 6,9% à 22 000 exemplaires. Ces deux journaux accusent en revanche un pourcentage d'invendus dans la moyenne entre 20 et 22%.

Non seulement Libération vend moins, mais il limite d'une certaine façon les dégâts en augmentant considérablement les mises en kiosque, avec des volumes imprimés importants. Tout cela a un poids financier. Sans compter aussi la publicité qui bien entendu se négocie en fonction des chiffres de ventes, cette fois en additionnant les abonnements et les ventes aux tiers. Avec 17 000 abonnements environ, Libération n'a jamais  été un poids lourd du secteur. Idem pour les ventes "numériques" qui atteignent 10 242 unités sur le mois. La progression est constante certes, mais elle est très faible, et jamais elle ne donne l'impression de pouvoir équilibrer les pertes sur le papier. Dans ces conditions, les recettes nettes du journal devraient être de 25 millions d'euros cette année (18 millions au titre des ventes, et 7 millions pour la publicité). C'est peu pour une société qui emploie 180 journalistes et à laquelle l'Etat verse 12 millions d'euros par an, soit une somme équivalent à la moitié des recettes, pour un total de 37 millions d'euros...

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef