François Fillon : « Je veux réduire la fracture culturelle »

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François Fillon ouvre notre série. Le candidat des Républicains prend position sur les sujets relatifs à la culture, le numérique et la communication. Toujours fervent adepte de la Hadopi, il veut renforcer et étendre son pouvoir. François Fillon avalisera un budget pour la rue de Valois à 1% du budget de l'Etat. Il entend aussi, s'il est élu, développer Etalab, qu'il avait créé en tant que premier ministre. Concernant, les télécoms, François Fillon se réjouit des velléités de SFR de financer le cinéma, mais n'en dit pas plus sur la position de l'Etat actionnaire d'Orange, ni sur la sanctuarisation des fonds du CNC, notamment. Enfin, le candidat de la droite ne cache pas son attachement à l'exception culturelle française, qui doit être maintenue, selon lui, et le CNM relancé.

Quelle est la place de la culture et de ses industries dans votre programme ?
La culture est le socle de notre identité, de nos modes de vie et de notre cohésion sociale. Elle est un facteur d’épanouissement personnel aussi bien qu’une force économique à travers le tourisme, l’attractivité de notre territoire, nos exportations. C’est également un des vecteurs de notre influence dans le monde. Pour toutes ces raisons, la culture tient donc une place importante dans mon projet.

Quels seront vos premières décisions en tant que président en matière de culture ?
Je veux réduire la fracture culturelle. Trop de jeunes se détournent de la culture. Pour y remédier, je développerai la pratique artistique dans les établissements scolaires. Du collège au lycée, l’histoire de l’art sera également mieux articulée avec l’histoire générale. Il nous faudra aussi réduire la fracture territoriale. Les établissements culturels nationaux devront proposer des actions culturelles dans les territoires ruraux. L’Etat participera aussi à cet effort en mettant en place un plan « patrimoine pour tous » qui consacrera 2 milliards d’euros sur 5 ans à la restauration des monuments et objets d’art partout en France.

 

"Tous mes ministres devront remplir la même condition sine qua non pour entrer au gouvernement : être compétents dans leur domaine !"

Quel est selon vous le profil idéal de celle ou celui qui doit siéger rue de Valois ?
Depuis la primaire, je n’ai jamais varié : je veux un gouvernement paritaire de 15 ministres maximum. Tous mes ministres devront remplir la même condition sine qua non pour entrer au gouvernement : être compétents dans leur domaine ! J’entends ainsi à ce que siège rue de Valois un ministre de la Culture qui soit un passionné, qui soit capable de faire rayonner notre culture et qui sache s’adresser à la fois aux professionnels du monde culturel et à tous les Français car la culture doit être l’affaire de tous.

Allez-vous augmenter le budget de la culture, et si oui, pour quelles missions ?
​Je me suis engagé à maintenir le budget de la culture à 1% du budget total de l’Etat, à périmètre constant. Cet engagement est très important. Il sera tenu. Contrairement à ce qui s’est passé pendant le quinquennat de François Hollande.

Ne serait-il pas temps de fusionner les autorités administratives indépendantes, comme l'arcep, le csa, la hadopi ? Ou bien considérer le bienfondé de la suppression de ces instances ?
Toute rationalisation de l'organisation administrative allant dans le sens d’une plus grande efficacité et participant à des économies mérite d'être étudiée. La question de l'audiovisuel public, de sa place, de ses missions doit également pouvoir être posée.
Toutefois, tout éventuel rapprochement nécessiterait un examen technique approfondi préalable avec les professionnels des secteurs concernés, pour bien en évaluer l'intérêt, tout en évitant qu'une considération trop technique ne prive l'action publique d'une dimension importante, par exemple culturelle dans les médias audiovisuels. Quant à l'HADOPI, son rôle doit être renforcé et réactivé, voire étendu si on considère les questions de libertés individuelles à l'heure du numérique. Les autorités indépendantes que vous citez ont chacune des rôles importants à jouer et je veillerai à ce que celles-ci continuent d’être menées à bien quelles qu’en soient les formes.

 

"A titre d’exemple, si la France a su protéger et développer son cinéma c’est grâce à cette exception culturelle qui doit être préservée"

Allez-vous défendre l'exception culturelle ?

Oui, je la défendrai au niveau européen et au-delà, car elle constitue le fondement de nos politiques publiques et le rempart contre une culture mondialisée. A titre d’exemple, si la France a su protéger et développer son cinéma c’est grâce à cette exception culturelle qui doit être préservée.

Est-ce que le droit d'auteur est armé pour cette nouvelle ère ?
Internet ne peut être une zone de non droit et la gratuité ne peut en être la règle. Le droit d'auteur français est aussi une exception qu'il faut protéger et défendre. Je le ferai ! Malmenée depuis cinq ans, la HADOPI sera renforcée dans son rôle pédagogique et dans son efficacité.

Comment envisagez-vous le rapport entre le monde de l'économie numérique et la culture ou la communication ?
Les liens entre ces deux mondes ont un rôle important à jouer en matière d’accès à la culture. Je poursuivrai et accentuerai, à cet effet, la numérisation de notre patrimoine littéraire, cinématographique et musical pour en faciliter la diffusion sur les grandes plateformes, mais aussi pour en améliorer l’utilisation par nos élèves. Le numérique est fondamental pour renforcer l’éducation artistique et culturelle des jeunes. En outre, il est indéniable que la digitalisation des usages modifie en profondeur la consommation culturelle et impacte son mode de financement. L’Etat doit faciliter cette mutation mais doit aussi la réguler.

 

"je proposerai aux professionnels de la musique - producteurs, éditeurs, sociétés civiles de perception des droits – de reprendre la concertation"

Utilisez-vous un service de Svod ? Doit-il contribuer à la création et comment ?
Je souhaiterais que les plateformes de Svod comme Netflix ou Amazon qui sont basées à l’étranger puissent consacrer une part de leur chiffre d’affaires au financement d’œuvres originales. Face aux géants américains, chinois et indiens de la communication, il nous faut assumer notre exception culturelle. Cela passera par une réforme de la directive Services Médias audiovisuels, permettant d'appliquer le principe du pays de destination du service (au lieu du pays d’émission). Cette réforme est nécessaire. Les géants du Net ont tendance à s’établir là où la fiscalité est la plus faible et où les obligations d’investissement et de diffusion de la création européenne sont les moins contraignantes.

Êtes-vous favorable à un rapprochement de l'industrie de la musique et du CNC ? Ou bien faut-il créer un centre national de la musique, et dans ce cas, qui doit contribuer financièrement ?
Un tel rapprochement n’aurait aucun sens. En revanche, je proposerai aux professionnels de la musique - producteurs, éditeurs, sociétés civiles de perception des droits – de reprendre la concertation sur le sujet qui a cessé depuis qu’Aurélie Filippetti a décidé, à son arrivée rue de Valois, pour des raisons démagogiques d’enterrer le dossier du centre national de la Musique.

Est-ce que le budget du CNC doit être sacralisé ?
Le CNC est un outil unique au monde dont les commissions sont un modèle. Il doit avoir les moyens d’une politique ambitieuse pour le cinéma.

 

"Il est, néanmoins, fondamental que la France se dote de groupes qui peuvent faire face aux concurrents européens ou américains"

Pensez-vous que le fait que Wikipédia ait évincé tout concurrent est une bonne chose pour la société ?
Cet accès immédiat et gratuit à la connaissance est un exemple de démocratisation réussie mais Wikipédia ne doit pas être la seule source d’information existante. C’est la raison pour laquelle j’ai mis en place en 2011 le programme Etalab destiné à ouvrir les données publiques au plus grand nombre dans les domaines de l’économie, des sciences et permettre aux citoyens de coproduire certaines informations. Je ferai un audit de ce programme dès mon arrivée au pouvoir pour en accentuer le déploiement.

Orange et Canal Plus plus doivent-ils se rapprocher ? Capitalistiquement ?
Il ne m’appartient pas de me substituer aux acteurs économiques dans leur stratégie de rapprochement. La convergence des contenus et des diffuseurs est néanmoins une nécessité. L ‘Etat devra veiller à ce que les règles de concurrence, les obligations de soutien à la création soient respectées et qu’aucun rapprochement même capitalistique ne se traduise par un abus de position dominante. Il est, néanmoins, fondamental que la France se dote de groupes qui peuvent faire face aux concurrents européens ou américains.

L'État doit il sortir du capital d'Orange ?
Cette question ne se pose pas à l’heure actuelle mais il est certain qu’Orange comme les autres opérateurs ont besoin de capitaux très importants pour financer leurs investissements dans les infrastructures et les contenus. Toutes les pistes pour répondre à ce besoin devront être étudiées.

 

"Si Libération ou le Parisien n’avaient pas été recapitalisés par leurs nouveaux actionnaires que seraient-ils devenus ?"

SFR veut être un partenaire du cinéma. Quels sont selon vous les obligations que l'opérateur doit endosser ?
SFR a annoncé vouloir investir dans le cinéma, comme le fait Orange depuis longtemps. C’est une bonne chose pour le cinéma français !
Les enjeux sur les contenus sont au cœur des stratégies des opérateurs que ce soit dans le cinéma, la musique et aussi les droits sportifs. Il appartient aux autorités régulatrices d’accompagner ce mouvement et de ne pas l’enfermer dans des réglementations excessives et pénalisantes.

Êtes-vous favorable à une réforme des lois sur les seuils anti-concentration dans les médias ?
Les socialistes ont fait de ce sujet une question idéologique. J’aurai en la matière une approche pragmatique et honnête car les médias souffrent tout à la fois d’un rétrécissement de leur marché publicitaire et d’une érosion de leurs lectorats ou audiences. Il est important qu’ils puissent mutualiser leurs moyens et disposer des financements nécessaires à leur développement. Si Libération ou le Parisien n’avaient pas été recapitalisés par leurs nouveaux actionnaires que seraient-ils devenus ? Là encore, je veillerai à ce que les règles concurrentielles soient appliquées.

 

"Les investissements dans les infrastructures de télécommunication sont fondamentaux pour augmenter le niveau de service, et réduire la fracture numérique."

Que signifie pour vous la neutralité du net ?
La neutralité du net signifie un accès libre à Internet sans restriction, modification de contenus ou surveillance des données des internautes. Le libre accès à l’information est un principe fondamental de nos démocraties qui doit valoir aussi sur Ia toile, dans la limite bien sûr du respect de nos règles de droit et de nos valeurs. Au-delà de la simple question de la neutralité du net, il est important de lutter sans merci contre la diffusion de contenus qui incitent à la haine.

Doit-on continuer d’investir dans les télécoms, ou dans les industries de la culture ?
Les investissements dans les infrastructures de télécommunication sont fondamentaux pour augmenter le niveau de service, et réduire la fracture numérique. Je propose ainsi d’accélérer le déploiement du Très Haut Débit fixe et mobile d’ici à 2022 en refinançant le Plan France Très Haut Débit, en le réorganisant et en initiant un "Plan 5G".
Concernant les industries culturelles, leur modèle de financement est en pleine évolution. Il faut les soutenir pour avoir des leaders mondiaux dans les domaines de la vidéo, de la musique, et du cinéma.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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