Envoyé le 12/03/2013 à 12 h 53 min à propos de « Spotify met la pression sur le partage de la valeur » – Maikol

Envoyé le 12/03/2013 à 12 h 53 min à propos de "Spotify met la pression sur le partage de la valeur"

Bonjour,

Merci pour cet article détaillé.

Je trouve néanmoins étrange de constater dans tous les articles que j’ai pu lire à ce sujet, que jamais le modèle économique d’une société comme spotify ne soit remis en question.

A vous lire, et à lire l’étude de l’Adami, ce serait essentiellement un problème de répartition des droits entre producteurs et artistes. De même, le pauvre Spotify et ses camarades streameurs seraient « étranglés » par le coût des catalogues ?

Mais enfin! Même s’ils obtiennent de ne devoir verser que 50% de leurs revenus aux « créateurs », le problème, pour moi, n’est pas là!

Le vrai problème, c’est qu’une entreprise dont le rayonnement est mondial (ou presque), avec une base d’utilisateurs en dizaines de millions, et qui sert essentiellement du contenu protégé qu’elle n’a pas créée, ne peut pas décemment être rentable en « vendant » ses services aussi peu cher!

Spotify (ou Deezer, et consorts) n’est rien d’autre qu’une énième start-up façon Youtube, au majeur détail près que pendant longtemps la plus grande partie des contenus de Youtube était libre de droit ou illicitement présente (c’est en tous cas ainsi qu’ils ont bâti leur monstre)! Et encore, nul ne sait si aujourd’hui Youtube génère des bénéfices…

Certes, Spotify et Deezer sont revenus de leur foutraque modèle tout « gratuit » financé par la publicité, mais leur abonnement à 5€ ne sera rentable que lorsqu’ils auront plusieurs dizaines de millions d’abonnés.

Enfin, toute comparaison avec le modèle de la radiodiffusion me semble une grave erreur.
Spotify et ses copains vont rapidement remplacer presque totalement le CD, c’est ce dernier (moins les coûts de fabrication évidemment) qu’il faut prendre comme base de comparaison.

Un exemple d’un album de jazz auto-produit à tout petit budget:

Etant ingénieur du son studio dans ces musiques, je peux imaginer qu’il soit possible, en serrant vraiment le budget (aucun musicien payé, ni nourri, ni logé pendant la production), donc en payant grosso modo les divers studios d’enregistrement, mixage, et mastering, d’arriver à produire un album pour 5000€. L’idée est donc d’espérer revenir sur l’investissement de ces 5000€ via les ventes sur ces plateformes.

Eh bien, tel quel, il faut 5000/0,004 = 1 250 000 lectures d’un des morceaux sur spotify pour retomber sur ses pieds.

Si l’on prend plutôt l’album au complet, avec 10 morceaux, cela revient à 125 000 lectures.

En admettant qu’un auditeur écoutera en moyenne 10 fois tout l’album (ce qui me parait optimiste), il faudra 12 500 auditeurs ayant écouté l’album 10 fois pour récupérer la mise de 5000€!

Notez en passant que j’ai utilisé la rémunération la plus « forte » possible chez Spotify (0.004€/écoute), ce qui est également très optimiste.

En comparaison, en vendant cet album directement pour 5€ pièce (soit pas très loin du prix de gros HT d’un CD moins les coûts de fabrication), ce qui est un prix très raisonnable, il faudrait en vendre seulement 1000…

Bref, même en étant très très optimiste, pour pouvoir remplacer le disque ou la vente directe, il manque au moins un zéro dans ce que reverse spotify aujourd’hui…et ce n’est malheureusement pas surprenant, puisque comme toujours dans le modèle de la start-up internet, le contenu, c’est de la chair à canon, et que l’utilisateur du service, lui, ne saura rien de tout ça…

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