Pour les géants du web, la loi est une nuisance

Les esclavagistes du web ont encore frappé, cette fois en opposant l’innovation d’une part et l’application des règles du droit d’auteur, d’autre part, dans un rapport rédigé par une de leurs nombreuses émanations de lobbying. L’Assemblée Nationale française n’est pas en reste : l’une de ses commissions fait la même opposition dans un rapport publié aujourd’hui : certains y verront l’un des – nombreux – effets du lobbying US en France.

Opposer liberté et loi comme si celles-ci étaient antinomiques  : un grand classique de la part des industries du web, surtout quand il s’agit de leur demander de payer, soit pour le contenu qu’elles exploitent (droit d’auteur), soit pour les tuyaux dont elles ont besoin pour l’acheminer à leur usager (débat sur la neutralité du net), soit pour participer, comme tous, au financement de la vie de la Cité (débat sur l’optimisation fiscale).

La loi est opposée à la liberté et à l’innovation, répètent ils depuis des années dans les forums, les rendez-vous avec les politiques, les ministères ou enfin dans les conférences qui invitent à imaginer l’avenir… Cette opposition décomplexée est pourtant un must dans la Silicon Valley : pour preuve, par exemple, le rapport publié aujourd’hui par l’organisme Copia et concernant le droit d’auteur. Plus étonnante est l’opposition très ambiguë faite aujourd’hui même par des Parlementaires français…

Quelques devoirs de vacances

ElectronLibre prend quelques jours de vacances pour revenir frais et dispo le 13 juillet. Mais nous ne vous laissons pas complètement seuls. Voici quelques articles, publiés dans ElectronLibre mais aussi chez son petit frère musical Haut Parleur, et qui sont accessibles à tous.

D’abord, en exclusivité mondiale, Haut Parleur avait publié il y a quelques jours les chiffres détaillés d’utilisation du géant du streaming Spotify, pays par pays. Nous vous proposons, aussi dans Haut Parleur, de lire l’interview…

Le cabinet d’Oettinger se met en quatre pour la culture

Eric Mamer, directeur de cabinet adjoint du Commissaire européen Günther Oettinger, était hier à Paris à l’invitation de la Sacem et de la fondation Jean Jaurès pour parler de droit d’auteur : sa démarche était clairement de rassurer la culture sur le maintien du droit d’auteur au même niveau de protection pour les ayants-droit, avec une dé-teritorialisation limitée à la portabilité. À la demande de Pierre Sirinelli, il a confirmé que, sur base du plan stratégique de la Commission, il y aurait un examen de la responsabilité des plateformes en matière de droit d’auteur, en précisant une chose nouvelle : pour ce qui porte sur le droit d’auteur, cet examen de la responsabilité des plateformes aura lieu en même temps que l’examen de la directive de 2001.

La mission du directeur de cabinet adjoint de Gunther Oettinger semblait de mettre un peu de baume au coeur de la culture française, suite à une intervention du commissaire en charge du numérique…

Le documentaire refait sa vie en ligne

La Svod n’est pas réservée au cinéma et aux séries. Plusieurs offres spécialisées dans le documentaire viennent d’être lancées : Spicee pour les grands reportages, une chaîne YouTube pour les films de la case Infrarouge (France 2). D’autres sont en projet. Selon une étude publiée au Sunny Side of the Docs, un public existe mais il peine à trouver ce qu’il cherche.

Réinventer un genre, donner une seconde vie à un programme TV ou exposer des films qui n’ont pas eu accès à la télévision : autant de raisons de créer une offre de documentaires à la demande. Un domaine encore émergent. Mais le genre intéresse Netflix, qui a commencé à coproduire de grands documentaires originaux, même si son catalogue français ne propose que 200 documentaires sur 7.000 titres. Vodeo.tv, la plateforme française de vidéo à la demande (à l’acte ou par abonnement) spécialisée dans le documentaire (5000 programmes), qui vivotait depuis sa création en 2004, a été rachetée cette année au groupe Figaro par RMC Découverte, la chaîne de documentaire du groupe NextRadioTV, qui devrait la relancer. « L’objectif du groupe NextRadioTV est de devenir le leader de la VoD documentaire en France en s’appuyant sur RMC Découverte, 1ère chaîne de documentaires de France » a t-il annoncé lors du rachat. Le genre documentaire s’affranchit donc à son tour de la télévision classique. Quelques exemples…

« Liberté de Création » au Parlement le 28 septembre

La loi de la rue de Valois sur la « liberté de création » devrait être présentée dès la rentrée prochaine au parlement.

Tandis que la loi Numérique voulue par le gouvernement semble toujours dans les limbes de l’agenda parlementaire, Fleur Pellerin peut en revanche s’enorgueillir d’une date : le 28 septembre. Après une lecture au conseil des ministres prévue pour le 8 juillet, si tout va bien, la loi « liberté de création » (que vous pouvez consulter…

Apple Music, un gros gâteau pour les producteurs

Apple Music doit se lancer à la fin du mois, et la question de la rémunération des créateurs est devenue centrale.

Combien reverse Apple aux ayants-droit de tous poils ? La question se pose à quelques semaines de l’ouverture de la plateforme par Cupertino, et de son service de streaming par abonnement, qui concentre tous les regards des experts. Sans grandes surprises, les premières informations en la matière, révélées par Re/code ou Digital Music News, démontrent qu’Apple a signé avec les maisons…

Sacem : misère numérique

La Sacem va plutôt bien et est toujours aussi efficace : elle a atteint 1,2 milliard d’euros de collectes au total l’an dernier dont près de 1,1 milliard ont été redistribués à des sociétés mandataires, aux artistes, aux éditeurs et à divers programmes culturels et sociaux. Seul point noir : le numérique, qui ne représente que 30 millions d’euros de collecte alors même qu’il est crucial d’améliorer ce type de revenus dans une industrie musicale en mutation, qui a permis l’injection de fonds importants dans des nouveaux acteurs qui utilisent la musique mais semblent encore loin de remplir leur promesse de monétisation. 

Nul doute que la nomination de Cécile Rap-Veber, annoncée…

Stratégie numérique européenne : la culture rassurée

La stratégie numérique annoncée hier par la Commission Européenne est aussi intéressante par son contenu que par les réactions qu’elle suscite : globalement, elle rassure le monde de la culture, et déçoit ceux qui militaient pour une réforme rapide du droit d’auteur.

Au vu de certaines déclarations de Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, les acteurs de la culture craignaient une réforme large, et à l’arrache, du droit d’auteur pour plaire à Internet. La Commission proposera bel et bien une réforme d’ici à la fin de l’année, mais limitée à certains points bien définis, tels que la portabilité, qui rencontrait d’ores et déjà l’agrément de principe de nombreux acteurs de l’audiovisuel. La Commission entame en outre une réflexion sur la responsabilité des plateformes, comme cela avait été évoqué en mars dernier lors d’une table ronde organisée par la Scam à Paris. Cécile Despringre de la Société des Auteurs de l’Audiovisuel se réjouit « que le Président Juncker ait souhaité calmer le jeu sur le droit d’auteur comme principal obstacle au marché unique numérique ». Parmi les déçus, en revanche, figurent la députée européenne…

Isabel Dacheux : « Ce qui arrive à Bruxelles montre qu’un évènement comme EditA est indispensable »

Isabel Dacheux est membre fondatrice et présidente de la fédération EIFEIL, qui représente les Éditeurs Indépendants Fédérés en Ile de France, et qui travaille également avec de nombreux éditeurs indépendants à travers la France. Il y a un an, les membres d’EIFEIL ont décidé d’organiser le tout premier salon dédié à l’édition musicale – et en accès libre – qui se déroulera les 6 et 7 mai au Carreau du Temple dans le 3ème arrondissement de Paris.
 » C’est une manière de rassembler une filière qui en a bien besoin, et de la mettre en avant dans notre paysage actuel difficile  »
ElectronLibre – Vous organisez cette semaine le tout premier salon dédié uniquement à l’édition musicale : quand et pourquoi avez-vous pris cette décision ?

Isabel Dacheux – L’idée s’est imposée à nous il y a un peu plus d’un an. Nous voulions créer un évènement en l’honneur de ce métier très méconnu mais Ô combien essentiel et indispensable à la création : l’édition musicale. Et les évènements…

Les artistes et les plateformes volent au secours du médiateur de la musique

Dans un courrier commun à la rue de Valois, le syndicat des éditeurs de services de musique en ligne (ESML), le groupement représentant les éditeurs de services en lignes (GESTE), la FELIN pour les labels indépendants, TPE et associations, l’ADAMI représentant les artistes-interprètes et la GAM prennent la défense du médiateur de la musique.

Le médiateur de la musique est en passe de devenir LE sujet de la filière de la musique. En ces temps d’incertitudes politiques, alors que le projet de loi « Liberté de création » tangue encore entre les ministères, avec un agenda prévoyant une discussion…

Jean-Noël Tronc : « La bataille européenne pour l’avenir de la culture et des industries de la création ne fait donc que commencer. »

Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, prend position dans le débat européen après la publication du rapport de Julia Reda. Le patron de la plus grosse SPRD mondiale réfute les arguments de l’euro-députée du parti Pirate concernant l’inadaptation supposée du droit d’auteur au numérique, et suggère au contraire une modification de la directive commerce électronique. 

ElectronLibre :  Pensez-vous, comme Fleur Pellerin l’a dit lors de la remise du rapport Sirinelli au CSPLA, que la modification de la directive 2001/29 sur le droit d’auteur n’est pas véritablement nécessaire, ou êtes-vous parmi ceux qui considèrent une « modernisation » de ce texte comme inévitable ?

– Jean-Noël Tronc : Malheureusement, l’alternative ne se présente pas en ces termes. La modification de cette directive n’est pas nécessaire, Fleur Pellerin a absolument raison et nous avons de la chance d’avoir une ministre de la Culture aussi fermement engagée face à l’offensive contre le droit d’auteur engagée à Bruxelles.

Mais en même temps le rapport de force au niveau européen est tellement défavorable qu’il paraît pour l’instant difficile d’éviter une réouverture de ce texte, avec un vrai risque d’effet domino sur tout le cadre européen du droit d’auteur, des droits voisins et de la propriété intellectuelle en général. C’est une perspective d’autant plus inquiétante qu’un tel mouvement, venu de l’Union Européenne, aurait aussi des effets au niveau des législations nationales et dans le reste du monde, où le modèle européen du droit d’auteur est, et reste, la référence.

Cette fois, il n’y a pas de possibilité de veto d’un Etat membre à la différence du dernier combat pour l’exception culturelle, remporté contre la Commission Barroso, en juin 2013, à propos du mandat de négociation d’un traité de libre-échange USA/Europe.

Mais comment percevez-vous le rapport de force à Bruxelles ?

– Le Parlement Européen semble très partagé et beaucoup de députés européens sont apparemment sensibles au discours anti-droit d’auteur. Comment expliquer sinon cette aberration d’avoir confié le bilan de la directive 2001/29 à une députée du parti pirate, notoirement anti-propriété intellectuelle ? C’est le renard à qui on demande un rapport sur la sécurité du poulailler ! Qu’aurait-on dit si un député du parti UK-IP avait été chargé d’un bilan de l’euro ? Et encore, les euro-sceptiques ont fait 25% aux élections européennes, les pirates 0,4%…

De leur côté, les Etats membres sont très divisés. L’idée que la culture est une cause essentielle, qui dépasse largement le seul aspect économique et doit, pour cette raison, être préservée et soutenue, est loin de rassembler tout le monde.

Dès qu’il est question d’internet et de numérique, beaucoup de responsables politiques tombent encore en état de sidération et semblent perdre tout sens critique. C’est un peu la musique que l’on nous joue actuellement à propos du droit d’auteur à Bruxelles, qui serait un « obstacle » à la révolution numérique.

Pour ce qui est de la position des différents Etats de l’Union Européenne, beaucoup de leurs responsables politiques confondent ambition numérique pour une société de l’information plus juste et plus sûre – nous l’avons tous, nous les citoyens de l’Europe – et soumission aux géants de l’internet.

Dans le rapport de force à Bruxelles, le lobby des géants de l’internet reste de loin le plus puissant. Sa pression pour remettre en cause les outils de régulation de la culture, la protection des auteurs, de leurs œuvres et de leur droit à vivre de leur création à travers le droit d’auteur, ne semble pas pour le moment avoir de frein.

Tant à la Commission qu’au Parlement, l’état d’esprit dominant conjugue fascination pour les géants du net, relative indifférence face aux atteintes annoncées au droit d’auteur, sujet jugé secondaire et technique, et large consensus autour de l’idée qu’il faut une remise à plat urgente parce que le droit d’auteur serait devenu un problème, en particulier pour le consommateur.

On a parlé des Etats et du Parlement Européen, mais qu’en est-il de l’équilibre des forces au sein de la Commission Européenne elle-même ?

– A la Commission Européenne, l’équilibre qui avait pu exister jusque- là entre pro et anti droit d’auteur est brisé. Jean-Claude Jüncker a fait du Digital Single Market,  le marché unique numérique, et donc de l’ardente nécessité de « briser les barrières nationales», dont celle du droit d’auteur, selon ses propres termes, l’un des piliers de son programme politique.

La notion même de marché « unique » numérique devrait pourtant prêter à sourire : l’internet ignore les frontières et le consommateur aussi, pour son plus grand bénéfice, même si en tant que contribuable il paie le prix d’un laisser-faire qui permet à certaines grandes entreprises extra-européennes d’ignorer les règles et la fiscalité européennes …

Pourtant, curieusement, le droit d’auteur semble devenu une vraie obsession pour certains représentants européens. Le  Vice-président de la Commission européenne, l’ancien Premier ministre estonien Andrus Ansip, commissaire au marché unique numérique, déclarait ainsi en janvier 2015 : « Il y a trop d’exceptions nationales, de différences et de limitations qui rendent le système non efficient pour un marché paneuropéen. Le droit d’auteur n’est qu’un exemple des restrictions qui freinent le plein développement du marché unique numérique». Pour l’avoir rencontré, il semble vraiment croire qu’il n’y a pas pire obstacle à ses yeux pour l’essor économique de l’Europe que le droit d’auteur !
« le droit d’auteur fonctionne très bien et que jamais le consommateur n’a eu accès à autant d’œuvres culturelles »

 
De fait, tant les Commissaires que la députée européenne du parti pirate, Mme Reda, expliquent que le droit d’auteur freine l’accès aux œuvres dans l’espace…

Charte sur Piratage et publicité, la régulation molle

La charte entre les ayants droit et le monde de la publicité a été signée sous l’égide de la rue de Valois. La voici donc…

On allait voir ce qu’on allait voir ! La rue de Valois allait déployer ses ailes noires sur le piratage informatique des oeuvres et enfin régler le problème à la racine : l’argent ! Ce matin donc, ils étaient réunis pour signer la fameuse « charte des bonnes pratiques dans la publicité pour le respect du droit d’auteur et des droits voisins » au ministère de la Culture et de la Communication. La liste des signataires est la suivante pour les professionnels de la publicité et les représentants des annonceurs : David Lacombled, président de l’IAB France, Interactive Advertising Bureau; Arthur Millet, président du SRI,  Syndicat des Régies Internet; Jean-Luc Chetrit, président de l’UDECAM, Union des Entreprises de Conseil et Achat Media; Etienne Lecomte, président de l’UDA, Union des Annonceurs. Enfin dans le camps des ayants-droit : Nicolas Seydoux, président, ALPA, Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle; Jean-Claude Ghinozzi, président, SELL, Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs; Guillaume de Fondaumière, président, SNJV, Syndicat National du Jeu Vidéo; Laurent Petitgirard, président, SACEM, Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs…

Audiovisuel : Les auteurs veulent une meilleure redistribution des revenus du numérique

Le Livre Blanc de la SAA – organisme représentant les réalisateurs et scénaristes européens à Bruxelles – montre que seulement 0,37% du chiffre d’affaires de l’audiovisuel européen est distribué à ses membres sous la forme de perceptions audiovisuelles, et que l’exploitation des oeuvres en ligne n’a pas généré de rémunération supplémentaire pour leurs auteurs. 

Inquiets de la mise en cause du droit d’auteur au niveau européen, les auteurs souhaitent attirer l’attention sur le fait qu’ils ne souhaitent pas de changement en la matière, et que c’est…

La SACD poursuit son redéploiement

La SACD tire un premier bilan positif du déploiement de son réseau de collecte de droits en régions. L’année 2014 a été celle d’une croissance des perceptions.

Les comptes pour l’année 2014 de la SACD montre une croissance significative du montant des droits collectés. Au total, les perceptions se montent à 216,7 millions d’euros, contre 215 millions d’euros en 2013. Sur la France, les perceptions…

Irresponsabilité des hébergeurs de la LCEN : la Sacem propose une compensation financière

Plusieurs représentants des créateurs ont déposé leurs commentaires dans le cadre de la consultation du Conseil National du Numérique sur la Loi Sur la Confiance dans l’Economie Numérique (LCEN). L’intervention de la Sacem a été la plus remarquée. La Scam et la Sacem sont sur la même ligne pour ce qui est de la l’irresponsabilité…